Dans un contexte oĂč les fraudes aux aides publiques, notamment dans le secteur de la formation professionnelle, prennent une ampleur prĂ©occupante, le SĂ©nat a adoptĂ© un amendement stratĂ©gique Ă la proposition de loi relative Ă la lutte contre les fraudes. Cet amendement n°105, prĂ©sentĂ© le 27 mars 2025, propose une modernisation en profondeur des outils de contrĂŽle en facilitant le partage dâinformations entre les diffĂ©rents acteurs publics.
đ° Un secteur sous tension
Avec plus de 130 000 organismes de formation actifs et 28,8 milliards dâeuros de produits financiers recensĂ©s en 2024, le champ de la formation professionnelle reprĂ©sente un Ă©cosystĂšme aussi vaste que vulnĂ©rable. DerriĂšre ce volume impressionnant, les fraudes se sont multipliĂ©es, exploitant les failles dâun systĂšme de contrĂŽle encore trop fragmentĂ© et cloisonnĂ©.
đ Une rĂ©ponse concrĂšte : dĂ©cloisonner les contrĂŽles
Lâamendement adoptĂ© crĂ©e deux articles distincts dans le Code du travail :
- Le nouvel article L. 6362-1 rappelle lâobligation faite aux employeurs et organismes de formation de communiquer aux agents de contrĂŽle tous les renseignements nĂ©cessaires Ă leur mission.
- Le tout nouvel article L. 6362-1-1 Ă©tablit le droit au partage dâinformations entre administrations, services de contrĂŽle, financeurs, certificateurs et opĂ©rateurs publics. Le secret professionnel ne pourra plus ĂȘtre invoquĂ© pour bloquer ces Ă©changes dans le cadre des contrĂŽles.
ConcrĂštement, cela permettra Ă des entitĂ©s comme France compĂ©tences, lâURSSAF, la DGCCRF, les Opco, les certificateurs, les ministĂšres certificateurs ou encore les rĂ©gions de croiser plus facilement les donnĂ©es, dâĂ©mettre des alertes communes et de concentrer les contrĂŽles sur les structures Ă risque.
đ§© Vers un systĂšme dâinformation partagĂ©
Lâamendement ouvre Ă©galement la voie Ă la crĂ©ation dâun systĂšme dâinformation dĂ©matĂ©rialisĂ© permettant aux parties autorisĂ©es dâĂ©changer leurs informations de maniĂšre fluide et sĂ©curisĂ©e, sous conditions dĂ©finies par dĂ©cret en Conseil dâĂtat. Ce dispositif est attendu comme un levier majeur de coordination, Ă lâheure oĂč les contrĂŽles se font souvent en silo, sans programmation ni mutualisation.
đš Un besoin urgent de coordination
Ce texte fait Ă©cho aux critiques formulĂ©es par un rapport IGASâIGESR dâoctobre 2023, qui soulignait lâabsence dâun dispositif dâalerte mutualisĂ© et dâune programmation concertĂ©e des contrĂŽles. En lâĂ©tat, les dispositifs existants peinent Ă identifier rapidement les fraudes les plus sophistiquĂ©es, comme celles consistant Ă crĂ©er des organismes fictifs pour capter un maximum de fonds publics avant dâorganiser leur insolvabilitĂ©.
đ€ Une mesure bĂ©nĂ©fique aussi pour les organismes de formation honnĂȘtes
Outre lâobjectif de traquer les fraudeurs, le SĂ©nat insiste sur un effet vertueux : limiter les contrĂŽles redondants pour les organismes dĂ©jĂ inspectĂ©s et concentrer les moyens sur les cas problĂ©matiques. Une simplification bienvenue pour les acteurs de bonne foi souvent confrontĂ©s Ă des vĂ©rifications multiples.
đ§Ÿ En rĂ©sumĂ©
Cet amendement marque une Ă©tape importante dans la construction dâun vĂ©ritable Ă©cosystĂšme de rĂ©gulation coordonnĂ©e dans la formation professionnelle. En facilitant la circulation des informations entre acteurs publics et parapublics, lâĂtat se donne enfin les moyens de mieux cibler la fraude â tout en soulageant les structures vertueuses dâune pression administrative souvent injustifiĂ©e.
