Le jeudi 6 février 2026, les Acteurs de la Compétence ont publié sur LinkedIn un visuel au message explicite : « Le gouvernement organise un hold-up sur les droits à la formation des actifs ».
En moins de vingt-quatre heures, cette publication a recueilli plus de 370 soutiens, un niveau d’engagement rare pour une page institutionnelle sur LinkedIn. Ce chiffre, au-delà de l’indicateur de visibilité, mérite une lecture plus attentive : il dit quelque chose de l’état de tension du secteur de la formation professionnelle.

Lien vers le post original :
https://www.linkedin.com/posts/communiquaez-cpf-alerte-share-7425537683042705408-Nu6G
Une réaction à une mesure inscrite dans la loi de finances 2026
Le message fait suite à l’adoption, dans le cadre de la loi de finances 2026, d’une mesure prévoyant un plafonnement à 1 500 € de l’utilisation du Compte Personnel de Formation pour l’ensemble des formations enregistrées au Répertoire spécifique.
Dans leur publication, les Acteurs de la Compétence estiment que ce plafonnement constitue une atteinte au droit individuel à la formation, et qu’il affectera prioritairement :
- les salariés les moins qualifiés
- les demandeurs d’emploi
- les personnes en reconversion
- plus largement, les actifs disposant de faibles ressources financières
Ils dénoncent une mesure jugée socialement injuste, économiquement contre-productive, et appellent à un pilotage plus ciblé fondé sur la valeur et l’impact des formations.
Une prise de parole institutionnelle… et un déferlement de réactions
Ce qui distingue cette publication, ce n’est pas uniquement son ton. C’est surtout la nature et la diversité des réactions qu’elle a suscitées.
Dirigeants d’organismes de formation, responsables formation en entreprise, consultants, formateurs indépendants, responsables pédagogiques ou associatifs : les commentaires émanent de profils très différents, parfois opposés dans leurs lectures du système CPF, mais réunis ici autour d’un même sentiment de rupture.
Un sentiment largement partagé : un système devenu illisible et brutal
Plusieurs commentaires évoquent un système à bout de souffle, marqué par :
- une inflation continue des règles
- des changements fréquents de cadre
- une complexité croissante pour les bénéficiaires
- une perte de lisibilité pour les entreprises comme pour les salariés
Certains parlent d’un dispositif devenu incompréhensible, voire décourageant pour les publics de bonne foi. D’autres pointent une logique de restriction budgétaire qui, à force de s’accumuler, finirait par vider le CPF de sa fonction première.
Des lectures divergentes… mais une même inquiétude
Tous les commentaires ne vont pas dans le même sens.
Certains rappellent que le durcissement des règles vise aussi à répondre à des abus passés, et que le système ne pouvait rester inchangé.
Mais même parmi ces voix plus critiques à l’égard du fonctionnement antérieur du CPF, une inquiétude revient : la réponse apportée est jugée trop uniforme, trop peu différenciée selon les réalités des formations, des publics et des usages.
Plusieurs intervenants soulignent notamment l’incohérence qu’il y aurait à appliquer un plafond unique à des certifications très différentes en termes de durée, de coûts, de modalités et de niveau d’expertise.
Le Répertoire spécifique au cœur des interrogations
Un point revient fréquemment dans les échanges : le rôle du Répertoire spécifique.
Pour certains acteurs, ce plafonnement fragiliserait directement des certifications conçues pour répondre à des besoins opérationnels précis, souvent plus courts, plus agiles et plus directement connectés à l’emploi.
D’autres s’inquiètent d’un possible effet pervers, avec un risque de report vers d’autres dispositifs ou une réémergence de comportements opportunistes que la régulation cherchait précisément à endiguer.
Une méthode contestée : le manque de concertation
Au-delà du fond, la méthode interroge.
De nombreux commentaires dénoncent une décision perçue comme unilatérale, prise sans concertation préalable avec la filière, à un moment où les enjeux de transformation des compétences sont pourtant largement reconnus.
Ce point est central : la question n’est pas seulement celle du montant, mais celle de la manière dont les arbitrages sont rendus et expliqués.
Ce que révèle cette séquence
Cette publication et les réactions qu’elle a suscitées ne constituent pas un simple épisode de communication sur LinkedIn. Elles révèlent :
- une fatigue structurelle du secteur
- une perte de confiance progressive dans la stabilité du cadre
- une tension croissante entre logique budgétaire et logique de compétences
- un besoin fort de lisibilité, de différenciation et de dialogue
Que l’on partage ou non la totalité des critiques exprimées, un constat s’impose : le CPF n’est plus seulement un outil technique. Il est devenu un objet politique, social et symbolique, cristallisant des attentes, des frustrations et des visions opposées de la formation professionnelle.
Une séquence à suivre de près
À ce stade, plusieurs questions restent ouvertes :
- le plafond de 1 500 € sera-t-il confirmé dans ses modalités exactes
- des ajustements ou exceptions seront-ils introduits
- une concertation sectorielle sera-t-elle engagée
- et surtout, quels seront les effets concrets sur les usages réels du CPF
CPFormation continuera à suivre cette séquence, à relayer les prises de position des acteurs du secteur, et à analyser les impacts concrets des décisions réglementaires à venir.
Parce que derrière les mécanismes, ce sont bien les parcours professionnels des actifs qui sont en jeu.
