Zoom sur les points clĂ©s de l’ANI dĂ©diĂ©s Ă la formation professionnelle Ă la veille de l’annonce du projet de loi par Muriel PĂ©nicaud, Ministre du Travail.
AprĂšs des nĂ©gociations en dents de scie, les syndicats et les reprĂ©sentants du patronat se sont mis dâaccord dans la nuit de mercredi 21 fĂ©vrier Ă jeudi sur la rĂ©forme de la formation professionnelle. Le texte a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© Ă Muriel PĂ©nicaud, ministre du Travail aprĂšs une derniĂšre relecture. L’accord national interprofessionnel pour lâaccompagnement des Ă©volutions professionnelles, lâinvestissement dans les compĂ©tences et le dĂ©veloppement de lâalternance vise à « renforcer les dispositifs, simplifier les dĂ©marches et amĂ©liorer lâefficience et la qualitĂ© du systĂšme », comme l’indique son introduction.
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L’ANI propose Ă©galement de dĂ©finir une action de formation comme « le processus pĂ©dagogique dâapprentissage par lequel tous les moyens sous quelque forme que ce soit sont dĂ©ployĂ©s au regard de la situation de la personne pour lui permettre dâadapter, dâacquĂ©rir ou de dĂ©velopper des compĂ©tences professionnelles ou dâobtenir une qualification, sur la base dâobjectifs prĂ©alablement dĂ©terminĂ©s. Ce processus a pour objectif de maintenir ou de dĂ©velopper des connaissances, capacitĂ©s et compĂ©tences sous diffĂ©rentes formes (FEST, formel, non formel, prĂ©sentiel, distanciel, etc..). »
5 axes de refondation du systĂšme
1 – Renforcer le compte personnel de formation créé en 2013, simplifier les conditions de mobilisation de ce droit pour tous et lui permettre de sĂ©curiser les transitions professionnelles .
2 – Accompagner le salariĂ© dans la mobilisation de ce droit par le renforcement dâun conseil en Ă©volution professionnelle dĂ©ployĂ© au plus prĂšs des bassins dâemplois.
3 – CrĂ©er une capacitĂ© dâanalyse prospective des besoins en compĂ©tences par une meilleure coordination des travaux engagĂ©s par les branches professionnelles et les acteurs territoriaux, afin de disposer dâun diagnostic de qualitĂ© sur lâensemble du territoire en matiĂšre dâemploi et de formation.
4 – RĂ©former le dispositif de certification pour le corrĂ©ler aux besoins en compĂ©tences des entreprises, gagner en lisibilitĂ©, en rĂ©activitĂ© et en accessibilitĂ© afin que les individus puissent se former tout au long de leur vie professionnelle, Ă leur initiative ou dans le cadre de projets professionnels co-construits avec leur entreprise.
5 – Faire de lâassurance-qualitĂ© le levier dâamĂ©lioration continue de lâensemble du systĂšme de formation professionnelle et dâinvestissement dans les compĂ©tences.
Une montée en puissance du CEP
Les parties signataires affirment leur volontĂ© de mettre en place les moyens afin que tout salariĂ© dispose dâun vĂ©ritable droit Ă lâaccompagnement gratuit, accessible, facilement et Ă tout moment dans le cadre de son parcours professionnel, afin de faciliter la mise en Ćuvre de son projet professionnel dans toutes ses dimensions. A cet effet, ils dĂ©cident de faire franchir une nouvelle Ă©tape au conseil en Ă©volution professionnelle (CEP),
Il est demandĂ© aux branches professionnelles, le cas Ă©chĂ©ant Ă travers leurs OPCA, de mettre Ă disposition des entreprises une information Ă destination des salariĂ©s sur lâexistence du conseil en Ă©volution professionnelle et des organismes habilitĂ©s Ă proximitĂ©.
Le CEP comprend 2 niveaux, dĂ©finis dans un cahier des charges national, qui sâexercent dans le cadre dâun service gratuit pour le salariĂ© :
- Un 1er niveau dâaccueil personnalisĂ© qui permet de dĂ©livrer une information gĂ©nĂ©rale sur la possibilitĂ© de bĂ©nĂ©ficier dâun accompagnement.
- Un 2e niveau dâaccompagnement permettant de dĂ©finir, construire et formaliser avec le salariĂ© son projet professionnel y compris en termes dâingĂ©nierie (Ă©volution professionnelle, reconversion, mobilitĂ© professionnelleâŠ). Le financement des prestations associĂ©es dans le cadre de ce 2e niveau du CEP sont Ă©ligibles au CPF et finançables Ă ce titre.Â
Un CPF plus lisible et rénové
Les parties signataires dĂ©cident de simplifier lâaccĂšs et la lisibilitĂ© du CPF en faisant de ce dispositif le rĂ©ceptacle unique de lâensemble des droits liĂ©s Ă la formation, rattachĂ©s Ă lâindividu et mobilisables Ă son initiative ou avec son accord. Ils souhaitent aussi que les modalitĂ©s dâaccĂšs dans un cadre individuel ou co-construit avec lâemployeur ou avec des tiers soient facilitĂ©es.
Le CPF reste alimentĂ© uniquement en heures de formation Ă la fin de chaque annĂ©e. La monĂ©tisation du CPF, pourtant souhaitĂ© par le Gouvernement, fait l’unanimitĂ© contre elle par les parties signataires. Florence Poivey (Medef) rĂ©sume leur positionnement en ces termes :
« Les partenaires sociaux sont unanimes Ă estimer que ce serait trop inflationniste sur les prix des formations. Il serait par ailleurs dĂ©licat de faire croire aux publics les plus fragiles qu’ils ont Ă leur disposition un sac Ă dos plein d’argent alors que ce sont des heures de formation. Enfin, ce serait inĂ©quitable : une formation de conducteur d’engins de travaux publics coĂ»te plus cher qu’une formation de juriste. Si on donne le mĂȘme montant Ă chacun, certains pourront se former abondamment, d’autres non. »
L’alimentation du CPF se fera Ă hauteur de 35 h par an, dans la limite dâun plafond de 400 h Ă compter du 1er janvier 2019.
Pour les salariĂ©s qui nâont pas atteint un niveau de formation sanctionnĂ© par un diplĂŽme classĂ© au niveau V (CAP, BEP), un titre professionnel enregistrĂ© et classĂ© au niveau V du RNCP ou une certification reconnue par une convention collective nationale de branche, lâalimentation du compte sera de 55 h par an dans les conditions prĂ©vues Ă lâarticle L 6323-11 du code du travail, jusquâĂ ce que le crĂ©dit dâheures atteigne 550 h.
Les heures inscrites sur le compte permettent Ă son titulaire de financer une action Ă©ligible au compte prĂ©vue Ă lâarticle 7. Lorsque la durĂ©e de cette action est supĂ©rieure au nombre d’heures inscrites sur le compte, celui-ci peut faire l’objet d’abondements pour en assurer le financement.
Le compte en heures peut ĂȘtre abondĂ© :
- Dans le cadre dâun co-investissement dĂ©fini et construit avec lâentreprise. Un accord dâentreprise peut dĂ©finir les conditions de ce co-investissement et ses modalitĂ©s de mise en Ćuvre ;
- Dans le cadre de dispositions prévues par accords de branche ;
- Dans le cadre de dispositifs lĂ©gaux en vigueur ou prĂ©vus au niveau interprofessionnel ; – Par le titulaire du compte ;
- Par dâautres acteurs Ă©ventuels.
Lorsque le salariĂ© dĂ©cide de mobiliser son CPF de sa propre initiative, il peut le mobiliser pour les actions visĂ©es Ă lâarticle 7 en dehors du temps de travail, sans lâautorisation de son employeur.
Lâaccord prĂ©alable de lâemployeur nâest cependant pas requis pour suivre une formation permettant lâacquisition du certificat ClĂ©A, pour bĂ©nĂ©ficier dâun bilan de compĂ©tences, dâun accompagnement Ă la VAE ou dâune formation Ă la crĂ©ation / reprise dâentreprise, selon les conditions prĂ©vues Ă lâarticle L. 6323-17 du code du travail.
Le CPF peut Ă©galement ĂȘtre mobilisĂ© en tout ou partie sur le temps de travail avec lâaccord de lâemployeur.
Le salariĂ© peut utiliser lâensemble de ses heures CPF sans intermĂ©diation dans le cadre de la mise en Ćuvre de lâapplication numĂ©rique.
NouveautĂ© : le CPF en vue dâun projet de transition professionnelle
Le CPF est alors mobilisĂ© dans le cadre dâun congĂ© spĂ©cifique mis en Ćuvre dans les conditions fixĂ©es aux articles L. 6322-6 et suivants du code du travail.
Le projet de transition professionnelle est accessible Ă tout salariĂ© ayant conclu un CDI ou un CDD, et indĂ©pendamment du nombre dâheures acquises sur le CPF.
Le projet de transition professionnelle doit remplir les conditions suivantes :
- Viser un diplĂŽme, un titre ou une certification inscrite au RNCP ou un CQP/CQPI ;
- PrĂ©cĂ©der lâaction de formation dâune prestation de positionnement personnalisĂ© pour adapter la durĂ©e de la formation aux besoins de lâindividu et faciliter lâaccĂšs Ă la certification visĂ©e ;
- Mobiliser les heures acquises au titre du CPF et les abondements éventuels qui sont attachés au projet.
Les heures mobilisĂ©es au titre du CPF de transition professionnelle peuvent faire lâobjet dâabondements qui sont attachĂ©s Ă des prestations associĂ©es nĂ©cessaires au projet, dans le cadre du 2e niveau du CEP.
Les parties signataires rĂ©affirment lâimportance de la conduite des entretiens professionnels, obligatoires tous les deux ans.
La fin du plan de formation….
Les parties signataires conviennent de remplacer le plan de formation, Ă lâinitiative de lâemployeur, par un plan dâadaptation et de dĂ©veloppement des compĂ©tences. Dans lâĂ©laboration du plan dâadaptation et de dĂ©veloppement des compĂ©tences, lâemployeur bĂ©nĂ©ficie de la connaissance des donnĂ©es issues de lâObservatoire prospectif des mĂ©tiers et des qualifications de la branche professionnelle, notamment en matiĂšre de description et dâanalyse prospective des Ă©volutions des mĂ©tiers de lâentreprise.
Ce plan dâadaptation et de dĂ©veloppement des compĂ©tences a pour objet de prĂ©parer les compĂ©tences nĂ©cessaires Ă lâentreprise pour faire face aux Ă©volutions techniques, rĂ©glementaires et organisationnelles et de satisfaire Ă son obligation dâadapter les salariĂ©s Ă leur poste de travail. Il comprend Ă©galement lâensemble des actions liĂ©es Ă lâĂ©volution ou au maintien dans lâemploi dans lâentreprise, les actions liĂ©es au dĂ©veloppement des compĂ©tences ainsi que, le cas Ă©chĂ©ant, les actions dâaccompagnement des salariĂ©s qui font lâobjet dâune co-construction avec lâentreprise.
A noter : les parties signataires confirment leur volontĂ© de consacrer des moyens spĂ©cifiques afin dâaccompagner les TPE-PME, dâune part, dans lâanticipation de leurs besoins en emplois et compĂ©tences, et, dâautre part, dans la mise en place dâactions concourant Ă la montĂ©e en compĂ©tences et en qualification de leurs salariĂ©s. De mĂȘme, ils portent une attention particuliĂšre Ă garantir lâaccessibilitĂ© Ă la formation des salariĂ©s en CDD.
Renforcer la Gouvernance
Du fait de lâĂ©volution du rĂŽle des diffĂ©rents acteurs et du financement de la formation professionnelle, les parties signataires dĂ©cident que le COPANEF intĂšgre les moyens du FPSPP, pour mettre en Ćuvre la politique quâils dĂ©finissent dans le prĂ©sent accord.
Cependant, cette orientation nâest possible que si lâEtat donne la garantie aux partenaires sociaux quâils pourront conduire les politiques nationales interprofessionnelles en matiĂšre dâemploi et de formation professionnelle, en responsabilitĂ©.
Le renforcement du dialogue et un pilotage coordonnĂ© entre lâEtat, les RĂ©gions et les partenaires sociaux constituent deux clĂ©s de rĂ©ussite, pour garantir la cohĂ©rence et lâefficacitĂ© des politiques des diffĂ©rentes instances quadripartites de lâemploi, de la formation et de la certification, notamment en matiĂšre dâactions Ă destination des demandeurs dâemploi et des jeunes.
Elles souhaitent que la composition du CNEFOP et son fonctionnement soient redĂ©finis afin dâamĂ©liorer lâefficacitĂ© de son action dans le cadre dâune concertation avec lâEtat.
Au final, l’ANI ressemble plus Ă un texte proposant quelques Ă©volutions au systĂšme de formation professionnelle actuelle, sans changement majeur. Que va retenir le Gouvernement dans son annonce mardi 27 fĂ©vrier ?

Les comĂ©diens du social se sont exprimĂ©s, on espĂšre que ces monteurs d’usine Ă gaz seront cantonnĂ©s Ă l’avenir au rĂŽle de commentateurs du social.