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DOCUMENT D’ORIENTATION

Simon Cocquerel15 novembre 201721 octobre 2019

Novembre 2017

DOCUMENT D’ORIENTATION

Depuis 1945, notre pays a connu deux phases de transformation Ă©conomique et sociale profonde. Les Trente glorieuses ont permis un dĂ©veloppement Ă©conomique sans prĂ©cĂ©dent, fondĂ© sur la fin de l’économie paysanne traditionnelle remplacĂ©e par une agriculture plus intensive, l’essor de l’industrie fordiste de masse et l’installation des services comme premier pourvoyeur d’emplois du pays. Les trente annĂ©es suivantes ont vu, depuis le premier choc pĂ©trolier, le taux de croissance divisĂ© par deux, puis par trois, l’affaiblissement substantiel de notre appareil de production et le dĂ©veloppement d’une Ă©conomie de services polarisĂ©e entre prestations Ă  haute valeur ajoutĂ©e et services peu rĂ©munĂ©rĂ©s.

La formation initiale et professionnelle a largement accompagnĂ© ces transformations. La massification de l’enseignement secondaire puis supĂ©rieur, ainsi que le dĂ©veloppement de la formation professionnelle ont permis Ă  la majoritĂ© des Français de trouver une place sur un marchĂ© du travail de plus en plus exigeant et dual, sans pour autant parvenir Ă  Ă©viter l’installation d’un chĂŽmage de masse.

Depuis quelques annĂ©es, notre pays, comme l’ensemble des pays de l’OCDE, est entrĂ© dans une troisiĂšme Ăšre de transformation. La globalisation des marchĂ©s, le dĂ©veloppement du numĂ©rique, de la robotique, la nĂ©cessitĂ© d’adapter les modes de production et de consommation Ă  la prĂ©servation des ressources naturelles et au rĂ©chauffement climatique, entraĂźnent une redistribution de la chaĂźne de valeur mondiale et une transformation des modes de production, de l’organisation du travail dans les entreprises et des compĂ©tences requises sur le marchĂ© du travail. Selon plusieurs Ă©tudes convergentes, environ 10% Ă  20% des emplois sont menacĂ©s de disparition par l’automatisation des tĂąches entraĂźnĂ©e par la robotisation ou le numĂ©rique, autant seront créés, et 50% seront profondĂ©ment transformĂ©s dans les dix ans qui viennent.

Face Ă  cette troisiĂšme transformation, que l’on peut caractĂ©riser comme l’entrĂ©e dans l’économie de la connaissance, l’enjeu pour notre pays est triple :

  • investir massivement dans la formation et les compĂ©tences, pour ĂȘtre collectivement capables de se hisser au sommet de la chaĂźne de valeur mondiale et d’impulser les changements de l’économie de la connaissance plutĂŽt que les subir ;
  • donner Ă  chacun la libertĂ© de choisir et la capacitĂ© de construire son parcours professionnel, pour crĂ©er ou saisir les diffĂ©rentes opportunitĂ©s professionnelles qui se prĂ©sentent ;
  • protĂ©ger les plus vulnĂ©rables contre le manque ou l’obsolescence rapide des compĂ©tences et vaincre ainsi, enfin, le chĂŽmage de masse.

Une bataille mondiale de la compĂ©tence est engagĂ©e : les pays les plus dynamiques Ă©conomiquement seront ceux qui feront le plus progresser en compĂ©tences l’ensemble des actifs. Les nations qui tireront le mieux leur Ă©pingle du jeu de la mondialisation Ă  moyen terme seront celles qui rĂ©ussiront Ă  massifier des systĂšmes de formation initiale et professionnelle de grande qualitĂ©.

Le destin collectif de la France et les destins individuels des Français sont étroitement liés : plus notre systÚme de formation professionnelle sera performant, plus il créera les conditions donnant à chacun la liberté individuelle de saisir toutes les opportunités de la mondialisation. Plus la France sera compétitive comme nation, plus elle offrira de possibilités à tous de construire et développer son projet professionnel.
Etre Ă  la hauteur de ces enjeux dĂ©terminants pour l’avenir de notre pays et sa place dans la division internationale du travail en redĂ©finition suppose non pas de rĂ©former, une fois de plus, notre systĂšme de formation professionnelle, mais de le transformer. Ce dĂ©fi n’est pas hors de portĂ©e. Au dĂ©but des annĂ©es 1970, la France avait inventĂ© un systĂšme de formation moderne et performant, en avance sur les autres pays europĂ©ens. Il s’agit de renouer avec l’inspiration de la loi dite Delors, en l’adaptant aux enjeux de notre temps.

Investir massivement dans les compĂ©tences des salariĂ©s relĂšve d’abord de la responsabilitĂ© des entreprises. C’est Ă  elles qu’il revient d’anticiper les changements, de faire Ă©voluer les organisations et d’innover pour ĂȘtre compĂ©titives sur des marchĂ©s de plus en plus concurrentiels. Ces Ă©volutions fondamentales s’inscrivent aussi dans le cadre refondĂ© du dialogue Ă©conomique et social impulsĂ© par la rĂ©forme rĂ©cente du code du travail. L’Etat doit, en la matiĂšre, dessiner un cadre lĂ©gal et financier propice Ă  ce mouvement, favorable Ă  un investissement massif dans les compĂ©tences des salariĂ©s, encourageant toutes les innovations pĂ©dagogiques et toutes les formes de formation efficaces.

Donner Ă  chacun la libertĂ© de choisir et la capacitĂ© de construire son parcours professionnel relĂšve davantage de la responsabilitĂ© conjointe de l’Etat et des partenaires sociaux. Il leur revient de rendre la formation professionnelle accessible Ă  chaque actif, de façon autonome, simple, opĂ©rationnelle, pour rendre concrĂšte et rĂ©elle la libertĂ© d’évoluer professionnellement par la formation. Cela suppose bien sĂ»r de financer cette libertĂ© individuelle garantie collectivement, mais aussi de promouvoir la qualitĂ© de la formation, la transparence du marchĂ© de la formation et l’accompagnement des personnes qui ont besoin d’ĂȘtre aidĂ©es dans la construction de leur parcours professionnel.

ProtĂ©ger les plus vulnĂ©rables contre le manque ou l’obsolescence rapide des compĂ©tences relĂšve avant tout des pouvoirs publics, c’est-Ă -dire de l’Etat mais surtout des RĂ©gions, qui ont en charge la formation professionnelle des demandeurs d’emploi. Etre Ă  la hauteur de l’enjeu requiert un investissement sans prĂ©cĂ©dent dans la formation des demandeurs d’emploi et un effort d’identification des besoins en compĂ©tences des entreprises pour rendre plus efficace la formation.

Si les acquis instaurĂ©s par la loi du 5 mars 2014 sont significatifs, parmi lesquels la crĂ©ation du compte personnel de formation, du conseil en Ă©volution professionnelle, la crĂ©ation d’une contribution unique pour les entreprises et des premiĂšres exigences en matiĂšre de qualitĂ© des formations, ils sont insuffisants pour rĂ©pondre aux dĂ©fis en prĂ©sence.
Notre systĂšme, trop centrĂ© et focalisĂ© sur la gestion de nombreux dispositifs, n’est pas adaptĂ© aux mutations rapides et profondes que connaissent nos sociĂ©tĂ©s. En outre, il ne permet pas de rĂ©pondre aux inĂ©galitĂ©s de droit et d’accĂšs entre salariĂ©s qualifiĂ©s et non qualifiĂ©s, entre salariĂ©s des petites et moyennes entreprises et salariĂ©s des grandes entreprises.
Afin de rendre notre systĂšme de formation professionnelle plus efficace, plus Ă©quitable, plus transparent au service de la compĂ©titivitĂ© de l’économie française et du renforcement des capacitĂ©s des actifs au sein du marchĂ© du travail, il convient donc de franchir une Ă©tape dĂ©cisive dans la transformation de notre modĂšle.
Sur la base de ces objectifs, les organisations syndicales et patronales reprĂ©sentatives au niveau national et interprofessionnel sont invitĂ©es Ă  engager une nĂ©gociation interprofessionnelle sur les sujets qui relĂšvent du champ de la nĂ©gociation collective, conformĂ©ment Ă  l’article L. 1 du code du Travail.
Le prĂ©sent document d’orientation a pour objet d’expliciter les principaux objectifs du gouvernement, s’agissant de la rĂ©forme Ă  conduire et les options possibles sur lesquels les partenaires sociaux sont appelĂ©s Ă  nĂ©gocier.
Le Gouvernement prĂ©sentera un projet de loi portant rĂ©forme de la formation professionnelle, de l’assurance chĂŽmage et de l’apprentissage, au mois d’avril 2018, ce qui implique une nĂ©gociation finalisĂ©e fin janvier 2018.

1. CrĂ©er une libertĂ© professionnelle pour les salariĂ©s par un compte personnel de formation facile d’accĂšs, opĂ©rationnel et documentĂ©

Afin de dĂ©velopper les capacitĂ©s des actifs sur le marchĂ© du travail, le systĂšme de formation tout au long de la vie a engagĂ© de fortes Ă©volutions pour dĂ©velopper une approche centrĂ©e sur les personnes, leurs besoins et leurs projets. Avec plus d’un million de dossiers de formation validĂ©s depuis son entrĂ©e en vigueur en 2015, le compte personnel de formation – qui constitue le noyau dur du compte personnel d’activitĂ© – commence Ă  s’installer dans le paysage de la formation professionnelle comme un moyen de dĂ©velopper cette logique de personnalisation.

Des droits individuels sont dĂ©sormais capitalisĂ©s Ă  travers des heures acquises sur le compte, et mobilisables jusqu’à la retraite, indĂ©pendamment du statut. Ces droits peuvent ĂȘtre Ă©galement complĂ©tĂ©s par des abondements diffĂ©renciĂ©s en fonction de la difficultĂ© de certaines situations sur le marchĂ© du travail ou de projets professionnels. Afin d’accroĂźtre les ressources en faveur de ceux qui en ont le plus besoin, leur acquisition est dĂ©sormais accĂ©lĂ©rĂ©e pour les salariĂ©s non qualifiĂ©s. Cependant, pour les salariĂ©s, comme pour les demandeurs d’emploi, la crĂ©ation du CPF n’a pas permis de sortir vraiment d’une logique de prescription de formation.

C’est pourquoi cette premiĂšre Ă©tape de construction du compte personnel de formation demande Ă  ĂȘtre approfondie, pour renforcer l’autonomie et la libertĂ© des actifs, sa place dans le systĂšme de formation professionnelle et simplifier substantiellement les mĂ©canismes d’accĂšs Ă  la formation et de gestion des comptes.

Avant la crĂ©ation du CPF, le congĂ© individuel de formation (CIF) a longtemps reprĂ©sentĂ© le seul droit de formation Ă  la main du salariĂ© et faisant l’objet d’un financement propre. De la crĂ©ation du DIF (Droit individuel Ă  la formation) par l’accord national interprofessionnel du 20 septembre 2003 Ă  sa transformation progressive en compte personnel de formation, les partenaires sociaux et le lĂ©gislateur ont construit des dispositifs alliant droits individuels et personnels. L’un, le CIF, est passĂ© d’une logique de promotion sociale Ă  une logique de reconversion professionnelle. L’autre, le CPF, s’est construit dans une logique de sĂ©curisation des parcours professionnels actant les Ă©volutions du marchĂ© du travail et s’inscrivant dans une perspective de droit attachĂ© Ă  la personne plutĂŽt qu’au statut. Par leur finalitĂ©, assurer l’exercice d’un vĂ©ritable droit de libertĂ© professionnelle sorti du lien de subordination juridique, les deux droits se rapprochent de plus en plus. Cependant, par sa construction mĂȘme, le CIF peine Ă  remplir de maniĂšre collective et gĂ©nĂ©rale une vĂ©ritable fonction de reconversion professionnelle (50 000 CIF par an environ pour 19 millions de salariĂ©s).

Le CPF doit donc devenir l’unique droit personnel Ă  la main des individus dans une logique d’appropriation directe, c’est-Ă -dire d’autonomie sans intermĂ©diaire obligatoire. Ses possibilitĂ©s de mobilisation doivent devenir simples et transparentes. A cette fin, le Gouvernement mettra Ă  disposition de tous les salariĂ©s et demandeurs d’emploi une application numĂ©rique permettant de connaĂźtre en temps rĂ©el les droits individuels acquis sur le compte personnel de formation, les offres d’emploi disponibles sur le bassin d’emploi et la rĂ©gion, les formations prĂ©parant Ă  l’acquisition des compĂ©tences requises par ces emplois et les taux d’insertion dans l’emploi Ă  l’issue des formations proposĂ©es. L’application permettra Ă©galement de connaĂźtre les dates des cessions de formation et de s’inscrire en formation, sans avoir Ă  solliciter obligatoirement un intermĂ©diaire et sans avoir Ă  effectuer de dĂ©marches administratives.
L’unitĂ© de mesure en heures des droits de chacun sur son compte n’est pas satisfaisante, celle-ci prenant mal en compte les nouvelles formes d’actions de formation relativisant les notions de prĂ©sence sur un lieu en un temps donnĂ©.
L’encadrement de l’utilisation du CPF se fait aujourd’hui notamment Ă  travers le systĂšme des listes de formation Ă©ligibles au compte. Pour autant, et bien que les listes de formation Ă©ligibles aient permis un investissement sans prĂ©cĂ©dent des partenaires sociaux sur l’identification des certifications professionnelles, le systĂšme d’éligibilitĂ© au CPF par des listes restreint les possibilitĂ©s d’accĂšs Ă  la formation et rajoute un niveau de complexitĂ© supplĂ©mentaire Ă  un ensemble dĂ©jĂ  peu lisible. Il est Ă©galement peu transparent et crĂ©e de l’iniquitĂ© entre les bĂ©nĂ©ficiaires potentiels d’une mĂȘme certification. Il doit donc ĂȘtre mis fin Ă  cette condition d’utilisation du CPF.

Dans cette perspective les partenaires sociaux sont invités à négocier sur les questions suivantes :

  • quelle doit ĂȘtre la nouvelle unitĂ© de mesure du CPF ?
  • Quel doit ĂȘtre le montant du financement collectif garanti pour le compte personnel de formation, celui-ci pouvant ĂȘtre Ă©volutif en fonction de la montĂ©e en charge du dispositif ? La dotation doit-elle ĂȘtre diffĂ©renciĂ©e en fonction du niveau de qualification de la personne et pour permettre des reconversions professionnelles ?
  • Comment doivent ĂȘtre organisĂ©es, notamment par la nĂ©gociation, les possibilitĂ©s d’abondement au CPF des entreprises, dans une logique de co-construction, et des personnes, dans une logique de co-investissement ?
  • Comment concilier l’autonomie individuelle dans le choix de la formation et l’orientation des formations vers les besoins de l’économie ?
  • Dans le contexte de la fin des listes d’éligibilitĂ© au CPF, comment maintenir et organiser la montĂ©e en qualitĂ© des formations proposĂ©es ?

2. Organiser un effort sans prĂ©cĂ©dent de formation des demandeurs d’emploi pour vaincre le chĂŽmage de masse

Compte tenu du dĂ©ficit de compĂ©tences constatĂ©s en France pour certains publics peu qualifiĂ©s et du rythme de croissance de la demande d’emploi plus rapide que le niveau de dĂ©pense de formation pour les demandeurs d’emploi entre 2009 et 2015, la formation des demandeurs d’emploi a bĂ©nĂ©ficiĂ© de contributions exceptionnelles de l’Etat et des partenaires sociaux. Ces plans exceptionnels, Ă  temporalitĂ© souvent annuelles, constituent des outils conjoncturels, suscitant la mobilisation des acteurs, mais une approche plus systĂ©mique, pluriannuelle, tenant compte des droits et besoins des individus est nĂ©cessaire. Le rĂŽle des rĂ©gions est Ă©galement essentiel en la matiĂšre, celles-ci disposant d’une compĂ©tence de principe. Leur rĂŽle est donc dĂ©terminant.

Ainsi, un plan d’investissement compĂ©tences (PIC), destinĂ© Ă  financer un effort sans prĂ©cĂ©dent de formation des demandeurs d’emplois, sera engagĂ© dĂšs l’annĂ©e prochaine et sur l’ensemble du quinquennat. Il permettra de former, en plus du « rythme de croisiĂšre » des derniĂšres annĂ©es, un million de demandeurs d’emplois de longue durĂ©e et un million de jeunes sans qualification.
Aujourd’hui, les partenaires sociaux consacrent en moyenne, sur les derniĂšres annĂ©es, environ 700 Ă  800 millions d’euros, hors contrat de professionnalisation, Ă  la formation des demandeurs d’emploi. Dans le cadre du PIC, cette contribution pourra ĂȘtre portĂ©e, Ă  partir de 2019, Ă  1,5 milliards d’euros par an et prendra la forme d’un prĂ©lĂšvement pouvant atteindre 0,3% de la masse salariale. Cette contribution a vocation Ă  Ă©voluer en fonction du nombre de demandeurs d’emplois.

Outre la masse financiĂšre nĂ©cessaire, la rĂ©ussite du PIC suppose d’identifier de maniĂšre Ă  la fois prĂ©cise et prospective les besoins en compĂ©tences des entreprises, de flĂ©cher les formations sur ces besoins et d’intĂ©resser financiĂšrement les opĂ©rateurs au rĂ©sultat.
Dans cette perspective les partenaires sociaux sont invités à négocier sur les questions suivantes :

  • comment les entreprises et les branches professionnelles peuvent-elles se mettre en situation d’effectuer une GPEC de branche, dĂ©clinable au niveau territorial, capables d’apporter une information prĂ©cise et de qualitĂ© aux acheteurs de formation ?
  • Comment organiser un rapprochement cohĂ©rent des observatoires prospectifs des mĂ©tiers et des qualifications pour apporter toute l’information nĂ©cessaire Ă  ceux qui commandent et organisent des formations pour les actifs ?

3. Favoriser l’investissement massif des entreprises dans les compĂ©tences des salariĂ©s

Si le renforcement du CPF permettra au salariĂ© d’assumer davantage sa libertĂ© professionnelle, il convient toutefois de confirmer les obligations de l’entreprise relatives au maintien de l’employabilitĂ© de ses salariĂ©s.
Les entreprises ont vocation Ă  conforter leur rĂŽle central d’acquisition des compĂ©tences pour leurs salariĂ©s. En matiĂšre de formation professionnelle, l’employeur a plusieurs obligations Ă  cet Ă©gard : au-delĂ  de la participation au financement, il doit s’assurer de l’adaptation du salariĂ© Ă  l’Ă©volution de son emploi, organiser un entretien professionnel bisannuel, concerter le plan de formation soumis aux reprĂ©sentants du personnel.
Dans ce cadre, il est proposĂ© de rĂ©organiser les modalitĂ©s par lesquelles l’entreprise contribue Ă  la formation de ses salariĂ©s, tant par obligation que pour des raisons de compĂ©titivitĂ©.
Il est ainsi indispensable de simplifier la construction et la formalisation du plan de formation. En effet, dans la pratique, les entreprises et les reprĂ©sentants du personnel ont du mal Ă  distinguer effectivement les diffĂ©rences entre les catĂ©gories du plan. Il convient Ă©galement de simplifier les dispositifs de maintien en emploi des salariĂ©s. Ainsi, la pĂ©riode de professionnalisation a vocation Ă  disparaĂźtre. Outre qu’elle est souvent utilisĂ©e comme outil d’adaptation au poste, le maintien dans l’emploi du salariĂ© relĂšve de l’obligation gĂ©nĂ©rale qui incombe Ă  l’employeur au titre de l’article L. 6321-1 du code du travail.

En outre, la digitalisation fait exploser le partage entre prĂ©sentiel et non prĂ©sentiel, entre formation pendant et hors du temps de travail. Il devient donc nĂ©cessaire de dĂ©velopper des modalitĂ©s pratiques d’accĂšs Ă  la formation, de pĂ©dagogie active, plus souples et plus adaptĂ©es Ă  la rapiditĂ© des Ă©volutions du marchĂ© du travail et donc des besoins en compĂ©tence des salariĂ©s.
Enfin, la France se caractĂ©rise toujours par un moindre accĂšs des salariĂ©s des TPE-PME Ă  la formation. Or, ces entreprises sont elles aussi fortement impactĂ©es par la rĂ©volution digitale et elles n’ont pas souvent les capacitĂ©s en interne pour faire face Ă  ces bouleversements de leur modĂšle Ă©conomique et social. Il est donc indispensable de simplifier les voies d’accĂšs Ă 

la formation pour leurs salariĂ©s, d’imaginer des modes d’incitation financiĂšre permettant le dĂ©veloppement des compĂ©tences tout en maintenant une part de mutualisation et d’encourager la construction d’une meilleure offre en matiĂšre d’ingĂ©nierie de compĂ©tence.
Dans cette perspective, les partenaires sociaux sont invités à négocier sur les questions suivantes :

  • Quelle doit ĂȘtre la nouvelle dĂ©finition simple et opĂ©rationnelle de l’action de formation, favorisant toutes les formes de formation et l’innovation pĂ©dagogique ?
  • Comment inciter les entreprises Ă  mieux assurer le maintien de la capacitĂ© de ses salariĂ©s Ă  occuper un emploi, en anticipant l’évolution de leurs besoins en compĂ©tences, en accompagnant les transitions professionnelles en interne et en favorisant l’accĂšs des salariĂ©s les moins qualifiĂ©s Ă  la formation ?
  • Comment apporter aux TPE-PME les moyens financiers et outils nĂ©cessaires Ă  l’anticipation de leurs besoins en compĂ©tences et Ă  la formation des salariĂ©s de ces entreprises et de leurs dirigeants ? A quelles conditions un systĂšme de mutualisation asymĂ©trique peut-il ĂȘtre efficace ?
  • Comment faciliter une meilleure association des Ă©lus du personnel et/ou des organisations syndicales Ă  l’élaboration de la politique de formation de l’entreprise ?

4. Refonder le systĂšme de formation en alternance sur les besoins des entreprises et les attentes des jeunes

Malgré des progrÚs récents, notre systÚme de formation en alternance est à la fois complexe, peu efficient et peu transparent.
Au vu des comparaisons avec les pays europĂ©ens les plus performants en la matiĂšre, qui prĂ©sentent un taux de chĂŽmage des jeunes souvent deux fois plus faibles que le nĂŽtre, l’organisation de l’apprentissage dans notre pays n’est pas satisfaisante. Les professionnels sont peu ou mal associĂ©s Ă  l’élaboration des diplĂŽmes. La gestion des centres de formation d’apprentis reste trĂšs encadrĂ©e administrativement, ne rĂ©pondant pas toujours aux besoins des entreprises. Certaines demandes de formation des entreprises ne sont pas satisfaites, cependant que beaucoup de centres sont loin d’ĂȘtre remplis. Les contraintes du rythme scolaire sur l’organisation de la formation en entreprise est inadaptĂ© Ă  la demande des entreprises et des jeunes et peuvent conduire les entreprises Ă  renoncer Ă  des offres d’apprentissage et des jeunes en rupture de contrat Ă  perdre une annĂ©e entiĂšre.
Pour contourner cette rigiditĂ©, les partenaires sociaux ont dĂ©veloppĂ© le contrat de professionnalisation, plus souple, plus rĂ©actif, et dont le financement au contrat garantit une meilleure utilisation des fonds publics. Ceci Ă©tant, la coexistence de deux systĂšmes participe de la complexitĂ© et au final du manque d’attractivitĂ© de la formation en alternance.

La formation en alternance nĂ©cessite donc une rĂ©volution copernicienne : les entreprises et les jeunes ne doivent plus tourner autour du systĂšme, mais c’est Ă  l’inverse le systĂšme lui-mĂȘme qui doit se mettre Ă  tourner autour des entreprises et des jeunes.

C’est pourquoi le systĂšme de financement des formations en alternances doit ĂȘtre pilotĂ© dans un souci d’efficacitĂ© et de transparence, l’affirmation du statu quo ne la garantissant pas par elle-mĂȘme.
Il doit donner la prioritĂ© Ă  la prise en compte des besoins du monde professionnel, des entreprises qui embauchent les personnes et en particulier les jeunes concernĂ©s, tout en assurant une rĂ©gulation d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral avec les Conseils rĂ©gionaux, notamment dans une perspective d’amĂ©nagement du territoire et de dĂ©veloppement Ă©conomique.
Dans cette perspective, les partenaires sociaux sont invités à négocier sur les questions suivantes :

  • comment mettre en place un systĂšme de financement au contrat (apprentissage et professionnalisation), garantissant la transparence et l’utilisation optimale des ressources dĂ©diĂ©es Ă  la formation en alternance ?
  • Comment organiser un systĂšme de pĂ©rĂ©quation permettant d’accompagner les branches souhaitant dĂ©velopper les formations en alternance mais ne disposant pas des ressources suffisantes ?
  • Comment amĂ©liorer les modalitĂ©s d’évaluation des formations en alternance proposĂ©es, garantissant ainsi aux jeunes et aux familles une pleine connaissance des dĂ©bouchĂ©s et des taux d’insertion dans l’emploi des formations existantes ?

5. DĂ©velopper la rĂ©gulation du systĂšme de formation professionnelle par la qualitĂ© et renforcer l’accompagnement des actifs : un enjeu transversal et systĂ©mique de la rĂ©forme

La transformation indispensable de l’ensemble de notre systĂšme de formation ne sera possible que si l’écosystĂšme, qui permet une prise en compte des besoins effectifs des actifs et des entreprises, Ă©volue profondĂ©ment.
Il s’agit de rĂ©nover considĂ©rablement notre systĂšme de certification afin qu’il rĂ©ponde aux aspirations individuelles des personnes et aux besoins des entreprises face aux changements toujours plus rapides du marchĂ© du travail, mais Ă©galement de renforcer trĂšs fortement la transparence et la qualitĂ© de l’offre de formation dans une double logique d’efficacitĂ© Ă©conomique et de justice sociale.
Donner plus de libertĂ©s aux actifs dans la gestion de leur droit peut nĂ©cessiter un accompagnement renforcĂ© permettant leur utilisation effective. Il s’agit alors pour l’ensemble des institutions de rendre « capable » les personnes afin qu’elles fassent des choix Ă©clairĂ©s et libres.

5.1 Renforcer la régulation en amont par une révision du systÚme de certification professionnelle

Un cadre des qualifications clair et simple aide l’ensemble des acteurs Ă  comprendre la valeur et le niveau d’une qualification. L’existence de qualifications professionnelles dont les employeurs, les salariĂ©s et les demandeurs d’emploi ne perçoivent pas le sens et la valeur faute de transparence est un facteur important de sous-utilisation des compĂ©tences des actifs et du mauvais rapprochement de l’offre et de la demande en compĂ©tences. ParallĂšlement, la valeur probante des certifications professionnelles acquises permet aux actifs de se former sur les compĂ©tences recherchĂ©es sur le marchĂ© de l’emploi et de mieux sĂ©curiser leur parcours professionnel.
Avec plus de 10 000 certifications actives enregistrĂ©es au rĂ©pertoire national des certifications professionnelles et 1 200 certifications recensĂ©es Ă  l’inventaire, le systĂšme français ne rĂ©pond pas Ă  cet impĂ©ratif.
Dans le mĂȘme temps, la mise en oeuvre du CPF a enrichi la finalitĂ© du rĂ©pertoire national des certifications professionnelles (RNCP), celui-ci Ă©tant aussi devenu un prĂ©requis pour l’accĂšs Ă  des financements mutualisĂ©s. Ce changement a entraĂźnĂ© Ă  la fois une augmentation des demandes d’enregistrement et une exigence plus forte dans l’application des critĂšres d’enregistrement. Un systĂšme de certification professionnelle rationalisĂ© permet Ă©galement l’encadrement nĂ©cessaire de la logique individuelle et universelle de la formation. Cette rationalisation passe nĂ©cessairement par une dĂ©finition homogĂšne de la notion de blocs de compĂ©tences qui permet un accĂšs progressif Ă  la qualification ou d’attester des compĂ©tences acquises en cas de rĂ©ussite partielle.

Enfin, le RNCP n’est pas suffisamment rĂ©actif. Pour ĂȘtre inscrit au RNCP, les organismes privĂ©s ou les certifications de branche doivent justifier des donnĂ©es d’insertion de 3 promotions. Ajouter au dĂ©lai d’instruction et d’ingĂ©nierie, un minimum de 4 Ă  5 ans est donc nĂ©cessaire pour faire enregistrer une certification. L’évolution continue des besoins en compĂ©tences, notamment en lien avec la numĂ©risation des mĂ©tiers, nĂ©cessite donc, lĂ  aussi, de refonder le systĂšme.
Dans cette perspective, les partenaires sociaux sont invitĂ©s Ă  nĂ©gocier sur les conditions d’une modularitĂ© opĂ©rationnelle et souple dans les certifications et diplĂŽmes et sur la maniĂšre de mieux prendre en compte les compĂ©tences Ă©mergentes sur des mĂ©tiers en forte Ă©volution, tout en veillant Ă  un accĂšs au RNCP sĂ©lectif et de qualitĂ©.

5.2 Passer à une nouvelle étape de la démarche qualité de la formation

Dans le prolongement de l’ANI du 14 dĂ©cembre 2013, la loi du 5 mars 2014 a fait le choix de la responsabilitĂ© des financeurs publics et paritaires pour amĂ©liorer la qualitĂ© en formation. Le dĂ©cret du 30 juin 2015 a fixĂ© les six critĂšres ainsi que le mode opĂ©ratoire leur permettant d’assurer cette mission, soit en recourant Ă  des labels ou certifications (rĂŽle de la liste publique du CNEFOP), soit par la mise en place d’une procĂ©dure interne d’évaluation.
Toutefois, la logique de renforcement des droits personnels impliquant une logique de désintermédiation par le biais du CPF implique que la personne ait une vision claire et

prĂ©cise du marchĂ© de la formation. La plus grande libertĂ© donnĂ©e aux individus dans leur choix d’achat de formation exige une plus grande transparence de l’offre de formation. La rĂ©gulation du systĂšme doit donc, plus que jamais, passer par « l’assurance qualitĂ© » de la prestation et du prestataire et ce, de façon unifiĂ©e.
La certification des organismes de formation pourrait donc ĂȘtre assurĂ©e via un systĂšme d’accrĂ©ditation qui pourrait s’appuyer sur le COFRAC.
Les partenaires sociaux sont invitĂ©s Ă  rĂ©flĂ©chir sur les principes et les modalitĂ©s permettant une meilleure transparence et une plus grande qualitĂ© de l’offre de formation :

  • Quelles doivent ĂȘtre les modalitĂ©s de contractualisation des parcours de formation, de suivi et d’évaluation notamment quant aux rĂ©sultats obtenus en matiĂšre d’emploi et de compĂ©tences ?
  • Quelles doivent ĂȘtre les modalitĂ©s de rĂ©gulation portant sur la qualitĂ© de l’offre la certification des organismes de formation et quelles consĂ©quences tirer de la non-qualitĂ©
  • Comment renforcer les modalitĂ©s de contrĂŽle du service fait ?

5.3 Renforcer l’accompagnement individuel pour permettre à chacun de construire son parcours professionnel

Faire le choix d’une prestation de formation n’est pas qu’un acte de consommation courante. Il s’inscrit parfois dans une histoire personnelle et dans un rapport souvent difficile Ă  la formation. Rendre les personnes plus libres, c’est aussi leur permettre de faire des choix Ă©clairĂ©s et en toute connaissance de cause. Par consĂ©quent, la question de l’accompagnement des actifs est un des enjeux majeurs de la rĂ©forme. Outil majeur de promotion et d’émancipation sociale, l’action de formation est aussi une construction sociale qui souffre depuis trop longtemps d’une forme de dĂ©terminisme. A ce titre, aider la personne Ă  Ă©laborer un projet, Ă  se projeter dans l’avenir, participe Ă  la libertĂ© professionnelle et Ă  rĂ©duire les inĂ©galitĂ©s d’accĂšs et d’exercice effectif des droits.

Le conseil en Ă©volution professionnelle, créé par l’ANI du 11 janvier 2013 transposĂ© dans la loi du 13 juin 2013, cherche Ă  rĂ©pondre Ă  cet objectif, mais il n’a pas encore trouvĂ© de traduction concrĂšte rĂ©elle. Peu connu, sous-financĂ©, il souffre Ă©galement d’un Ă©cosystĂšme complexe avec de nombreux acteurs avec des degrĂ©s de professionnalisation trĂšs hĂ©tĂ©rogĂšnes.

Il revient donc aux partenaires sociaux de nĂ©gocier sur ce que doit ĂȘtre un droit Ă  l’accompagnement au service des actifs et sur ses objectifs comme instrument d’émancipation de l’individu. Ils sont Ă©galement invitĂ©s Ă  dĂ©terminer les voies et moyens permettant de favoriser le bĂ©nĂ©fice de ce conseil de maniĂšre large et diversifiĂ©e, dans une logique d’incitation au rĂ©sultat des opĂ©rateurs.

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