Le Conseil supĂ©rieur de l’Ă©galitĂ© professionnelle avance des pistes pour faire de la formation professionnelle un « outil d’Ă©galitĂ© au travail entre les femmes et les hommes ».
Lors de la remise du rapport du Conseil supĂ©rieur de l’Ă©galitĂ© professionnelle (de Catherine Smadja-Froguel) Ă MarlĂšne Schiappa, SecrĂ©taire dâEtat chargĂ©e de lâĂ©galitĂ© entre les femmes et les hommes, cette derniĂšre a Ă©tĂ© claire « les 32 milliards dâeuros de la formation professionnelle ne bĂ©nĂ©ficient pas autant aux femmes quâaux hommes. Nous allons changer cela. »
AprĂšs avoir dressĂ© un Ă©tat des lieux sur la formation professionnelle en France, le rapport met en avant des recommandations pour faire dâun systĂšme rĂ©novĂ© de formation professionnelle un outil majeur dâĂ©galitĂ© au travail.
Parmi les recommandations, on note :
« d’assurer encore davantage la promotion du CEP et sâassurer que les conseiller.Ăšre.s soient formĂ©.e.s et incitĂ©.e.s Ă promouvoir la mixitĂ© des mĂ©tiers et orienter femmes et hommes en dehors des stĂ©rĂ©otypes de sexe, sans oublier lâimportance des conditions pratiques de la formation sur son accessibilitĂ©, notamment pour des mĂšres de famille. »
Quelle place pour les femmes en formation ?
Les femmes représentant 47 % des bénéficiaires potentiels.
Pourtant, elles bĂ©nĂ©ficient nettement moins du plan de formation de lâentreprise, et beaucoup moins des pĂ©riodes de professionnalisation. Par ailleurs, si elles semblent favorisĂ©es dans le cadre des conventions collectives par les versements complĂ©mentaires conventionnels, elles restent dĂ©favorisĂ©es lorsquâil sâagit de versements volontaires des entreprises elles-mĂȘmes.
Les femmes utilisent moins les dispositifs de qualification par lâalternance, que ce soit lâapprentissage ou le contrat de professionnalisation. Les femmes sont donc toujours largement minoritaires dans lâapprentissage, reprĂ©sentant 32,8 % des effectifs, proportion qui reste relativement stable dâune annĂ©e Ă lâautre.
A noter : Un nombre presque Ă©quivalent dâhommes et de femmes utilise le CPF.
(Source : Rapport de Catherine Smadja-Froguel – 2018)
Par ailleurs, 30 % des femmes sont à temps partiel contre 7 % des hommes, et les femmes représentent 80 % des salariés en temps partiel. Les salariés à temps partiel déclarent plus souvent manquer de formation continue suffisante et adaptée pour effectuer correctement leur travail que celles et ceux à temps complet.
Des inĂ©galitĂ©s d’accĂšs Ă la formation pour les femmes selon leur statut et la taille de l’entreprise
- Parmi les cadres, lâinĂ©galitĂ© dâaccĂšs est sensible : 57 % des femmes cadres se sont formĂ©es contre 62 % des hommes.
- La tendance sâaccentue en ce qui concerne les moins qualifiĂ©es : 8 points sĂ©parent les taux dâaccĂšs Ă la formation des hommes et des femmes et jusquâĂ 9 points ceux des hommes et des femmes ouvriers.
- Les professions intermĂ©diaires constituent la seule catĂ©gorie oĂč les femmes se forment plus que les hommes. Elles y occupent en effet des fonctions plus souvent tertiaires, pour lesquelles les taux dâaccĂšs Ă la formation sont parmi les plus Ă©levĂ©s. Mais il peut sâagir de formations courtes « obligatoires », par exemple, pour utiliser un nouveau logiciel bureautique.
- LâĂ©cart dâaccĂšs Ă la formation entre hommes et femmes est plus important dans les plus grandes entreprises : 51,9 % contre 58,6 % pour les hommes.
La situation est plus favorable aux femmes dans la Fonction publique. En 2008, le nombre moyen de jours de formation suivis par les femmes est supérieur aux hommes, toutes catégories confondues. Cet avantage comparatif est encore plus accentué pour les agents de catégorie A.
Par ailleurs, la prĂ©sence dâenfants est un facteur essentiel dâinĂ©galitĂ© dâaccĂšs : lâaccĂšs aux formations professionnelles en 2012 pour les mĂšres dâenfants de moins de 6 ans restait infĂ©rieur Ă celui des autres populations, y compris des femmes sans enfants.
La formation, outil de promotion pour les femmes ?
Si on distingue 3 types de formation professionnelle continue :
- les formations « spĂ©cifiques Ă lâentreprise »,
- les formations « spĂ©cifiques au secteur dâactivité »
- les formations « gĂ©nĂ©rales », câest-Ă -dire utilisables dans diffĂ©rents secteurs dâactivitĂ©,
… les femmes ont moins de chances de participer aux formations gĂ©nĂ©rales ; or, ce sont celles qui permettent dâaccĂ©der aux promotions.
Alors que les ouvriers accĂšdent moins Ă la formation en entreprise que les cadres, il sâagit pour eux plus souvent de formations quâils perçoivent comme imposĂ©es. Câest notamment le cas de 2/3 des ouvriers qualifiĂ©s qui sont formĂ©s (contre 49 % des cadres).
La valorisation financiĂšre de la formation est plus accentuĂ©e pour les hommes : 6,7 % des femmes bĂ©nĂ©ficient dâune augmentation de salaire aprĂšs formation contre 8,5 % des hommes !Â
Quels freins Ă l’accĂšs Ă la formation pour les femmes ?
Un tiers des personnes interrogĂ©es par lâInsee et la Dares dans le cadre de lâenquĂȘte de 2012 indiquent quâelles se sont senties empĂȘchĂ©es Ă un moment donnĂ© de suivre une formation :
- Les responsabilitĂ©s familiales (34 %) et le coĂ»t (31 %) arrivent en tĂȘte ;
- Ne pas trouver la formation adaptée (24%)
- Le manque de prĂ©-requis (11 %) qui atteint 22 % parmi les personnes en recherche dâemploi.
Dans une Ă©tude rĂ©alisĂ©e en 2014 par le Cereq, 9 % des femmes contre 5 % des hommes citent « lâincompatibilitĂ© avec les responsabilitĂ©s familiales » et 6 % des femmes contre 4 % des hommes « lâĂ©loignement du lieu de rĂ©sidence »
(Source : Rapport de Catherine Smadja-Froguel – 2018)
Quelles recommandations pour un meilleur accĂšs Ă la formation pour les femmes ?
Dans la rĂ©flexion sur lâhomologation des organismes de formation, le rapport souligne l’importance que les questions dâĂ©galitĂ© professionnelle soient prises en compte de la maniĂšre suivante :
- La formation est-elle mixte ? Sinon, quels sont les efforts faits par lâorganisme pour parvenir Ă la mixitĂ© ? La publicitĂ© faite par ces organismes incite-t-elle Ă la mixitĂ© et prĂ©sente-t-elle la possibilitĂ© pour des femmes de se former Ă des mĂ©tiers typiquement exercĂ©s par des hommes et vice-versa ?
- Quels sont les taux dâabandon et dâĂ©chec et sont-ils supĂ©rieurs pour les personnes chargĂ©es de famille ? Si, oui, quels sont les efforts faits par les organismes pour faciliter lâaccĂšs Ă , et le suivi de, la formation des chargĂ©s de famille qui travaillent (horaires, facilitĂ©s dâaccĂšs, possibilitĂ© de garde dâenfants sur place, possibilitĂ© de suivre des cours en prĂ©sence virtuelle, etc.).
Aujourdâhui, les femmes bĂ©nĂ©ficient moins de formations permettant une Ă©volution de carriĂšre. Pourtant il est possible de transformer la situation, et cela en suivant quelques recommandations :
- Former les professionnels pour quâils apprennent Ă combattre les stĂ©rĂ©otypes et prĂ©jugĂ©s dans les conseils apportĂ©s et formations dispensĂ©es.
- Dans les entreprises, rendre obligatoire une sensibilisation de lâencadrement aux questions dâĂ©galitĂ©, ne serait-ce que par un message Ă©lectronique prĂ©cĂ©dant la campagne dâentretiens annuels dâĂ©valuation ; dans les entreprises oĂč existent des grilles et fiches-types pour ces entretiens veiller Ă ce que la case « besoins de formation » soit toujours remplie.
Pour les femmes en recherche d’emploi, le rapport prĂ©conise d’utiliser les listes rĂ©gionales des mĂ©tiers en tension, d’identifier sur chaque bassin dâemploi les mĂ©tiers concernĂ©s et les parcours de formation permettant aux demandeurs dâemploi de les occuper. Il faudrait aussi veiller Ă ce que ces parcours soient proposĂ©s systĂ©matiquement aux femmes, en se donnant un objectif chiffrĂ© de 40 % de places rĂ©servĂ©es Ă des femmes dans les formations correspondantes.
Un certain nombre de mesures dâadaptation des modalitĂ©s techniques de la formation peuvent se rĂ©vĂ©ler utiles aux femmes mais aussi Ă tous les publics comme :
- adapter les calendriers et les lieux de formation,
- utiliser les nouveaux vecteurs numériques qui offrent de réelles opportunités aux femmes pour suivre des formations.
- Toutes les qualifications devraient pouvoir ĂȘtre obtenues par modules, plus souples, et prĂ©cĂ©dĂ©s par une Ă©valuation des compĂ©tences dĂ©jĂ acquises.
Informer pour former !
Le rapport pointe toute l’importance de veiller Ă mettre Ă la disposition des femmes ne travaillant pas des informations sur leur droit Ă la formation dans les lieux quâelles peuvent frĂ©quenter : PMI, Ă©coles, mairies, centres sociaux.
Il faudrait aussi tirer tout le potentiel des formations Ă lâutilisation du numĂ©rique pour repĂ©rer les personnes intĂ©ressĂ©es par des formations et les informer des possibilitĂ©s ou les mettre en contact avec des partenaires adĂ©quats.
En entreprise, il faudrait aussi sâassurer de la diffusion des actions de formation qualifiante sur le site intranet de lâentreprise ou par affichage, selon les modalitĂ©s permettant de mieux toucher tous les publics.
Enfin, le rapport prĂ©conise d’Ă©tablir un plan cadre dĂ©cennal dâaction « Formation Egalité »pour lâĂ©galitĂ© professionnelle dans et grĂące Ă la formation comprenant des objectifs, des modalitĂ©s dâaction permettant de les atteindre, des indicateurs de suivi, des modalitĂ©s de contrĂŽle et indiquant les ressources dĂ©gagĂ©es.
Consultez le rapport de Catherine Smadja-Froguel dans son intégralité :




« la formation est-elle mixte », on croit rĂȘver. Il va falloir peut-ĂȘtre mettre en place des quotas de femmes stagiaires pour les formations en anglais ou en informatique.
Si on n’a pas 50% de femmes pour un stage d’informatique on n’aura pas le droit de lancer une formation.
Entre les handicapĂ©s, les femmes, les seniors, les immigrĂ©s, les non-qualifiĂ©s, les chĂŽmeurs, les jeunes NEET…la formation n’est plus en France qu’une longue incantation sociale sans prise sur la rĂ©alitĂ© du terrain.