Le Synofdes, syndicat national des organismes de formation, a publiĂ© le 8 juillet un communiquĂ© alarmiste. ConfrontĂ©s Ă des appels dâoffres Ă prix cassĂ©s, Ă des dĂ©cisions brutales et Ă un dĂ©sengagement progressif de lâĂtat et des RĂ©gions, les acteurs de terrain dĂ©noncent une prĂ©carisation qui menace la continuitĂ© du service public de la montĂ©e en compĂ©tences.
Un syndicat qui fédÚre les organismes privés
Créé en 1991, le Synofdes (Syndicat national des organismes de formation) reprĂ©sente plus de 700 structures privĂ©es, allant de petites associations locales Ă des rĂ©seaux rĂ©gionaux et nationaux. Historiquement, il fĂ©dĂšre notamment des organismes impliquĂ©s dans la formation des publics Ă©loignĂ©s de lâemploiâŻ: jeunes sans qualification, bĂ©nĂ©ficiaires du RSA, demandeurs dâemploi, publics en insertion ou en apprentissage linguistique.
Le syndicat se veut lâinterlocuteur privilĂ©giĂ© des pouvoirs publics pour dĂ©fendre la diversitĂ© des modĂšles Ă©conomiques et garantir la qualitĂ© des actions de formation sur tout le territoire.
Des pratiques dâachat jugĂ©es «âŻindignesâŻÂ»
Dans son communiquĂ© intitulĂ© «âŻLe secteur de la formation professionnelle : sacrifiĂ©, maltraitĂ©, menacĂ©âŻÂ», le Synofdes dĂ©crit une spirale du «âŻmoins-disantâŻÂ» qui met en pĂ©ril les structures. Selon le syndicat, les marchĂ©s publics sont dĂ©sormais attribuĂ©s Ă des opĂ©rateurs proposant des tarifs «âŻintenablesâŻÂ», en baisse de 15 % en moyenne par rapport Ă 2022.
«âŻDes appels dâoffres sont remportĂ©s par des prestataires sans ancrage local, sans Ă©quipe sur place, mais avec des prix anormalement basâŻÂ», explique le communiquĂ©. Les consĂ©quences seraient directesâŻ: baisse de la qualitĂ© des prestations, licenciements, et fragilisation de lâaccompagnement des publics les plus vulnĂ©rables.
Dispositifs suspendus et insécurité juridique
Autre sujet de prĂ©occupationâŻ: la gĂ©nĂ©ralisation des marchĂ©s triennaux Ă bons de commande sans engagement de volume minimum. Cette pratique transfĂšre tout le risque financier sur les organismes, qui se retrouvent Ă recruter des formateurs sans garantie de mission.
Le cas du Parcours Emploi SantĂ©, un dispositif brutalement arrĂȘtĂ© par France Travail malgrĂ© des bons de commande dĂ©jĂ signĂ©s, est citĂ© comme exemple emblĂ©matique. «âŻDes investissements sont perdus, des salariĂ©s restent sans mission et les bĂ©nĂ©ficiaires sont abandonnĂ©s en cours de parcoursâŻÂ», rĂ©sume le Synofdes.
Un désengagement progressif des financeurs publics
Le syndicat pointe Ă©galement le retrait progressif de lâĂtat et des RĂ©gions, notamment sur la formation des demandeurs dâemploi, la formation linguistique (OFII) ou lâaccompagnement RSA. MĂȘme des actions jugĂ©es efficaces et validĂ©es par les comitĂ©s de pilotage peuvent ĂȘtre suspendues sans prĂ©avis.
Ă cela sâajoute lâentrĂ©e en vigueur prĂ©vue dâun rĂ©gime de TVA sur les OPCO, considĂ©rĂ©e comme un coup supplĂ©mentaire portĂ© Ă un financement dĂ©jĂ sous tension.
«âŻUne maltraitance institutionnelleâŻÂ» selon le Synofdes
Dans son texte, le syndicat Ă©voque une «âŻmaltraitance institutionnelleâŻÂ»âŻ: un terme fort, qui traduit le sentiment dâinjustice vĂ©cu par les professionnels. Les tĂ©moignages recueillis sur les rĂ©seaux sociaux confirment ce malaise. Directeurs dâorganismes, formateurs et consultants pointent le paradoxe entre la «âŻsociĂ©tĂ© des compĂ©tencesâŻÂ» dĂ©fendue comme prioritĂ© politique, et la rĂ©alitĂ© dâun secteur quâils jugent sacrifiĂ© au nom dâĂ©conomies budgĂ©taires.
«âŻLe retrait de lâĂtat et des RĂ©gions est contre-cyclique, au moment oĂč les entreprises et les salariĂ©s doivent sâadapter aux transitions Ă©cologiques et numĂ©riquesâŻÂ», souligne par exemple Yannick Vigignol, chargĂ© de projet VAE et commentateur du post LinkedIn relayant le communiquĂ©.
Quelles perspectives pour le secteur ?
Pour le moment, le Synofdes ne franchit pas le pas de lâaction collective ou de la mobilisation sous forme de grĂšve. Il rĂ©clame un dialogue immĂ©diat avec les pouvoirs publics, la clarification des responsabilitĂ©s des acheteurs publics et une reconnaissance financiĂšre de la valeur du travail menĂ© auprĂšs des publics les plus fragiles.
«âŻNous ne voulons plus subir. Nous exigeons dâĂȘtre considĂ©rĂ©sâŻÂ», conclut le texte, comme un avertissement.
Le syndicat nâadopte pas de posture partisane. Il ne critique pas un gouvernement ou un parti, mais dĂ©nonce une tendance de fond : celle dâune commande publique qui se dĂ©connecte des rĂ©alitĂ©s de terrain, et qui ne tiendrait plus compte ni des conditions de travail des Ă©quipes, ni des besoins rĂ©els des apprenants.
Dans une formule marquante, le communiqué affirme :
« Ă lâheure oĂč lâon invoque sans cesse la âsociĂ©tĂ© des compĂ©tencesâ, il est paradoxal et irresponsable dâasphyxier les structures qui Ćuvrent au quotidien Ă cette ambition. »
Le Synofdes appelle Ă un dialogue immĂ©diat avec les pouvoirs publics, une clarification des responsabilitĂ©s juridiques des acheteurs, et un rĂ©examen des pratiques dâachat.
Une filiĂšre essentielle, mais peu audible
Acteurs Ă©conomiques, partenaires sociaux, relais de politiques dâinsertion⊠Les organismes de formation, qui emploient plusieurs dizaines de milliers de salariĂ©s en France, restent pourtant peu visibles dans le dĂ©bat public. Ă rebours des grands plans nationaux sur les compĂ©tences, le communiquĂ© du Synofdes rappelle une Ă©vidence souvent oubliĂ©e : les politiques publiques nâont de sens que si elles sâappuient sur des acteurs capables dâagir, durablement, sur le terrain.
Le risque, conclut le texte, est que la formation devienne « la variable dâajustement des politiques publiques ». Une alerte sobre, mais directe, dans un secteur qui, derriĂšre les indicateurs macroĂ©conomiques, repose dâabord sur des Ă©quipes humaines et des missions concrĂštes.
đ SourcesâŻ:
- Communiqué Synofdes, 8 juillet 2025
- Post LinkedIn de David Cluzeau, délégué général du Synofdes, 8 juillet 2025
- Réactions recueillies sur LinkedIn
