En 2025, alors que les moyens publics sont sous tension, plus dâun quart des formations CPF financent encore⊠le permis B.
Un chiffre qui interroge sur le rÎle réel du Compte personnel de formation, censé accompagner la montée en compétences professionnelles.
En 2023, selon la Dares, 22,9 % des formations commencĂ©es via le CPF concernaient la prĂ©paration au permis de conduire de catĂ©gorie B, reprĂ©sentant 13,6 % des dĂ©penses totales engagĂ©es. MalgrĂ© la baisse gĂ©nĂ©rale du recours au CPF (-28 %), due notamment Ă la gĂ©nĂ©ralisation de FranceConnect+, la formation au permis a rĂ©sistĂ©, n’enregistrant quâune lĂ©gĂšre baisse de -4 %.
Un profil ciblé, une logique détournée
Ce sont principalement les jeunes de moins de 30 ans (47 %), les habitants dâĂle-de-France (43 %), et les personnes peu ou pas diplĂŽmĂ©es (47 % ont un niveau CAP/BEP ou moins) qui mobilisent leur CPF pour le permis.
Les femmes sont également légÚrement majoritaires parmi les bénéficiaires. Enfin, un tiers des usagers sont accompagnés par France Travail.
Des publics qui ont besoin de mobilitĂ©, sans aucun doute. Mais ce besoin, sâil est crucial, ne relĂšve pas de la formation professionnelle. Il aurait mĂ©ritĂ© un dispositif dĂ©diĂ©, comme un compte personnel de mobilitĂ©, et non une ponction continue dans le CPF.
Le CPF, simple acompte pour le permis ?
Le coĂ»t moyen dâune formation au permis B financĂ©e via le CPF sâĂ©lĂšve Ă 908 âŹ, bien infĂ©rieur aux 1 560 ⏠en moyenne pour les autres formations.
Mais cette apparente accessibilitĂ© cache une rĂ©alitĂ© plus nuancĂ©e : 70 % des bĂ©nĂ©ficiaires doivent financer eux-mĂȘmes une partie de leur parcours, que ce soit pour des heures de conduite supplĂ©mentaires ou le passage du code.
Et dans 18 % des cas, un reste Ă charge sâimpose dĂšs le dĂ©part, pour un montant moyen de 200 âŹ. Une somme non nĂ©gligeable, dâautant plus quâelle pĂšse souvent sur des publics en situation financiĂšre fragile.
Au final, le CPF agit moins comme un financement total que comme une avance partielle, déléguant au bénéficiaire la responsabilité de boucler le budget.
Le CPF doit rester un outil de formation, pas de mobilité
Le CPF nâa pas vocation Ă financer la logistique individuelle. Son objectif premier est de dĂ©velopper les compĂ©tences professionnelles, de favoriser lâĂ©volution, la reconversion, la qualification.
En finançant massivement le permis B, le CPF sâĂ©loigne de sa mission initiale. Il devient un guichet multifonctions, oĂč lâurgence sociale prend le pas sur le projet professionnel.
Si le besoin de permis est rĂ©el, il doit trouver sa place dans un autre cadre public, plus adaptĂ©, plus cohĂ©rent. Continuer ainsi, câest prendre le risque de fragiliser durablement lâefficacitĂ© et la lĂ©gitimitĂ© du CPF.

Merci Taline pour cet article. Pour ma part, jâai toujours Ă©tĂ© favorable Ă la crĂ©ation dâun « permis mobilitĂ© » plus fin et mieux adaptĂ© que le CPF actuel. LâidĂ©e serait dâajuster le montant des aides en fonction de la zone de rĂ©sidence du bĂ©nĂ©ficiaire.
Il me semble incohĂ©rent de financer un permis de conduire pour des habitants de Paris ou de grandes villes bien desservies par les transports en commun, alors que ces fonds pourraient ĂȘtre bien plus utiles pour des personnes vivant en zones rurales ou pĂ©riurbaines, oĂč la voiture reste indispensable pour travailler ou se former.
Ce serait une façon plus juste et plus efficace de répondre aux vrais besoins de mobilité.