C’est officiel.
Le décret a été publié hier au Journal officiel.
À partir d’aujourd’hui, le plafonnement du CPF s’applique !
Et première remarque : le mot est mal choisi.
Le CPF avait déjà un plafond.
5 000 euros pour la majorité des salariés.
8 000 euros pour les moins qualifiés.
Parler aujourd’hui de “plafonnement du CPF” entretient donc une confusion.
Ce qui entre en vigueur n’est pas un plafond du CPF en tant que tel.
C’est un plafond de mobilisation des fonds CPF par type d’action.

Les mots ont un poids.
Mal les choisir, volontairement ou non, crée de l’incompréhension.
Ce qui change réellement
L’alimentation annuelle ne change pas :
- 500 euros par an pour un salarié à mi-temps ou plus
- 800 euros pour les salariés peu qualifiés
- plafond global de 5 000 ou 8 000 euros selon les situations
En revanche, la mobilisation est désormais plafonnée :
- 1 500 euros maximum pour les formations
- 1 600 euros pour les bilans de compétences
- 900 euros pour le permis de conduire
Il ne s’agit pas d’un plafond du prix des formations.
Une formation peut coûter 3 000 euros ou 4 000 euros.
Mais le CPF ne financera plus que dans la limite du plafond fixé.
Le reste devra être payé par le titulaire ou cofinancé.
Le CPF devient un outil partiel, et non plus potentiellement intégral.
Les économies annoncées… et notre analyse
Le gouvernement évoque 250 millions d’euros d’économies, dont 150 millions dès 2026.
De notre point de vue, c’est sous-estimer l’ampleur du changement.
Avec des plafonds fixés à 1 500 euros pour les formations et 900 euros pour le permis, l’effet volume sera significatif. Nous pensons que l’impact budgétaire sera au minimum deux fois supérieur aux estimations annoncées.
La mécanique économique est simple :
Fin du permis B + moins de financement mobilisable = moins de dossiers / baisse du panier moyen.
Les abus : entre réalité, fantasmes et exagérations
Il serait naïf de nier qu’il y a eu des dérives.
Certaines escroqueries sont avérées.
Certaines ont été minimisées.
D’autres ont été largement fantasmées.
Et certaines accusations se sont révélées totalement infondées.
Le cadre légal est aujourd’hui en place pour agir : contrôles renforcés, sanctions, déréférencements, poursuites.
Globalement, la situation s’est stabilisée depuis environ deux ans.
Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus rien à améliorer.
Un travail de réglage fin reste nécessaire. Nous y reviendrons dans nos prochains articles.
Mais il serait injuste de présenter l’ensemble du secteur comme incontrôlé. Ce n’est plus le cas.
Le vrai chantier : améliorer la qualité et la lisibilité
Le plafonnement est une réponse budgétaire.
La réponse structurelle doit être qualitative.
1. Arrêter de présenter toutes les formations comme identiques
Une formation avec accompagnement individualisé, positionnement initial et suivi régulier n’est pas équivalente à un parcours largement automatisé.
Les fiches doivent préciser clairement :
- test de positionnement oui ou non
- nombre d’heures avec formateur
- part d’autoformation
- modalités d’accompagnement
Le titulaire doit comprendre ce qu’il finance.
2. Mettre en place de vrais avis écrits
Depuis le début, nous demandons des avis écrits.
Pas seulement des notes.
Les notes disparaissent souvent lors des mises à jour de certification.
Cela fragilise la mémoire collective du dispositif.
Les titulaires doivent pouvoir laisser des témoignages écrits, structurés, portant sur leur expérience réelle avec le centre de formation.
L’évaluation doit porter sur le centre, sa fiabilité, son sérieux, son accompagnement. Pas uniquement sur une fiche produit.
3. Renforcer le rôle des certificateurs
Le certificateur doit être un acteur clé du contrôle :
- vérification des taux de présentation
- contrôle des pratiques commerciales
- intervention rapide en cas de dérive
- nettoyage plus actif des certifications problématiques
Le ménage doit être plus rapide et plus visible.
4. Permettre aux prestataires de valoriser leur valeur
Les organismes sérieux doivent pouvoir mettre en avant :
- leurs taux de présentation réels
- leurs taux de réussite
- leurs modalités pédagogiques
- leur expertise métier
La transparence protège les bons acteurs.
5. Faciliter et encourager les abondements
Si le CPF devient partiel, le co-investissement devient central.
Il faut :
- simplifier radicalement les abondements
- les rendre plus lisibles
- envisager des mécanismes incitatifs
- pourquoi pas des exonérations de charges sur les montants engagés par les entreprises
Sans cela, le dispositif risque de se contracter.
Un tournant majeur et fragile
Ce changement est majeur.
Il est aussi potentiellement dangereux.
Un plafonnement mal compris et mal accompagné peut fragiliser l’écosystème. Certains acteurs pourraient ne pas s’en remettre. Le dispositif pourrait s’éroder lentement.
Mais l’inverse est possible.
Avec plus de transparence, plus de contrôle intelligent, plus de pédagogie auprès des titulaires et des entreprises, le CPF peut entrer dans une phase plus mature.
Tout dépendra de l’accompagnement.
Le CPF change aujourd’hui.
À nous collectivement de faire en sorte qu’il ne s’éteigne pas.
Continuons à construire ensemble une société de la compétence.
