Alors que le dĂ©bat sur le plafonnement du Compte Personnel de Formation entre dans sa phase dĂ©cisive, un amendement dĂ©posĂ© Ă lâAssemblĂ©e nationale attire particuliĂšrement lâattention des acteurs de la formation. Il propose dâexclure explicitement les formations menant Ă une certification linguistique du mĂ©canisme de plafonnement introduit par le SĂ©nat dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026.
DerriÚre cette formulation technique se cache un enjeu de fond, à la fois social, économique et stratégique pour la politique de formation professionnelle.
Ce que prĂ©voit exactement lâamendement
Sur le plan juridique, lâamendement est simple dans sa rĂ©daction mais structurant dans ses effets. Il vise Ă complĂ©ter un alinĂ©a du texte budgĂ©taire afin dâexclure du plafonnement :
les formations menant Ă une certification visant lâatteinte ou lâamĂ©lioration dâun niveau de connaissance dâune langue.
Autrement dit, si cet amendement Ă©tait adoptĂ©, les formations linguistiques certifiantes inscrites au RĂ©pertoire spĂ©cifique ne seraient pas soumises au plafond de droits CPF mobilisables, contrairement Ă dâautres certifications relevant du mĂȘme rĂ©pertoire.
Il sâagit bien dâune exclusion ciblĂ©e, et non dâune remise en cause gĂ©nĂ©rale du principe de plafonnement.
Le contexte : un plafonnement voté par le Sénat
Pour comprendre la portée de cet amendement, il faut revenir sur le texte adopté par le Sénat.
Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, les sĂ©nateurs ont votĂ© un dispositif visant Ă plafonner les droits mobilisables sur le CPF pour les actions de formation sanctionnĂ©es par des certifications du RĂ©pertoire spĂ©cifique. Lâobjectif affichĂ© est double :
- responsabiliser davantage les usages du CPF,
- maßtriser la dépense publique dans un contexte budgétaire contraint.
Ce principe de plafonnement sâappliquerait de maniĂšre indiffĂ©renciĂ©e Ă toutes les certifications concernĂ©es, sans distinction de nature ou de finalitĂ©.
Câest prĂ©cisĂ©ment cette approche uniforme que lâamendement de lâAssemblĂ©e nationale vient questionner.
Pourquoi les formations linguistiques posent un cas particulier
LâexposĂ© sommaire de lâamendement dĂ©veloppe plusieurs arguments structurants, qui mĂ©ritent dâĂȘtre explicitĂ©s.
Un levier clĂ© pour les publics Ă©loignĂ©s de lâemploi
Les formations linguistiques jouent un rĂŽle central dans les parcours dâinsertion et de rĂ©insertion professionnelle. Elles concernent directement :
- les demandeurs dâemploi de longue durĂ©e,
- les personnes peu ou pas qualifiées,
- les salariés en situation de précarité,
- les publics issus de parcours migratoires,
- ou encore les personnes exerçant dans des territoires oĂč la maĂźtrise des langues conditionne lâaccĂšs Ă lâemploi.
Dans ces situations, la compĂ©tence linguistique nâest pas un simple âplusâ. Elle constitue souvent un prĂ©-requis dâemployabilitĂ©, voire un facteur dĂ©terminant de sĂ©curisation des parcours.
Plafonner strictement lâaccĂšs Ă ces formations reviendrait, selon les auteurs de lâamendement, Ă affaiblir un levier majeur de rĂ©duction des inĂ©galitĂ©s dâaccĂšs Ă lâemploi.
Une logique de progression sur le temps long
Autre point central de lâargumentaire : la nature mĂȘme des compĂ©tences linguistiques.
Contrairement Ă certaines certifications du RĂ©pertoire spĂ©cifique qui correspondent Ă une habilitation ponctuelle ou Ă une compĂ©tence immĂ©diatement acquise, la langue sâinscrit dans une dynamique de progression continue.
Maintenir, consolider ou améliorer un niveau linguistique suppose souvent des formations successives, étalées dans le temps.
Appliquer un plafonnement uniforme risquerait donc de freiner cette progression naturelle et dâentrer en contradiction avec lâobjectif fondamental du CPF, qui est la montĂ©e en compĂ©tences tout au long de la vie.
Des compétences transversales, pas uniquement liées au poste
Lâamendement insiste Ă©galement sur un point juridique et Ă©conomique important.
Les formations linguistiques ne peuvent ĂȘtre assimilĂ©es Ă de simples formations dâadaptation immĂ©diate au poste de travail, qui relĂšveraient exclusivement de la responsabilitĂ© de lâemployeur. Elles dĂ©veloppent des compĂ©tences transversales, transfĂ©rables dâun emploi Ă un autre, dâun secteur Ă un autre, voire dâun pays Ă un autre.
Ă ce titre, elles sâinscrivent pleinement dans la vocation du CPF comme outil dâautonomie professionnelle des actifs, et non comme simple instrument de formation interne Ă lâentreprise.
Une cohérence avec les textes récents sur le CPF
Lâamendement souligne enfin que cette exclusion sâinscrirait dans la continuitĂ© de choix dĂ©jĂ opĂ©rĂ©s par le lĂ©gislateur, notamment lors des textes rĂ©cents consacrĂ©s Ă la lutte contre la fraude au CPF.
Dans ces rĂ©formes, la spĂ©cificitĂ© des certifications linguistiques a dĂ©jĂ Ă©tĂ© reconnue, prĂ©cisĂ©ment pour permettre leur mobilisation rĂ©pĂ©tĂ©e dans une logique de progression et non dâusage unique.
Lâexclusion du plafonnement serait donc cohĂ©rente avec cette reconnaissance antĂ©rieure, sans remettre en cause lâĂ©quilibre gĂ©nĂ©ral du dispositif.
Un amendement ciblé, sans remise en cause globale
Il est important de le souligner : cet amendement ne conteste ni le principe du plafonnement, ni lâobjectif de maĂźtrise de la dĂ©pense publique. Il propose un ajustement ciblĂ©, fondĂ© sur la nature spĂ©cifique des formations linguistiques et sur leur impact social et Ă©conomique.
Le texte prĂ©voit dâailleurs explicitement un mĂ©canisme de compensation financiĂšre pour lâĂtat, via la crĂ©ation dâune taxe additionnelle, afin de prĂ©server lâĂ©quilibre budgĂ©taire global.
Une issue encore incertaine
Ă ce stade, cet amendement nâa pas Ă©tĂ© adoptĂ©. Il est en attente dans le cadre des discussions parlementaires Ă lâAssemblĂ©e nationale. Son sort dĂ©pendra directement :
- du calendrier des débats,
- des arbitrages politiques de la semaine en cours,
- et, le cas Ă©chĂ©ant, du recours ou non Ă lâarticle 49.3 sur le budget.
En cas de passage en force, il est possible que cet amendement ne soit jamais examiné ni voté.
Ce quâil faut retenir
Cet amendement constitue une prise de position claire sur la place des formations linguistiques dans lâĂ©cosystĂšme du CPF. Il met en lumiĂšre une tension structurante entre deux objectifs lĂ©gitimes : la maĂźtrise des dĂ©penses publiques et la prĂ©servation dâun accĂšs effectif Ă des compĂ©tences clĂ©s pour lâemploi.
Quelle que soit son issue, il illustre un point essentiel : la réforme du CPF ne se résume pas à un plafonnement budgétaire. Elle pose des questions de fond sur la nature des compétences que la collectivité choisit de soutenir prioritairement.
Les prochains jours permettront de savoir si cette spĂ©cificitĂ© linguistique sera reconnue dans le texte final, ou si elle devra sâadapter au nouveau cadre commun qui se dessine pour lâensemble des formations certifiantes.
Texte intĂ©gral de lâamendement relatif Ă lâexclusion des formations linguistiques du plafonnement du CPF
Ă lâalinĂ©a 5, aprĂšs le mot :
« professionnelles »,
insérer les mots :
« , ainsi que de celles menant Ă une certification visant lâatteinte ou lâamĂ©lioration dâun niveau de connaissance dâune langue ».
Exposé sommaire
Le prĂ©sent amendement vise Ă exclure explicitement les formations aux langues du champ du plafonnement instaurĂ© par lâamendement adoptĂ© par le SĂ©nat Ă lâarticle 81 du projet de loi de finances pour 2026, en raison de la durĂ©e longue de ces formations et de leur rĂŽle dĂ©terminant en matiĂšre dâemployabilitĂ© des personnes Ă©loignĂ©es de lâemploi.
Lâamendement adoptĂ© par le SĂ©nat prĂ©voit un mĂ©canisme de plafonnement des droits mobilisables sur le compte personnel de formation (CPF) pour les actions de formation sanctionnĂ©es par des certifications enregistrĂ©es au rĂ©pertoire spĂ©cifique (RS). Si lâobjectif de responsabilisation des acteurs et de maĂźtrise de la dĂ©pense publique est partagĂ©, lâapplication indiffĂ©renciĂ©e de ce plafonnement aux formations linguistiques apparaĂźt inadaptĂ©e et contre-productive au regard des finalitĂ©s mĂȘmes du CPF.
Les formations en langues constituent en effet un levier essentiel dâaccĂšs ou de retour Ă lâemploi pour les publics les plus fragiles : demandeurs dâemploi de longue durĂ©e, personnes peu qualifiĂ©es, salariĂ©s occupant des emplois prĂ©caires ou exposĂ©s aux mutations Ă©conomiques, mais Ă©galement personnes issues de parcours migratoires ou rĂ©sidant dans des territoires oĂč les opportunitĂ©s professionnelles exigent une maĂźtrise accrue des langues. Ă ce titre, elles contribuent directement Ă la rĂ©duction des inĂ©galitĂ©s dâaccĂšs Ă lâemploi et Ă la sĂ©curisation des parcours professionnels.
Par nature, les compĂ©tences linguistiques sâinscrivent dans une logique de progression continue, sur le temps long. Contrairement Ă dâautres certifications du rĂ©pertoire spĂ©cifique, elles ne correspondent pas Ă une habilitation ponctuelle ou dĂ©finitivement acquise, mais Ă un apprentissage Ă©volutif nĂ©cessitant des formations successives pour consolider, maintenir ou amĂ©liorer un niveau de maĂźtrise. Leur plafonnement risquerait de freiner cette progression et dâentraver lâobjectif de montĂ©e en compĂ©tences poursuivi par le CPF.
En outre, les formations linguistiques ne peuvent ĂȘtre assimilĂ©es Ă des formations strictement liĂ©es Ă lâadaptation immĂ©diate au poste de travail, relevant de la seule responsabilitĂ© de lâemployeur au titre de lâarticle L. 6321-1 du code du travail. Elles participent au dĂ©veloppement de compĂ©tences transversales, transfĂ©rables dâun emploi Ă lâautre, et rĂ©pondent ainsi pleinement Ă la vocation du CPF comme outil dâautonomie et dâĂ©mancipation professionnelle des actifs.
Enfin, lâexclusion des formations en langues du mĂ©canisme de plafonnement sâinscrit dans la continuitĂ© des choix opĂ©rĂ©s par le lĂ©gislateur dans dâautres textes rĂ©cents, notamment en matiĂšre de lutte contre les fraudes au CPF, oĂč la spĂ©cificitĂ© des certifications linguistiques a Ă©tĂ© reconnue afin de permettre leur mobilisation rĂ©pĂ©tĂ©e dans une logique de progression des compĂ©tences.
Le prĂ©sent amendement vise donc Ă prĂ©server lâaccĂšs effectif aux formations linguistiques financĂ©es par le CPF, compĂ©tence indispensable Ă lâinsertion professionnelle et Ă lâadaptation des actifs aux Ă©volutions du marchĂ© du travail, tout en maintenant lâĂ©quilibre gĂ©nĂ©ral du dispositif de plafonnement pour les autres certifications du rĂ©pertoire spĂ©cifique.
La perte de recettes pour lâĂtat est compensĂ©e Ă due concurrence par la crĂ©ation dâune taxe additionnelle aux droits mentionnĂ©s aux articles 575 et 575 A du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts.
Source : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/amendements/2247/AN/2483
