Depuis quelques jours, le sujet du plafonnement du Compte Personnel de Formation sâest imposĂ© dans les Ă©changes entre entrepreneurs, organismes de formation et acteurs institutionnels. En cause, lâarticle 81 du projet de loi de finances pour 2026, qui prĂ©voit un plafonnement de lâutilisation du CPF pour les formations du RĂ©pertoire SpĂ©cifique.
Les premiĂšres hypothĂšses de travail Ă©voquent un plafond fixĂ© Ă 1 500 euros, assorti dâun reste Ă charge renforcĂ©. Un niveau trĂšs infĂ©rieur au coĂ»t rĂ©el des formations entrepreneuriales, gĂ©nĂ©ralement compris entre 2 200 et 2 500 euros selon les acteurs du secteur CommuniquĂ© de presse – LiveMentor
DerriĂšre ce point technique se joue une question beaucoup plus structurante : lâaccĂšs rĂ©el Ă la formation pour les entrepreneurs.
Le CPF des entrepreneurs ne fonctionne pas comme celui des salariés
Sur le papier, le CPF est un droit individuel universel.
Dans les faits, son usage diffĂšre fortement selon le statut.
Pour un salariĂ©, le CPF peut ĂȘtre complĂ©tĂ© par lâemployeur.
Pour un entrepreneur, un travailleur indĂ©pendant ou un dirigeant de TPE, ce cofinancement nâexiste pas.
Dans de nombreux cas, lâentrepreneuriat intervient aprĂšs une premiĂšre carriĂšre salariĂ©e. Le CPF accumulĂ© devient alors le seul levier structurĂ© de formation disponible. Il nây a pas de budget formation annexe, ni de tiers capable dâabsorber un reste Ă charge.
Câest prĂ©cisĂ©ment ce point quâa mis en lumiĂšre le post largement relayĂ© dâAnaĂŻs PrĂ©tot, cofondatrice de LiveMentor, Ă lâorigine dâune mobilisation rapide sur LinkedIn.
Un plafonnement qui agit comme une barriÚre économique
Le plafonnement ne supprime pas formellement le droit Ă la formation.
Il en modifie cependant lâeffectivitĂ©.
Lorsque le plafond est fixé en dessous du coût réel des formations professionnalisantes, deux effets mécaniques apparaissent :
- une restriction de lâaccĂšs, pour les entrepreneurs incapables dâassumer un reste Ă charge
- une pression Ă©conomique sur lâoffre, qui fragilise les organismes spĂ©cialisĂ©s ou les contraint Ă dĂ©grader leurs parcours
Plusieurs dirigeants dâorganismes de formation et rĂ©seaux dâaccompagnement soulignent que ce plafond devient une rĂ©fĂ©rence implicite de marchĂ©, indĂ©pendamment de la qualitĂ© ou de lâintensitĂ© pĂ©dagogique.
Le risque dâun Ă©cosystĂšme de formation Ă deux vitesses
Lâun des points les plus discutĂ©s concerne lâeffet systĂ©mique du plafonnement.
En pratique, la mesure favorise les structures capables de cofinancer et pénalise celles qui ne le peuvent pas. Elle crée ainsi un écosystÚme de formation à deux vitesses, au bénéfice des grandes entreprises et au détriment des indépendants, micro entrepreneurs et TPE.
Cette analyse est largement partagĂ©e dans les rĂ©actions au post dâAnaĂŻs PrĂ©tot, y compris par des acteurs institutionnels et associatifs.
EdTech France a notamment alertĂ© sur une mesure jugĂ©e injuste, dangereuse et inefficace, y compris sur le plan budgĂ©taire. Dâautres rĂ©seaux de lâĂ©cosystĂšme entrepreneurial, proches de la crĂ©ation dâentreprise et de lâinnovation, ont Ă©galement pris la parole pour souligner le dĂ©calage entre lâobjectif affichĂ© et les effets concrets de la rĂ©forme.
Des impacts chiffrés qui interrogent la cohérence du dispositif
Le communiquĂ© de presse relayĂ© par plusieurs organisations de lâĂ©cosystĂšme entrepreneurial avance des projections particuliĂšrement prĂ©occupantes :
- jusquâĂ 90 % des entrepreneurs pourraient renoncer Ă leur projet de formation
- une hausse potentielle de 40 % des dĂ©faillances dâentreprises Ă trois ans
Ces chiffres, largement dĂ©battus, relient directement formation, montĂ©e en compĂ©tence et pĂ©rennitĂ© Ă©conomique CommuniquĂ© de presse – LiveMentâŠ.
Dans un contexte marquĂ© par lâIA, lâautomatisation et les transitions numĂ©riques, la formation entrepreneuriale ne relĂšve plus du confort ou de lâoptimisation. Elle constitue un outil dâadaptation Ă©conomique.
Un débat qui dépasse la technique réglementaire
Le dĂ©bat autour du plafonnement du CPF pour le RĂ©pertoire SpĂ©cifique ne se limite plus Ă un futur dĂ©cret dâapplication. Il interroge la cohĂ©rence globale du modĂšle CPF appliquĂ© aux entrepreneurs.
Soit le CPF reste un outil opérationnel, adapté aux réalités économiques des indépendants.
Soit il devient un droit thĂ©orique, dont lâaccĂšs rĂ©el est conditionnĂ© Ă des capacitĂ©s de financement inexistantes pour une grande partie des entrepreneurs.
Les organisations signataires du communiquĂ© appellent dĂ©sormais le gouvernement Ă revoir les modalitĂ©s du plafonnement, avant publication du dĂ©cret, afin dâĂ©viter une disparition progressive de lâoffre de formation entrepreneuriale.
Une chose est déjà acquise :
le CPF des entrepreneurs nâest plus un sujet marginal.
Il est devenu un indicateur central de la place accordĂ©e Ă la montĂ©e en compĂ©tence des indĂ©pendants dans lâĂ©conomie française.
