Rapport fait au nom de la commission des affaires sociales sur la proposition de Loi visant Ă permettre le transfert des droits inscrits sur le compte personnel de formation entre titulaires de comptes. Par Mme VALĂRIE BAZIN-MALGRAS, DĂ©putĂ©e.
Le rapport dans son ensemble :
Avant-propos
Patrimoine personnel et intangible des salariĂ©s, le compte personnel de formation est un droit relativement nouveau dont le succĂšs nâest plus Ă dĂ©montrer. De 600 000 titulaires dâun compte en novembre 2019, nous sommes en passe dâatteindre les 3 millions dâutilisateurs dâici Ă la fin de lâannĂ©e 2021. Cet engouement est comprĂ©hensible : le compte personnel de formation est un des rares droits uniquement Ă la main des salariĂ©s, qui ne rencontre pas dâautre condition que celle de financer une formation Ă©ligible pour ĂȘtre mobilisĂ© par son titulaire.
LâappĂ©tence pour le compte personnel de formation â objectif poursuivi par la loi pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel de 2018 â est telle que de plus en plus de Français sâinterrogent sur les modalitĂ©s de son recours. Câest prĂ©cisĂ©ment la rencontre sur le terrain avec nombre de salariĂ©s souhaitant mobiliser, Ă bon escient, leurs crĂ©dits de formation qui a motivĂ© la prĂ©sente proposition de loi.
En effet, le compte personnel de formation Ă©tant un droit acquis par les salariĂ©s grĂące aux efforts accomplis durant leur carriĂšre professionnelle, il semble assez naturel quâils puissent en disposer comme bon leur semble, notamment Ă lâaube de la liquidation de leurs droits. Bien sĂ»r, le compte personnel de formation vise Ă sĂ©curiser les parcours professionnels et doit ĂȘtre, en prioritĂ©, mobilisĂ© pour prĂ©venir lâobsolescence des compĂ©tences professionnelles qui peut apparaĂźtre en seconde partie de carriĂšre. Toutefois, nombreuses sont les situations professionnelles qui ne nĂ©cessitent ni formation intensive, ni anticipation dâune reconversion professionnelle en fin de carriĂšre. Que deviennent, dĂšs lors, les droits accumulĂ©s par ces salariĂ©s ?
Ă lâheure actuelle, ces droits sont dĂ©finitivement perdus lorsque les salariĂ©s partent Ă la retraite. Plus prĂ©cisĂ©ment, ces droits sont rĂ©putĂ©s nâavoir jamais existĂ© car le financement du compte personnel de formation repose sur un Ă©quilibre financier subtil : seules sont financĂ©es les formations sollicitĂ©es par les bĂ©nĂ©ficiaires dâun compte personnel de formation. En dâautres termes, les salariĂ©s ne disposent pas dâune « cagnotte » prĂ©financĂ©e et provisionnĂ©e auprĂšs de lâopĂ©rateur en charge du financement du compte personnel de formation, la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations. Pourtant le passage du compte en heure au compte en euros pourrait laisser penser le contraire aux salariĂ©s. Pour autant, tous les salariĂ©s ayant cumulĂ© suffisamment de crĂ©dits ont droit Ă la mobilisation de leur compte personnel de formation. DĂšs lors, comment justifier que certains en aient concrĂštement bĂ©nĂ©ficiĂ© tandis que dâautres emportent avec eux leurs droits virtuels ?
Votre rapporteure se fĂ©licite que cette prĂ©occupation soit partagĂ©e au-delĂ des bancs de lâopposition puisquâelle note que certains collĂšgues de la majoritĂ© ont pu Ă©galement sâinterroger sur le devenir de ces droits non consommĂ©s. La prĂ©sente proposition de loi est une rĂ©ponse Ă cette interrogation puisquâelle propose que tout bĂ©nĂ©ficiaire dâun compte personnel de formation puisse transfĂ©rer, tout ou partie, de ses droits Ă un autre titulaire.
Cette proposition est Ă la fois une mesure de justice et dâefficacitĂ©. De justice, dâune part, car il nâest pas satisfaisant que certains salariĂ©s, au prĂ©texte quâils nâont pas de connu de difficultĂ©s professionnelles, ni de carriĂšres hachĂ©es se voient priver de leurs droits durement acquis. DâefficacitĂ©, dâautre part, car le transfert des droits permettra Ă ceux qui en ont le plus besoin de disposer des financements nĂ©cessaires Ă leur formation.
La prĂ©sente proposition de loi nâa pas vocation Ă prĂ©senter le systĂšme de transfert qui devrait ĂȘtre mis en place. Ce ne sont pas les modalitĂ©s techniques qui doivent ĂȘtre discutĂ©es aujourdâhui mais bien la philosophie du compte personnel de formation. Votre rapporteure nâest dâailleurs hostile Ă aucune proposition par principe : ce transfert peut ĂȘtre aussi bien envisagĂ© au sein dâune mĂȘme famille entre parents et enfants quâau sein dâune mĂȘme entreprise par la crĂ©ation dâun fonds alimentĂ©, de maniĂšre volontaire, par les salariĂ©s.
Ce qui se joue, Ă travers cette proposition de loi, est une question de principe. Trois ans aprĂšs sa mise en Ćuvre, le compte personnel de formation doit devenir un droit rĂ©el pour tous les salariĂ©s.
Commentaire d’article
Supprimé par la commission
Lâarticle unique introduit la possibilitĂ© pour le titulaire dâun compte personnel de formation de cĂ©der, tout ou partie, de ses droits Ă un autre bĂ©nĂ©ficiaire.
Le compte personnel de formation, un droit individuel conçu pour favoriser l’autonomie de ses bĂ©nĂ©ficiaires
Le Compte Personnel de Formation rĂ©pond Ă une logique de guichet…
SuccĂ©dant au droit individuel Ă la formation (DIF), le compte personnel de formation (CPF), introduit par la loi de sĂ©curisation de lâemploi du 14 juin 2013, vise Ă ce quâ« afin de favoriser son accĂšs Ă la formation professionnelle tout au long de la vie, chaque personne dispose dĂšs son entrĂ©e sur le marchĂ© du travail et jusquâĂ la retraite, indĂ©pendamment de son statut, dâun compte personnel de formation qui contribue Ă lâacquisition dâun premier niveau de qualification ou au dĂ©veloppement de ses compĂ©tences et de ses qualifications en lui permettant, Ă son initiative de bĂ©nĂ©ficier de formations » (art. L. 6111-1 du code du travail).
Substantiellement remodelĂ© par la loi « Avenir professionnel » de 2018, le compte personnel de formation est, depuis lors, comptabilisĂ© en euros. Ă lâorigine, le compte personnel de formation Ă©tait crĂ©ditĂ© en heures de formation. Pour les salariĂ©s Ă temps plein, lâalimentation du compte sâeffectuait Ă hauteur de vingtâquatre heures par annĂ©e de travail Ă temps complet jusquâĂ lâacquisition dâun crĂ©dit de cent vingt heures puis, de douze heures par annĂ©e de travail Ă temps complet, dans la limite dâun plafond de cent cinquante heure.
Depuis le 1er janvier 2019, le compte personnel de formation est alimentĂ© en euros Ă la fin de chaque annĂ©e et complĂ©tĂ©, le cas Ă©chĂ©ant, par des abondements complĂ©mentaires. Le compte du salariĂ© ayant effectuĂ© une durĂ©e de travail supĂ©rieure ou Ă©gale Ă la moitiĂ© de la durĂ©e lĂ©gale ou conventionnelle du travail sur lâensemble de lâannĂ©e est crĂ©ditĂ© dans la limite dâun plafond de 500 euros par annĂ©e de travail, ne pouvant excĂ©der un plafond total de 5 000 euro. Par exception, ces montants sont respectivement portĂ©s Ă 800 et 8 000 euros pour les salariĂ©s handicapĂ©s et les salariĂ©s non qualifiĂ©.
Cette monĂ©tisation a pour objectif de mieux assurer la portabilitĂ© des droits du salariĂ© en cas de changement de situation professionnelle et de faciliter lâappropriation par les salariĂ©s de leurs droits Ă la formation. La monĂ©tisation ne vaut toutefois que pour les salariĂ©s du secteur privĂ©, les agents publics possĂ©dant toujours un compte personnel de formation dĂ©comptĂ© en heures. Comme lâindiquait lâĂ©tude dâimpact du projet de loi pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel, « le CPF doit donc devenir lâunique droit personnel Ă la main des individus dans une logique dâappropriation directe, câest-Ă -dire dâautonomie sans intermĂ©diaire obligatoire. Ses possibilitĂ©s de mobilisation doivent devenir simples et transparentes. »
LâaccĂšs au compte personnel de formation ne connaĂźt donc pas dâautre restriction que celle de disposer dâun montant suffisant pour financer une formation Ă©ligible. Dans une logique de guichet ouvert, les dĂ©penses dĂ©pendent exclusivement du taux de recours au CPF, Ă la seule discrĂ©tion des salariĂ©s. Les ressources sont versĂ©es trimestriellement par France compĂ©tences, Ă la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations qui joue un rĂŽle pivot dans la gestion du compte personnel de formation.
LE RĂLE PIVOT DE LA CAISSE DES DĂPĂTS ET CONSIGNATIONS DANS LA GESTION DU CPF
Source : Caisse des dépÎts et consignations.
Aussi, la loi « Avenir professionnel » de 2018 a-t-elle eu pour objectif de crĂ©er une appĂ©tence nouvelle pour le recours Ă la formation. Une appĂ©tence qui nâest aujourdâhui pas sans poser question car, comme le relĂšve le rapport conjoint de lâInspection gĂ©nĂ©rale des finances (IGF) et de lâInspection gĂ©nĂ©rale des affaires sociales (IGAS) sur les consĂ©quences financiĂšres de la rĂ©forme de lâapprentissage et de la formation professionnelle, « lâintroduction dâoutils nouveaux permettant aux salariĂ©s de connaĂźtre et dâexercer plus facilement leur droit est de nature Ă susciter une inflexion Ă la hausse des dĂ©penses .
…Toutefois, la menace d’insoutenabilitĂ© financiĂšre du CPF risque, Ă terme, d’en dĂ©duire sa portĂ©e
La situation financiĂšre du compte personnel de formation semble pour le moins contradictoire : dâune part, la montĂ©e en puissance du dispositif est encouragĂ©e et valorisĂ©e depuis 2019 mais dâautre part, la mobilisation croissante de ce droit Ă la formation par les salariĂ©s engendre un coĂ»t pour les finances publiques de nature Ă alerter.
Le succĂšs du compte personnel de formation est indiscutable. DâaprĂšs les donnĂ©es fournies par la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations, au 31 aoĂ»t 2021 :
â 38,8 millions de salariĂ©s, secteurs privĂ© et public confondus, sont titulaires dâun compte CPF alimentĂ© ;
â Lâapplication mobile « moncompteformation » a Ă©tĂ© tĂ©lĂ©chargĂ©e 3,4 millions de fois et les conditions gĂ©nĂ©rales dâutilisation du site Internet ont Ă©tĂ© validĂ©es par 14,4 millions dâusagers depuis le 21 novembre 2019 ;
â 2,65 millions de dossiers ont Ă©tĂ© acceptĂ©s pour une dĂ©pense de 3,41 milliards dâeuros.
InterrogĂ©es lors des travaux prĂ©paratoires, tant la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations que France compĂ©tences ont tirĂ© la sonnette dâalarme quant Ă la soutenabilitĂ© du dispositif au vu de cette croissance exponentielle. Pour rappel, France compĂ©tences, chargĂ©e « dâassurer la rĂ©partition et le versement des fonds issus des contributions dĂ©diĂ©es au financement de la formation professionnelle […] Ă la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations, pour le financement du compte personnel de formation » aux termes de lâarticle L. 6123-5 du code de travail, est considĂ©rĂ©e comme un organisme divers dâadministration centrale (ODAC). Ses dĂ©ficits courants annuels sont donc intĂ©grĂ©s dans le pĂ©rimĂštre des administrations publiques et par consĂ©quent, comptabilisĂ©s dans le pĂ©rimĂštre du dĂ©ficit de lâĂtat.
Les fonds versés par France compétences
France compétences affecte, chaque année, le produit des contributions des employeurs pour la formation professionnelle qui lui sont versées et détermine le montant des différentes dotations dans le respect de fourchettes fixées par le décret n° 2018-1331 du 28 décembre 2018.
Assises sur la masse salariale, les contributions versées par les entreprises sont les suivantes :
– la contribution unique Ă la formation professionnelle et Ă lâalternance (CUFPA), en vigueur depuis le 1er janvier 2019, qui regroupe la contribution Ă la formation professionnelle et la taxe dâapprentissage ;
– la contribution supplĂ©mentaire Ă lâapprentissage (CSA), due par les structures assujetties Ă la taxe dâapprentissage dont lâeffectif annuel moyen est supĂ©rieur Ă 250 salariĂ©s et qui nâatteignent pas 5 % de leurs effectifs en contrats en alternance ;
– la contribution CPF-CDD, dont le taux est fixĂ© Ă 1 % du revenu dâactivitĂ© retenu pour le calcul des cotisations sociales des titulaires dâun CDD pour les employeurs dâau moins 11 salariĂ©s.
Sâagissant des dĂ©penses effectuĂ©es, France compĂ©tences rĂ©partit et verse les fonds :
– aux onze opĂ©rateurs de compĂ©tences (OPCO) pour la promotion de lâalternance et pour le dĂ©veloppement des compĂ©tences des entreprises de moins de 50 salariĂ©s ;
– aux rĂ©gions pour soutenir les centres de formation dâapprentis et le dĂ©veloppement Ă©conomique territorial ;
– Ă la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations pour le compte personnel de formation ;
– Ă lâĂtat pour la formation des demandeurs dâemploi ;
– aux commissions paritaires interprofessionnelles rĂ©gionales (CPIR) pour les projets individuels de transition professionnelle ;
– aux opĂ©rateurs du conseil en Ă©volution professionnelle pour les actifs occupĂ©s du secteur privĂ©.
ConcrĂštement, les besoins en trĂ©sorerie de la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations sont tels que France compĂ©tences a recours Ă lâemprunt bancaire pour couvrir les dĂ©penses du CPF. DâaprĂšs les donnĂ©es fournies par France compĂ©tences, lâengagement budgĂ©taire Ă la mi-septembre sâĂ©levait Ă 2,3 milliards dâeuros et devrait atteindre 2,4 milliards Ă la fin de lâannĂ©e 2021.
Ce risque dâinsoutenabilitĂ© pourrait avoir pour consĂ©quence de rĂ©duire lâaccĂšs Ă ce droit individuel et automatique des salariĂ©s Ă la formation professionnelle. Reconnaissant que la formulation de prĂ©conisations dĂ©passait le champ de sa mission, le rapport conjoint de lâIGF et de lâIGAS prĂ©citĂ© suggĂšre nĂ©anmoins quelques pistes de rĂ©flexion pour limiter le recours au CPF ([11]). Lâinstauration dâun ticket modĂ©rateur pour plafonner la quote-part de la formation pouvant ĂȘtre financĂ©e via le CPF appliquĂ© Ă certaines formations comme le permis de conduire aurait un effet direct sur la dĂ©pense. De la mĂȘme maniĂšre, lâabaissement du montant de crĂ©dit incrĂ©mentĂ© annuellement sur le compte des salariĂ©s serait de nature Ă rĂ©duire lâimpact budgĂ©taire du compte personnel de formation. NĂ©anmoins, les conclusions du rapport sont sans appel : les « seules mesures techniquement envisageables seraient peu en phase avec lâesprit de la rĂ©forme ».
Votre rapporteure reprend Ă son compte ses conclusions et sâinquiĂšte que le compte personnel de formation ne devienne, Ă terme, quâun droit en « trompeâlâĆil ». Les auditions menĂ©es dans le cadre des travaux prĂ©paratoires ne sont pas sans inquiĂ©ter. Comment peut-on garantir un droit rĂ©el et effectif aux salariĂ©s sans pĂ©renniser le financement du compte personnel de formation ? Lâon peut regretter que lâĂ©tude dâimpact de la loi du 5 septembre 2018 pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel ait comportĂ© peu dâĂ©lĂ©ments sur les effets macroĂ©conomiques de la montĂ©e en puissance du compte personnel de formation.
Ă ce stade, les prĂ©visions budgĂ©taires sont en adĂ©quation puisque lâĂ©tude dâimpact estimait un financement dĂ©diĂ© au compte personnel de formation « compte tenu de lâĂ©volution de la masse salariale, Ă 2,1 milliards dâeuros, par annĂ©e, en 2019 et 2020, Ă 2,2 milliards dâeuros en 2021 et Ă 2,3 milliards dâeuros en 2022 » ([13]). Mais quâadviendra-t-il demain lorsquâun nombre croissant de salariĂ©s mobilisera son droit Ă la formation ? La question mĂ©rite dâĂȘtre posĂ©e.
Votre rapporteure rĂ©fute dâemblĂ©e toute prĂ©conisation qui tendrait Ă limiter lâaccĂšs au compte personnel de formation pour des raisons budgĂ©taires. Bien au contraire, par cette proposition de loi, elle tend Ă rĂ©affirmer la portĂ©e de ce droit acquis, fruit du travail des salariĂ©s.
Le transferts des droits inscrits sur le compte personne de formation, une réappropriation par les salariés de leurs droits acquis
Une logique de don qui s’inscrit dans le cadre d’une solidaritĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle
Le compte personnel de formation est nĂ© de la volontĂ© de voir les salariĂ©s se rĂ©approprier leur droit Ă la formation dans une dĂ©marche de sĂ©curisation des parcours professionnels. Les partenaires sociaux lâont rappelĂ© au cours des auditions : le compte personnel de formation sâinscrit dans un enjeu dâaccompagnement des actifs.
Câest prĂ©cisĂ©ment lâobjectif de cette proposition de loi : permettre, grĂące au transfert de droits, de faciliter le recours Ă la formation professionnelle pour ceux qui en ont le plus besoin. Le nouvel article L. 6323-3-1 du code du travail prĂ©ciserait que « le titulaire dâun compte personnel de formation peut, sur sa demande, renoncer sans contrepartie Ă tout ou partie de ses droits inscrits sur le compte personnel de formation, au bĂ©nĂ©fice dâun autre titulaire de compte personnel de formation ».
Pour rappel, si le compte personnel de formation cesse, en principe dâĂȘtre alimentĂ© lorsque son titulaire fait valoir ses droits Ă la retraite, subsiste une dĂ©rogation pour les droits inscrits sur le compte personnel de formation au titre du compte dâengagement citoyen, en application de lâarticle L. 5151-9 du code du travail, qui « demeurent mobilisables pour financer les actions de formation destinĂ©es Ă permettre aux volontaires, aux bĂ©nĂ©voles et aux sapeurs-pompiers volontaires dâacquĂ©rir les compĂ©tences nĂ©cessaires Ă lâexercice de leurs missions » aux termes de lâarticle L. 6323-3 du code du travail.
De portĂ©e restreinte, cette exception vient confirmer que le compte personnel de formation a bien Ă©tĂ© pensĂ© comme un droit acquis que les salariĂ©s doivent pouvoir mobiliser comme bon leur semble, y compris une fois leur retraite liquidĂ©e dans certains cas particuliers. Il nâest pas moins lĂ©gitime de dĂ©cider de transfĂ©rer les droits acquis tout au long dâune carriĂšre dans une dĂ©marche de solidaritĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle.
De la mĂȘme maniĂšre quâun salariĂ© peut renoncer Ă tout ou partie de ses jours de repos non pris au profit dâun collĂšgue dont un enfant est gravement malade, aux termes de lâarticle L. 1225-65-1 du code du travail, cette proposition de transfert des droits est une proposition humaniste, un qualificatif employĂ© lors des auditions que votre rapporteure reprend Ă son compte.
Un transfert bienvenue pour les plus jeunes bénéficiaires
Le systĂšme de financement du compte personnel de formation est conçu de maniĂšre que trĂšs peu de salariĂ©s se trouvent, en thĂ©orie, en rĂ©elle difficultĂ© pour financer leur formation, notamment grĂące Ă la possibilitĂ© de recourir aux abondements. En effet, lorsque le coĂ»t de la formation est supĂ©rieur au montant des droits inscrits sur le compte, le compte peut faire lâobjet, Ă la demande de son titulaire, dâabondements en droits complĂ©mentaires, pour assurer le financement de cette formation, aux termes de lâarticle L. 6323-4 du code du travail.
Ces montants complĂ©mentaires peuvent notamment ĂȘtre financĂ©s par :
â le titulaire lui-mĂȘme ;
â lâemployeur dans le cas dâun salariĂ© du secteur privĂ© ;
â un opĂ©rateur de compĂ©tences ;
â lâĂtat ;
â les rĂ©gions ;
â PĂŽle emploi.
Lors de son audition, la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations a ainsi rappelĂ© quâelle avait souscrit, en mars 2020, une convention avec PĂŽle emploi qui permet dans six cas sur dix aux demandeurs dâemploi dâobtenir un abondement de PĂŽle emploi ([15]).
Toutefois, votre rapporteure estime que la situation des jeunes, entrant sur le marché du travail ou y ayant accédé depuis peu, justifie un mécanisme de transferts de droits entre bénéficiaires. Par définition, les jeunes actifs thésaurisent moins de droits que leurs aßnés dans les premiers temps de leur carriÚre.
DâaprĂšs les chiffres de la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations au 31 aoĂ»t 2021, les titulaires dâun compte personnel de formation, relevant du secteur privĂ©, disposaient en moyenne dâun crĂ©dit de 1 573 euros sur leur compte, ce qui reprĂ©sente un peu plus de trois annĂ©es dâaccumulation. SymĂ©triquement, le coĂ»t moyen dâune formation est estimĂ© Ă 2 082 euros. Lâeffet dâĂ©viction potentiel pour les salariĂ©s les plus jeunes, qui nâauraient pas cumulĂ© suffisamment de droits, est donc bien rĂ©el.
Aussi, le systĂšme de transferts entre bĂ©nĂ©ficiaires viendrait utilement complĂ©ter le dispositif dâabondements en permettant aux plus jeunes de disposer, facilement, dâun financement supplĂ©mentaire. La prĂ©sente proposition de loi nâa pas vocation Ă Ă©laborer le mĂ©canisme prĂ©cis et technique du transfert mais elle sâinscrit bien dans la dĂ©marche dâune sĂ©curisation des parcours professionnels â que les partenaires sociaux appellent de leurs vĆux depuis la genĂšse du compte personnel de formation â en facilitant lâaccĂšs pour les jeunes actifs Ă une formation professionnalisante.
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Examen en comission
Au cours de sa seconde réunion du mercredi 29 septembre 2021, la commission a examiné la proposition de loi visant à permettre le transfert des droits inscrits sur le compte personnel de formation entre titulaires de comptes (n° 2678) (Mme Valérie Bazin-Malgras, rapporteure).
Mme la prĂ©sidente Fadila Khattabi. Nous concluons lâexamen des trois propositions de loi renvoyĂ©es Ă notre commission et dont le groupe Les RĂ©publicains a souhaitĂ© lâinscription Ă lâordre du jour des sĂ©ances qui lui seront rĂ©servĂ©es le jeudi 7 octobre prochain par celle visant Ă permettre le transfert des droits inscrits sur le compte personnel de formation entre titulaires de comptes.
Mme ValĂ©rie Bazin-Malgras, rapporteure. Merci, madame la prĂ©sidente, de mâaccueillir dans votre commission.
La proposition de loi que jâai lâhonneur de dĂ©fendre devant vous est le fruit dâune rĂ©flexion de longue date, partagĂ©e avec nos concitoyens. Elle est nĂ©e dâune rencontre sur le terrain avec une citoyenne de ma circonscription qui sâinterrogeait sur la possibilitĂ© de cĂ©der, Ă lâaube de sa retraite, les droits inscrits sur son compte personnel de formation (CPF) Ă sa fille en proie Ă des difficultĂ©s pour sâinsĂ©rer durablement sur le marchĂ© du travail.
Depuis que jâai dĂ©posĂ© cette proposition de loi, il y a maintenant un an et demi, je suis sollicitĂ©e chaque semaine par nos concitoyens qui sâimpatientent de voir cette mesure devenir rĂ©alitĂ©. Je ne suis dâailleurs pas la seule et je me rĂ©jouis que certains collĂšgues de la majoritĂ© se fassent lâĂ©cho de cette prĂ©occupation auprĂšs du Gouvernement au travers de leurs questions Ă©crites.
ProfondĂ©ment rĂ©novĂ© par la loi du 5 septembre 2018 pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel, le CPF est lâun des rares droits uniquement Ă la main des salariĂ©s. Il est presque inconditionnel puisquâil suffit au salariĂ© de solliciter une formation Ă©ligible pour bĂ©nĂ©ficier de son financement. Le passage dâun dĂ©compte en heures Ă un dĂ©compte en euros est la transformation la plus visible introduite par la loi de 2018, et qui nâest pas sans rĂ©percussions sur la maniĂšre dont les salariĂ©s perçoivent leur droit Ă la formation.
Incontestablement, cette monĂ©tisation a créé chez eux une appĂ©tence puisque de 600 000 titulaires dâun compte en novembre 2019, nous sommes en passe dâatteindre les 3 millions dâutilisateurs dâici Ă la fin de lâannĂ©e 2021. Cet engouement est largement comprĂ©hensible : le CPF est devenu un droit des salariĂ©s qui peuvent lâutiliser sans autre intermĂ©diaire que lâapplication mobile MonCompteFormation.
Vous conviendrez avec moi que le CPF Ă©tant un droit acquis par les salariĂ©s grĂące Ă tous les efforts accomplis durant leur carriĂšre professionnelle, il serait assez naturel quâils puissent en disposer comme bon leur semble, notamment Ă lâaube de leur dĂ©part Ă la retraite. Ăvidemment, le CPF doit ĂȘtre, en prioritĂ©, mobilisĂ© en vue de sĂ©curiser les parcours professionnels et de financer des formations professionnalisantes.
Les partenaires sociaux, que jâai longuement entendus au cours des travaux prĂ©paratoires, se sont accordĂ©s Ă dire que lâoffre de formation pouvait ĂȘtre encore amĂ©liorĂ©e, en particulier pour Ă©viter les effets dâaubaine qui conduisent Ă financer des cours de langue dont la portĂ©e professionnelle est parfois plus que discutable.
NĂ©anmoins, le CPF est et doit demeurer un droit personnel du salariĂ©. Notre proposition de loi sâadresse Ă tous ceux et toutes celles qui â heureusement nombreux â ne connaissent pas de carriĂšre heurtĂ©e, ne sont pas menacĂ©s par le chĂŽmage et ne doivent pas engager un processus de reconversion professionnelle en fin de carriĂšre pour Ă©viter le licenciement. Ces salariĂ©s se sont ouvert des droits Ă la formation grĂące Ă leur travail, Ă hauteur de 500 euros par an pour un salariĂ© dont la durĂ©e du travail est supĂ©rieure ou Ă©gale Ă la moitiĂ© de la durĂ©e lĂ©gale, dans la limite dâun plafond de 5 000 euros. Une telle somme est loin dâĂȘtre nĂ©gligeable. Comment justifier dĂšs lors que certains salariĂ©s aient concrĂštement bĂ©nĂ©ficiĂ© de cet argent tandis que dâautres emportent avec eux leurs droits virtuels ? Câest Ă cette contradiction que le prĂ©sent texte entend rĂ©pondre.
Je propose, au travers dâun article unique, un dispositif simple : tout salariĂ© pourra cĂ©der tout ou partie des droits inscrits sur son CPF Ă un autre titulaire de compte. Il sâagit lĂ dâune mesure Ă la fois de justice et dâefficacitĂ©.
Une mesure de justice, car elle permettra de rompre avec lâinĂ©galitĂ© de traitement entre, dâun cĂŽtĂ©, les salariĂ©s qui ont mobilisĂ© leur CPF et, de lâautre, ceux qui nâont pas eu besoin dây avoir recours ; les seconds ne sont pas moins lĂ©gitimes que les premiers Ă rĂ©clamer leur dĂ».
Une mesure dâefficacitĂ©, car le transfert des droits permettra Ă ceux qui en ont le plus besoin de disposer des financements nĂ©cessaires Ă leur formation. Je pense en particulier aux jeunes actifs, qui, par dĂ©finition, thĂ©saurisent moins de droits que leurs aĂźnĂ©s dans les premiers temps de leur carriĂšre. La Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations a rappelĂ©, lors de son audition, que le coĂ»t dâune formation Ă©tait dâenviron 2 000 euros, ce qui reprĂ©sente quatre annĂ©es dâaccumulation de droits. Beaucoup de jeunes ne peuvent pas se permettre dâattendre autant de temps pour bĂ©nĂ©ficier dâune formation ; par exemple, dans beaucoup de territoires, il est nĂ©cessaire dâavoir le permis de conduire pour pouvoir trouver un emploi.
Sâagissant du financement de cette mesure et, plus gĂ©nĂ©ralement, de celui du CPF, je dois admettre que les auditions que jâai menĂ©es mâont laissĂ©e perplexe.
Dâun cĂŽtĂ©, chacun se fĂ©licite de la montĂ©e en puissance du CPF depuis 2019, dâailleurs encouragĂ©e par le Gouvernement, mais, de lâautre, le succĂšs du dispositif risque de le faire courir Ă sa perte. En effet, son financement repose sur un Ă©quilibre financier subtil : seules sont financĂ©es les formations sollicitĂ©es par les bĂ©nĂ©ficiaires dâun CPF. Autrement dit, les salariĂ©s ne disposent pas dâune cagnotte prĂ©financĂ©e et provisionnĂ©e auprĂšs de la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations, opĂ©rateur en charge du financement du CPF. Pourtant, le passage du dĂ©compte en heures au dĂ©compte en euros laisse entendre le contraire aux salariĂ©s. Est-ce Ă dire que le CPF ne serait quâun droit en trompe-lâĆil ?
Le risque dâinsoutenabilitĂ© du dispositif est tel que certains envisagent dâores et dĂ©jĂ sa rĂ©gulation, pour ne pas dire sa limitation. Ticket modĂ©rateur, abaissement du montant de crĂ©dit incrĂ©mentĂ© annuellement sur le compte des salariĂ©s, rĂ©duction du nombre de formations Ă©ligibles : les idĂ©es ne manquent pas pour rĂ©duire la portĂ©e de ce droit durement acquis par les salariĂ©s !
Nâoublions pas non plus le rĂŽle des entreprises dans le financement du dispositif. Si la contribution unique Ă la formation professionnelle et Ă lâalternance et la contribution supplĂ©mentaire Ă lâapprentissage ne suffisent certes pas Ă couvrir les besoins en trĂ©sorerie de France compĂ©tences, contrainte de souscrire des emprunts bancaires, les employeurs paient pour le CPF.
La formation des salariĂ©s ne peut pas ĂȘtre la variable dâajustement des dĂ©ficits publics. Je regrette, Ă ce titre, que lâĂ©tude dâimpact de la loi de 2018 nâait pas apportĂ© plus dâĂ©lĂ©ments substantiels sur les effets macroĂ©conomiques de la montĂ©e en charge du CPF. Pour lâheure, la prĂ©vision dâun financement de 2,2 milliards dâeuros en 2021 concorde avec la rĂ©alitĂ© des faits, mais quâen sera-t-il demain quand le CPF aura Ă©tĂ© plus largement dĂ©ployĂ© ? Allons-nous faire marche arriĂšre et expliquer aux salariĂ©s que leur droit Ă la formation doit ĂȘtre sacrifiĂ© parce que nous nâavons pas su en anticiper le coĂ»t ? Nous ne pouvons nous y rĂ©soudre. Bien au contraire, par cette proposition de loi, nous faisons du CPF un droit plein et entier.
Le texte est bref. Nous nâavons pas voulu entrer dans les dĂ©tails techniques car il sâagit avant tout de rĂ©pondre Ă une question de principe : quel avenir souhaitons-nous, collectivement, pour le CPF ?
Sa concision est en outre un gage dâouverture Ă la discussion. Je ne suis opposĂ©e a priori Ă aucun systĂšme de transfert. Nous pouvons tout Ă fait imaginer un systĂšme de solidaritĂ© intergĂ©nĂ©rationnel et intrafamilial, les parents transmettant directement leurs droits Ă leurs enfants. Nous pouvons aussi appliquer une logique de dons entre collĂšgues, sur le modĂšle du don de jours de repos Ă un salariĂ© parent dâenfant gravement malade ou proche aidant. Nous pouvons, de maniĂšre plus impersonnelle, crĂ©er au sein de chaque entreprise un fonds alimentĂ© volontairement par les salariĂ©s et redistribuĂ© Ă ceux qui en ont le plus besoin. Bref, plusieurs options nous sont offertes.
En conclusion, la proposition de loi que je vous prĂ©sente est, je le crois profondĂ©ment, un texte humaniste â si vous me permettez de reprendre Ă mon compte un qualificatif employĂ© lors des travaux prĂ©paratoires. TransfĂ©rer les droits que lâon nâa pas utilisĂ©s Ă ceux qui en ont le plus besoin, voilĂ un beau geste de solidaritĂ©, que nous devrions promouvoir !
Mme Catherine Fabre (LaREM). Il y a trois ans, nous avons adoptĂ© la loi pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel, dont jâĂ©tais la rapporteure pour le titre Ier. En ce moment, notre collĂšgue GĂ©rard Cherpion et moi Ă©valuons sa mise en Ćuvre et son impact.
Lâun des objectifs visĂ©s par cette loi Ă©tait de donner Ă chacun, notamment au public qui avait peu accĂšs Ă la formation, la possibilitĂ© de se former en rendant les droits rĂ©els, concrets et faciles Ă utiliser. Et ça marche : trois ans aprĂšs, plus de 2 millions de personnes ont activĂ© leur compte personnel de formation. Comme nous lâespĂ©rions, les publics les plus Ă©loignĂ©s de la formation â ouvriers, employĂ©s, seniors, femmes â y accĂšdent plus facilement que par le passĂ©.
Madame la rapporteure, vous proposez que les droits acquis sur le CPF puissent ĂȘtre transmis Ă une autre personne. Si lâintention paraĂźt louable, elle revĂȘt malheureusement tous les attributs dâune fausse bonne idĂ©e et va Ă contre-courant de lâesprit de la rĂ©forme, qui vise justement Ă dĂ©mutualiser les fonds de la formation pour garantir que chaque personne individuellement puisse y avoir accĂšs.
Les droits inscrits dans le CPF ont Ă©tĂ© conçus et financĂ©s pour ĂȘtre des droits attachĂ©s Ă une personne donnĂ©e. Dâailleurs, lors de vos auditions, tant la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations que les partenaires sociaux et France compĂ©tences vous ont alertĂ©e sur les nombreux risques que prĂ©sente votre proposition.
Celle-ci pourrait ainsi nuire aux personnes les plus fragiles : je pense aux femmes et aux personnes ĂągĂ©es, qui, dĂ©jĂ Ă©loignĂ©es de la formation, pourraient ĂȘtre tentĂ©es de cĂ©der leurs droits par exemple Ă leurs enfants, alors que lâobjectif de la rĂ©forme est justement dâinciter chacun, notamment les seniors, Ă continuer de se former.
Vous justifiez votre proposition par le fait que certaines personnes ont des besoins de formation que le CPF ne peut pas suffisamment financer. Or des conventions conclues avec PĂŽle emploi ainsi quâavec les rĂ©gions permettent dâabonder le CPF si cela sâavĂšre nĂ©cessaire. Les entreprises et les branches peuvent Ă©galement co-investir dans la formation des salariĂ©s.
Aussi le groupe La RĂ©publique en Marche est-il en dĂ©saccord avec cette proposition de loi et prĂ©sentera un amendement de suppression de lâarticle unique.
Mme Josiane Corneloup (LR). AccĂ©der Ă la formation est essentiel non seulement pour la modernisation du marchĂ© du travail français mais aussi pour rĂ©pondre aux besoins croissants des reconversions professionnelles dans un marchĂ© du travail en perpĂ©tuelle Ă©volution. Si les taux dâactivitĂ© et dâemploi des seniors sont en hausse rĂ©guliĂšre, les inĂ©galitĂ©s en matiĂšre dâemploi et de formation demeurent et remettent en cause la sĂ©curitĂ© des parcours professionnels.
Le CPF est dans ce contexte un outil important, qui permet notamment de financer des formations aux nouvelles technologies. Créé dans le cadre de la rĂ©forme de la formation professionnelle en 2014, il constitue un dispositif de financement public de la formation continue et est lâun des rares droits uniquement Ă la main des salariĂ©s : il est utilisable par tout salariĂ© tout au long de sa vie active, y compris en pĂ©riode de chĂŽmage, pour suivre une formation qualifiante.
Comme vous le mentionnez dans votre rapport, le succĂšs du CPF nâest plus Ă dĂ©montrer, avec plus de 600 000 titulaires dâun compte en novembre 2019 et prĂšs de 3 millions dâutilisateurs dâici Ă la fin de 2021. Or beaucoup de personnes titulaires de droits inscrits sur leur CPF nây ont pas recours : ainsi, en 2019, 15 % des Français nâen avaient jamais entendu parler, et 52 % dĂ©claraient nâavoir reçu aucune information sur son utilisation.
Au-delĂ dâune meilleure information quant Ă son usage, il serait judicieux que ceux qui ne souhaitent pas profiter des crĂ©dits acquis, ou qui sont Ă lâaube de la liquidation de leurs droits, puissent en faire bĂ©nĂ©ficier ceux qui nâen ont pas suffisamment et voudraient se former davantage. Tel est lâobjet de cette proposition de loi visant Ă autoriser le don de droits acquis entre titulaires de CPF afin dâaider les salariĂ©s qui ne possĂšdent pas assez de crĂ©dits pour accĂ©der Ă la formation quâils souhaitent, et ainsi mieux rĂ©pondre aux besoins de chacun.
Ă titre dâexemple, un tel mĂ©canisme serait particuliĂšrement bĂ©nĂ©fique pour les jeunes entrant dans le marchĂ© du travail ou y ayant accĂ©dĂ© depuis peu. Par dĂ©finition, les jeunes actifs disposent en effet de moins de droits que leurs aĂźnĂ©s, alors quâils sont Ă un stade de leur vie professionnelle oĂč ils doivent ĂȘtre davantage formĂ©s.
Cette proposition de loi pragmatique, de bon sens, dâĂ©galitĂ©, de solidaritĂ© intergĂ©nĂ©rationnelle et de justice sociale contribuera sans nul doute Ă moderniser le marchĂ© du travail dans notre pays.
Mme Pascale Fontenel-Personne (Dem). La prĂ©sente proposition de loi vise, au travers de son article unique, Ă permettre le transfert de droits dâun CPF Ă un autre sur la base du volontariat du titulaire.
Le groupe Mouvement dĂ©mocrate (MoDem) et DĂ©mocrates apparentĂ©s ne soutiendra pas cette initiative qui lui semble dĂ©naturer lâesprit mĂȘme du CPF. En effet, celui-ci est, comme son nom lâindique, un outil personnel sur lequel le titulaire accumule des droits quâil acquiert grĂące Ă son travail ; il lui permet ainsi de choisir et de financer des formations afin de dĂ©velopper ses compĂ©tences ou de se rĂ©orienter.
La formation professionnelle reprĂ©sente pour chaque travailleur une opportunitĂ© qui lui est propre. De nos jours, les carriĂšres ne sont plus linĂ©aires et le CPF constitue un filet de sĂ©curitĂ© mobilisable Ă tout moment. La cession de ses droits Ă quelquâun dâautre pourrait prĂ©senter un risque non nĂ©gligeable dans lâĂ©ventualitĂ© oĂč le titulaire perdrait son emploi ou devrait suivre une formation afin de sâadapter Ă lâĂ©volution de son poste de travail.
En outre, lâargument selon lequel certains besoins de formation ne sont pas suffisamment couverts par les droits accumulĂ©s nâest pas recevable. En effet, des mĂ©canismes dâabondement permettant de complĂ©ter le financement dâune formation existent et sont proposĂ©s par des acteurs tels que les rĂ©gions ou PĂŽle emploi.
La loi pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel, qui est en cours dâĂ©valuation par la commission des affaires sociale, a augmentĂ© considĂ©rablement le recours au CPF, grĂące Ă sa conversion en euros, qui lâa rendu plus concret. Les salariĂ©s se lâapproprient de plus en plus, ce qui est une excellente chose. Il ne semble donc pas opportun de modifier les rĂšgles de son utilisation.
Pour lâensemble de ces raisons, le groupe Dem sâopposera Ă lâadoption de ce texte.
Mme Annie Chapelier (Agir ens). Créé en 2014 et modifiĂ© en 2018 par notre majoritĂ© au travers de la loi pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel, le CPF est lâun des principaux acquis de ces dix derniĂšres annĂ©es pour les salariĂ©s. Il permet Ă chacun dâentre eux de se former tout au long de sa vie active, y compris en pĂ©riode de chĂŽmage.
Lâarticle unique de la proposition de loi prĂ©voit dâouvrir la possibilitĂ© aux titulaires dâun CPF de cĂ©der Ă une autre personne, Ă tout moment de sa carriĂšre, une partie ou lâensemble de leurs droits acquis, et ce sans contrepartie.
En premier lieu, notre groupe considĂšre quâune telle disposition irait Ă lâencontre de la philosophie mĂȘme du CPF, reposant sur le principe dâindividualisation des droits attachĂ©s Ă la vie professionnelle du salariĂ©, qui ne peuvent donc faire lâobjet dâun don.
La cession non rĂ©versible et sans contrepartie des droits Ă la formation risquerait en outre de placer dans lâinsĂ©curitĂ© sociale des personnes qui se retrouveraient sans droits au moment oĂč elles pourraient en avoir besoin, ce qui va Ă©galement Ă lâencontre de lâindividualisation.
La proposition de loi nâest pas chiffrĂ©e â quoique vous nous ayez apportĂ©, madame la rapporteure, quelques Ă©lĂ©ments dâinformation lors de votre prĂ©sentation. Elle est pourtant de nature Ă engendrer une augmentation substantielle des dĂ©penses de France compĂ©tences, lâautoritĂ© nationale chargĂ©e de financer et de rĂ©guler la formation professionnelle, dont le dĂ©ficit sâĂ©lĂšve dĂ©jĂ Ă 2,5 milliards dâeuros.
Enfin, les modalitĂ©s de fonctionnement du CPF ont beaucoup Ă©voluĂ© par suite du lancement de lâapplication MonCompteFormation et de la rĂ©novation, Ă la fin de lâannĂ©e 2019, du site dĂ©diĂ©, ce qui a provoquĂ© un triplement des flux par rapport aux annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Nous considĂ©rons quâil est nĂ©cessaire de laisser encore du temps aux bĂ©nĂ©ficiaires pour sâapproprier ce nouvel outil avant dâenvisager de le modifier.
Pour toutes ces raisons, le groupe Agir ensemble votera en défaveur de cette proposition de loi.
Mme ValĂ©rie Six (UDI-I). Au nom du groupe UDI et IndĂ©pendants, je remercie Mme Bazin-Malgras de soumettre Ă notre commission une proposition de loi qui facilite lâaccĂšs Ă la formation. Notre pays a des besoins significatifs en la matiĂšre, comme M. le Premier ministre lâa rappelĂ© lundi dernier lors de la prĂ©sentation du plan dâinvestissement dans les compĂ©tences.
Le CPF, créé en 2018 par la loi pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel, permet de suivre une formation qualifiante. Sâil est un droit personnel Ă la formation, il se peut que, pour diverses raisons, liĂ©es par exemple au parcours professionnel, les droits acquis par certaines personnes ne soient pas utilisĂ©s. Dâautres, au contraire, ont des besoins en formation qui ne sont pas couverts par les droits accumulĂ©s. Le groupe UDI et indĂ©pendants est donc favorable Ă ce que les droits inscrits sur le CPF puissent ĂȘtre transmis Ă un autre titulaire de compte.
Le modĂšle Ă©conomique du CPF est mis Ă mal, ce dernier Ă©tant victime de son succĂšs : il bĂ©nĂ©ficie actuellement Ă 2 millions de personnes. Fin 2021, il manquera 3 milliards dâeuros de recettes pour assurer le financement de la rĂ©forme de la formation et de lâapprentissage.
Lors des auditions que vous avez menĂ©es, madame la rapporteure, le directeur gĂ©nĂ©ral de France compĂ©tences, M. StĂ©phane Lardy, a Ă©galement mis en garde contre les abus : certaines formations qualifiantes nâayant pas de visĂ©e professionnelle, il serait opportun de renforcer les contrĂŽles.
Les travaux dâĂ©valuation de la loi pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel sont en cours : nous serons donc attentifs aux analyses qui seront conduites Ă ce sujet et espĂ©rons que le nĂ©cessaire sera fait pour que le dispositif soit pĂ©renne.
Au-delĂ de ce constat, le groupe UDI et IndĂ©pendants est favorable Ă la proposition de loi. Nous savons en effet que le recours au CPF aura Ă terme des effets Ă©conomiques positifs tant sur lâemploi que sur la croissance. Câest une belle initiative de solidaritĂ© fondĂ©e sur le volontariat. Je rappelle que, suivant le mĂȘme principe, un salariĂ© peut dĂ©jĂ donner ses congĂ©s payĂ©s ou ses jours de rĂ©duction du temps de travail (RTT) Ă lâun de ses collĂšgues afin quâil sâoccupe de son enfant malade.
M. Jean-Hugues Ratenon (FI). Vous tirez prĂ©texte du fait que certaines personnes ont des besoins insuffisamment couverts par les droits quâelles ont accumulĂ©s sur leur CPF pour prĂ©senter cette proposition de loi et autoriser le don des droits acquis aux titulaires de comptes afin de mieux rĂ©pondre aux besoins de chacun.
DĂ©jĂ inexistant sur bien des sujets, lâĂtat risque encore une fois de ne plus jouer aucun rĂŽle. Nous ne pouvons pas rĂ©pondre aux besoins des Français par des accords entre individus. Avez-vous oubliĂ© que « la Nation garantit lâĂ©gal accĂšs de lâenfant et de lâadulte Ă lâinstruction, Ă la formation professionnelle et Ă la culture » ? Vous risquez de bafouer ce principe Ă valeur constitutionnelle.
NâĂ©tant plus garantie par lâĂtat, lâĂ©galitĂ© entre tous sera rompue. Un travailleur isolĂ© aura moins de droits Ă la formation quâun autre ayant une vie sociale ou professionnelle plus fournie â sans parler des risques de pressions de certains travailleurs sur dâautres et de chantage.
LâinĂ©galitĂ© entre Français est une chose inadmissible contre laquelle nous nous battons chaque jour. Tout nâest pas que marchandise : un droit ne peut pas ĂȘtre une propriĂ©tĂ© ou un bien que lâon peut Ă©changer, cĂ©der ou vendre.
Il nâest plus question ici de droit Ă la formation car chacun peut transformer Ă sa guise ses droits en biens dont il est devenu propriĂ©taire. Nous nous opposons Ă cette conception du monde au nom de certains principes. Les Français se sont battus pour obtenir des droits inaliĂ©nables que vous essayez petit Ă petit de remettre en cause.
Depuis des annĂ©es, le Gouvernement va toujours plus loin pour rogner les acquis des travailleurs et dĂ©rĂ©guler le marchĂ© du travail. Au lieu par exemple dâaccorder en pleine pandĂ©mie des jours de congĂ© aux soignants ou aux aidants familiaux Ă©puisĂ©s, il les oblige dâune certaine façon Ă faire appel Ă la charitĂ© des travailleurs.
Si vous voulez sûrement bien faire avec cette proposition de loi, le groupe La France insoumise est contre.
Mme Isabelle Valentin. La pĂ©nurie de personnel dans certains secteurs dâactivitĂ© est aujourdâhui le problĂšme numĂ©ro un de tout chef dâentreprise et menace la relance dans notre pays comme en Europe. Comment peut-on compter plus de 5 millions de chĂŽmeurs et en mĂȘme temps 300 000 offres dâemploi non pourvues ?
Reconversion, montĂ©e en compĂ©tences : la formation peut ĂȘtre une des clĂ©s. Nous avons beaucoup Ă faire en matiĂšre de formation collective et individuelle, surtout pour la dĂ©couverte de certains mĂ©tiers qui ont une image nĂ©gative.
Le financement des formations reste un frein important. Le CPF est utilisable par tous les salariĂ©s. Le don de crĂ©dits de formation peut donc ĂȘtre une solution menant Ă une meilleure utilisation de ces derniers, car beaucoup de Français ne disposent dâaucune information sur lâutilisation de leur CPF, donc sur leurs droits, les montants disponibles et les formations qui leur sont ouvertes.
La prĂ©sente proposition de loi prĂ©voit que tout titulaire dâun compte puisse, sâil le souhaite, transfĂ©rer tout ou partie de ses droits vers le compte dâune autre personne. Cela permettra de faire bouger les lignes â je pense notamment aux jeunes et Ă lâobtention du permis de conduire â ainsi que de lever des freins Ă la mobilitĂ©.
Mme la rapporteure. Sâagissant des abondements, si la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations abonde parfois certaines formations, PĂŽle emploi ne le fait que dans six cas sur dix. Quid des autres ?
Le CPF Ă©tant personnel, jâestime que chacun a le droit dâen disposer comme il le veut, par exemple en aidant un enfant, un collĂšgue ou un proche. Pourquoi ne pourrait-on pas permettre le don dâheures de formation, Ă lâinstar de ce que lâon a fait pour les jours de repos et de RTT ? Certains jeunes ont besoin du permis de conduire : pensez-vous quâils vont attendre quatre ans pour le passer, le temps dâavoir accumulĂ© suffisamment de droits individuels Ă la formation ? Tel est lâobjet de ma proposition de loi. Le CPF matĂ©rialise un droit individuel, qui nous appartient : câest pour cela que je propose de le transfĂ©rer.
Les abondements sont insuffisants par rapport aux besoins de formation. On a rĂ©cemment converti en euros les heures correspondant Ă lâancien droit individuel Ă la formation. Or si chaque salariĂ© voulait utiliser ce crĂ©dit pour se former, ce serait impossible, faute dâargent : on a tablĂ© sur 5 % de bĂ©nĂ©ficiaires, et le dispositif est dâores et dĂ©jĂ dĂ©ficitaire, Ă hauteur de 3 milliards dâeuros. Comment fait-on sâil y en a 6 % ou 7 % ? Vous avez mis en place un truc qui nâest pas financĂ©. Câest de la poudre aux yeux, un effet dâannonce ! Ma proposition de loi vise Ă y remĂ©dier.
Monsieur Ratenon, ce dispositif est nĂ©cessaire et il est complĂ©mentaire Ă lâengagement de lâĂtat dans la formation. Si tout le monde doit ĂȘtre Ă©gal devant cette derniĂšre comme devant lâĂ©cole, la solidaritĂ© entre salariĂ©s doit Ă©galement jouer. Il sâagit juste dâoffrir la possibilitĂ© Ă certaines personnes de se former.
Le dispositif proposĂ© est donc vertueux. DĂšs lors quâon a accumulĂ© des droits et quâon dispose de la somme nĂ©cessaire pour se former, on peut en donner un peu. Le transfert des droits Ă la formation rĂ©pond simplement Ă une forme de solidaritĂ© entre collĂšgues ou entre membres dâune mĂȘme famille.
La commission en vient Ă lâexamen de lâarticle unique de la proposition de loi.
Article unique : Ouvrir la possibilité de transférer, tout ou partie, de ses droits inscrits sur le compte personnel de formation
Amendement de suppression AS1 de Mme Catherine Fabre.
Mme Catherine Fabre. Il est paradoxal de se dĂ©clarer inquiet dâun dĂ©sĂ©quilibre financier et de proposer dans le mĂȘme temps de lâaggraver substantiellement… Les droits Ă la formation ne sont pas des droits de propriĂ©tĂ©, madame la rapporteure. Ă ce compte-lĂ , on pourrait aussi envisager de cĂ©der ses droits au chĂŽmage Ă quelquâun qui en aurait besoin parce quâil arriverait en fin de droits. Il y a une certaine dĂ©magogie Ă faire une proposition de ce type alors mĂȘme que, lors des auditions, nombre dâintervenants vous ont alertĂ©e sur les risques quâelle comportait. Je suis Ă©tonnĂ©e par votre obstination.
On vous a Ă©galement expliquĂ© Ă plusieurs reprises quâil existe dâautres moyens que le CPF pour financer les besoins en formation. Une personne qui est au chĂŽmage et qui a besoin dâun complĂ©ment de financement lâobtiendra ; si tel nâest pas le cas, câest que son projet ne le nĂ©cessite pas.
La rĂ©forme que nous avons menĂ©e rĂ©pond bien aux besoins de formation longue. Votre proposition de loi est en complĂšte contradiction avec son esprit. En outre, elle prĂ©sente des difficultĂ©s opĂ©rationnelles. Pour toutes ces raisons, nous proposons de supprimer lâarticle unique.
Mme la rapporteure. Je souhaite revenir point par point sur les arguments que vous avancez.
Le don des droits inscrits sur le CPF ne serait pas en adĂ©quation avec la philosophie de la loi du 5 septembre 2018 pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel, car le CPF est un dispositif personnel ? Câest prĂ©cisĂ©ment parce quâil sâagit dâun droit personnel que chaque salariĂ© devrait pouvoir en disposer comme bon lui semble, ce qui nâest pas le cas aujourdâhui. Lâesprit de la rĂ©forme Ă©tait de rendre les salariĂ©s plus autonomes dans la gestion de leur CPF. Force est de constater que lâimpossibilitĂ© de transfĂ©rer les droits non consommĂ©s est un frein Ă leur libre disposition.
CĂ©der ses droits Ă une autre personne risquerait de mettre en difficultĂ© le salariĂ© qui nâa pas correctement anticipĂ© ses besoins de formation ? Câest bien peu considĂ©rer lâautonomie des salariĂ©s que de penser quâils ne sont pas capables dâanticiper la trajectoire de leur carriĂšre ! Surtout, vous ne rĂ©pondez pas Ă la situation de ceux qui sâapprĂȘtent Ă liquider leurs droits Ă la retraite et qui sont absolument certains de ne plus avoir besoin de recourir Ă la formation professionnelle. Câest essentiellement ce public qui est visĂ© par la proposition de loi.
Celle-ci pourrait rĂ©duire lâaccĂšs Ă la formation de ceux qui y ont dĂ©jĂ peu recours ? Je ne vois pas ce qui vous permet de lâaffirmer. Bien au contraire, nous proposons dâintroduire plus de solidaritĂ© dans le systĂšme de formation professionnelle.
Des abondements complĂ©mentaires permettraient de couvrir le coĂ»t dâune formation ? Nous nous rĂ©jouissons que ces abondements existent car, ne lâoublions pas, il existe un Ă©cart de 500 euros entre le coĂ»t moyen dâune formation et le crĂ©dit moyen dont disposent les salariĂ©s sur leur compte. Le systĂšme de transfert viendra complĂ©ter le dispositif des abondements, auxquels ne sont pas toujours Ă©ligibles les titulaires dâun CPF. Je rappelle, par exemple, que PĂŽle emploi abonde les comptes des demandeurs dâemploi dans six cas sur dix. Que faisons-nous pour les quatre cas restants ?
Vous pointez vous-mĂȘme la contradiction inhĂ©rente au CPF : vous avez créé un droit, que vous promouvez, sans vous ĂȘtre assurĂ©s de la pĂ©rennitĂ© de son financement. Cette situation est pour le moins singuliĂšre. Si je suis votre raisonnement, madame Fabre, vous ne pouvez pas souscrire Ă notre proposition de loi parce quâelle ne serait pas viable Ă©conomiquement ; mais si je vous Ă©coute bien, le CPF lui-mĂȘme nâest pas viable financiĂšrement. Alors, que voulez-vous faire ? Le supprimer ? Je serai trĂšs attentive aux conclusions sur ce point de lâĂ©valuation que vous conduisez avec notre collĂšgue GĂ©rard Cherpion.
Avis défavorable.
M. Thierry Michels. Revenons Ă lâessence mĂȘme du CPF : il a Ă©tĂ© imaginĂ© pour permettre aux salariĂ©s de se prĂ©parer aux Ă©volutions possibles de leur mĂ©tier. Tout le monde se souvient de ces ouvriers et ouvriĂšres qui ont travaillĂ© vingt ans dans une usine qui ferme et qui nâont pas acquis dâautres compĂ©tences. Câest bien de cela dont il sâagit.
Je me rĂ©jouirais si le CPF bĂ©nĂ©ficiait Ă 6 % ou 7 % des personnes au lieu de 5 %. Le nĂ©cessaire serait alors fait pour le financement, car la formation est un investissement. La question financiĂšre est un faux problĂšme. Attachons-nous Ă dĂ©velopper lâutilisation du CPF, qui permet Ă son bĂ©nĂ©ficiaire de se protĂ©ger des Ă©volutions futures et de saisir les occasions qui se prĂ©sentent Ă lui.
Votre exemple dâune personne partant Ă la retraite et nâayant pas utilisĂ© les droits inscrits sur son CPF nâa pas de sens. Si elle ne lâa pas fait, câest que les choses se sont bien passĂ©es pour elle et quâelle nâen a pas eu besoin. On ne voit pas pourquoi on transfĂ©rerait ses droits Ă quelquâun dâautre. Quelquâun qui nâa pas Ă©tĂ© malade ne va pas transfĂ©rer son droit Ă ĂȘtre soignĂ© ! Lâenfer est pavĂ© de bonnes intentions.
Votre proposition de loi ne correspond pas Ă notre dĂ©marche qui consiste Ă permettre Ă chacun de se dĂ©velopper et dâapprendre tout au long de sa vie professionnelle. Il sâagit dâun droit personnel, non de quelque chose que lâon pourrait cĂ©der Ă une autre personne.
Mme la rapporteure. Je suis entiĂšrement dâaccord sur le fait que la formation doit intervenir tout au long de la carriĂšre, mais si lâon a accumulĂ© des droits Ă la fin de celle-ci, il est tout de mĂȘme dommage de les perdre. Pourquoi ne pas transfĂ©rer ce montant en euros, par exemple pour pallier les insuffisances de PĂŽle emploi ? Le mĂ©canisme que je propose est vertueux.
Mme Catherine Fabre. Je pensais avoir dĂ©jĂ rĂ©pondu Ă cet argument…
Prenons un autre exemple : considĂ©rez-vous que quelquâun qui arrive Ă la retraite et qui a accumulĂ© un certain nombre de droits Ă lâallocation chĂŽmage pourrait les transfĂ©rer Ă quelquâun dâautre ?
Mme la rapporteure. Soyons sĂ©rieux ! On parle de droit Ă la formation. Je suis certaine que nos compatriotes prĂ©fĂšrent Ă©viter dâavoir Ă faire valoir leur droit Ă lâallocation chĂŽmage.
Nous discutons dâune proposition de loi simple, vertueuse et solidaire, qui vise Ă aider les Français Ă mieux se former grĂące au transfert des droits inscrits sur le CPF. Le principe est le mĂȘme que pour le transfert de jours de congĂ©s payĂ©s ou de RTT. Cette mesure est trĂšs attendue, je vous lâassure. Les Français qui nous regardent seront ravis de savoir que la majoritĂ© sây oppose.
Mme Isabelle Valentin. On ne peut pas comparer avec les droits Ă lâallocation chĂŽmage, madame Fabre ! On sait quâil existe de nombreux secteurs offrant des emplois pour lesquels trop peu de gens sont formĂ©s. Lâobjectif de la proposition de loi est de fournir des complĂ©ments de financement par transfert de droits Ă la formation, notamment en faveur des jeunes pour quâils puissent accĂ©der Ă ces emplois.
Mme Annie Chapelier. La comparaison plusieurs fois Ă©voquĂ©e avec le don de jours de congĂ©s payĂ©s ou de RTT Ă des parents dâun enfant souffrant dâune maladie de longue durĂ©e me met mal Ă lâaise. Ce don est ciblĂ© et bĂ©nĂ©ficie Ă des personnes qui ont besoin dâavoir des journĂ©es de congĂ© supplĂ©mentaires.
Avec cette proposition de loi, il sâagit de transfert de droits inscrits sur le CPF, sans aucune condition. Cela pourrait faire lâobjet dâun dĂ©voiement et de marchandages, au dĂ©triment des titulaires de droits.
Je mâassocie donc entiĂšrement aux propos tenus par mes collĂšgues Catherine Fabre et Thierry Michels.
Mme la rapporteure. Croyez-vous quâun jeune qui dĂ©bute dans la vie et nâa pas le permis de conduire ne souhaite pas quâon lui transfĂšre quelques heures de droit Ă la formation pour pouvoir le passer et ainsi travailler ?
Câest un dispositif ciblĂ© et nĂ©cessaire. Je ne comprends pas vos arguments.
La commission adopte lâamendement.
En consĂ©quence, lâarticle unique est supprimĂ© et la proposition de loi est ainsi rejetĂ©e.
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Lâarticle unique de la proposition de loi ayant Ă©tĂ© supprimĂ©, le texte est considĂ©rĂ© comme rejetĂ© par la commission.
En consĂ©quence, aux termes de lâarticle 42 de la Constitution, la discussion en sĂ©ance publique aura lieu sur le texte initial de cette proposition de loi.
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 ANNEXE 1 :
Liste des personnes auditionnées par la rapporteure
(Par ordre chronologique)
- Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations â M. Laurent Durain, directeur de la formation professionnelle et des compĂ©tences au sein de la direction des politiques socialesTable ronde des organisations syndicales :
Table ronde des organisations syndicales :
- ConfĂ©dĂ©ration française dĂ©mocratique du travail (CFDT) â M. Philippe Debruyne, secrĂ©taire confĂ©dĂ©ral, en charge de la formation professionnelle
- ConfĂ©dĂ©ration gĂ©nĂ©rale du travail – Force ouvriĂšre (FO) â M. Youcef Tayeb, assistant confĂ©dĂ©ral au secteur la Formation professionnelle et de lâEmploi
- ConfĂ©dĂ©ration française de lâencadrement-ConfĂ©dĂ©ration gĂ©nĂ©rale des cadres (CFE-CGC) â M. Ăric Freyburger, dĂ©lĂ©guĂ© national en charge de la formation professionnelle, et M. ClĂ©ment Delaunay, conseiller technique en charge de la formation
- ConfĂ©dĂ©ration française des travailleurs chrĂ©tiens (CFTC) â M. Maxime Dumont, Mme Aline Mougenot, et M. Michel Charbonnier
- URSSAF Caisse nationale â M. Pierre-Sylvain Guely, directeur des transferts
- France compĂ©tences â M. StĂ©phane Lardy, directeur gĂ©nĂ©ral


