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RĂ©forme de la formation professionnelle : allons jusqu’au bout !

Arnaud17 janvier 201820 octobre 2019

Dans une note publiĂ©e aujourd’hui, Bertrand Martinot, Ă©conomiste et Senior Fellow au sein de l’Institut Montaigne appelle le gouvernement et les partenaires sociaux Ă  procĂ©der Ă  une rĂ©forme en profondeur. Il y formule douze propositions pour que les changements opĂ©rĂ©s sur notre systĂšme de formation professionnelle aillent jusqu’au bout de la logique d’individualisation nĂ©cessaire Ă  son bon fonctionnement.

1. La formation professionnelle : un systÚme encore défaillant

Le compte personnel de formation (CPF), entrĂ© en vigueur en janvier 2015 et intĂ©grĂ© Ă  partir de janvier 2017 par la loi El Khomri au compte personnel d’activitĂ© (CPA), reprĂ©sente un premier Ă©lan dans le sens de la constitution de comptes de formation individuels. Cependant, trois ans aprĂšs sa crĂ©ation, ce compte reste mĂ©connu et peu utilisĂ© (moins de cinq millions de salariĂ©s ont “activĂ©â€ leur CPF, sur les 30 millions d’actifs potentiellement Ă©ligibles et 1 % seulement des salariĂ©s du secteur privĂ© y ont effectivement recours).

Notre systĂšme de formation professionnelle dysfonctionne pour les raisons suivantes :

  • son accĂšs demeure complexe ;

Le parcours aboutissant Ă  la mobilisation du CPF par le salariĂ© est particuliĂšrement compliquĂ©. Il est soumis Ă  l’accord de l’employeur quant au contenu et au calendrier et la formation doit figurer sur l’une des centaines de listes fixĂ©es administrativement par les partenaires sociaux ;

  • il est inĂ©quitable ; 

Si 59 % des actifs français dĂ©clarent avoir dĂ©jĂ  suivi une ou plusieurs formations durant leur carriĂšre, ce chiffre cache une rĂ©alitĂ© hĂ©tĂ©rogĂšne. En effet, les cadres et professions intermĂ©diaires ont un taux d’accĂšs respectif Ă  la formation de 71 % et 64 % quand celui des employĂ©s et des ouvriers est de 45 % et 39 %. Les plus qualifiĂ©s sont donc aussi les plus formĂ©s. Le systĂšme bĂ©nĂ©ficie aux salariĂ©s les mieux outillĂ©s pour s’adapter au changement.

L’inĂ©galitĂ© ne s’arrĂȘte pas lĂ . La taille de l’entreprise est un facteur discriminant : quand le taux d’accĂšs Ă  la formation est de 15,6 % pour les petites PME (10 Ă  19 salariĂ©s), il atteint 49,8 % pour les ETI (250 Ă  1 999 salariĂ©s) et 55,9 % pour les grandes entreprises (plus de 2 000 salariĂ©s).

Enfin, la valorisation de ces droits se fait en heures, ce qui renforce les inĂ©galitĂ©s entre salariĂ©s : une heure de formation d’un cadre est gĂ©nĂ©ralement plus coĂ»teuse qu’une heure de formation d’un ouvrier ou d’un employĂ©.

  • il est trĂšs intermĂ©diĂ© et dĂ©responsabilisant ;

61 % des Français interrogĂ©s par Elabe dĂ©clarent ne pas avoir suivi de formation professionnelle car leur employeur ne leur en a pas proposĂ©e. Pour une grande partie des actifs, la formation est vĂ©cue comme une prescription mĂ©dicale faite par le chef d’entreprise et non comme un choix dont ils devraient ĂȘtre les principaux acteurs. La place centrale accordĂ©e aux branches professionnelles et Ă  leurs opĂ©rateurs, les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA), dans le pilotage et le financement de la formation professionnelle, renforce cette logique. La formation est proposĂ©e par l’entreprise Ă  ses salariĂ©s. Ces derniers ne disposent pas du financement nĂ©cessaire et ne sont pas incitĂ©s Ă  co-investir soit en temps, soit financiĂšrement.

  • il est massivement sous-financĂ©.

1,3 milliard d’euros pour environ 30 millions d’actifs concernĂ©s : 1 milliard d’euros pour les actifs en emploi et 300 millions d’euros pour les chĂŽmeurs.

Ajoutons Ă  cela l’absence d’évaluation de la performance de notre systĂšme qui est patente. Les acteurs, trĂšs dispersĂ©s, de la formation professionnelle continue n’ont pas Ă©tĂ© capables de crĂ©er des institutions compĂ©tentes, raisonnablement indĂ©pendantes et capables de faire un travail scientifique sur le sujet, sur le modĂšle de BiBB en Allemagne. Par ailleurs, comme tous les secteurs d’activitĂ©, celui de la formation professionnelle est bousculĂ© par la digitalisation. D’aprĂšs le baromĂštre Cegos, la France accuserait un retard prĂ©occupant par rapport Ă  ses concurrents en matiĂšre de digitalisation des formations proposĂ©es aux salariĂ©s. En 2016, seuls 34 % des salariĂ©s français ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une formation en ligne, contre 62 % au Royaume-Uni. Pourtant, les innovations technologiques pourraient permettre de contourner la problĂ©matique d’accĂšs Ă  la formation professionnelle mais aussi de dĂ©velopper une offre de formation sur-mesure.

→ Pour en savoir plus : consultez le rapport d’Estelle Sauvat et de Bertrand Martinot, publiĂ© par l’Institut Montaigne en janvier 2017, “Un capital emploi formation pour tous”.

2. Les clĂ©s d’une vraie rĂ©forme

Nous proposons d’aller au bout de la rĂ©forme, notamment en :

  • transformant le CPF en un « Capital emploi formation » (CEF), outil permettant Ă  chaque actif de financer Ă  la fois des actions de formation et de conseil en Ă©volution professionnelle ;
  • clarifiant le rĂŽle des OPCA ;
  • gĂ©nĂ©ralisant un dispositif de type « TripAdvisor » de la formation.

Le CEF, dont le schĂ©ma complet est prĂ©sentĂ© dans l’étude « Un capital emploi formation pour tous », co-rĂ©digĂ©e par Bertrand Martinot et Estelle Sauvat pour l’Institut Montaigne en janvier 2017, est une rupture fondamentale par rapport au CPF, puisque l’on passerait de la notion de financement d’heures de formation Ă  celle d’achat de « parcours de reconversion professionnelle ». Cet outil, valorisĂ© en euros, ne serait pas restreint Ă  des formations fixĂ©es administrativement par les partenaires sociaux : il pourrait ĂȘtre mobilisĂ© librement par l’actif, chĂŽmeur ou salariĂ©, non seulement pour bĂ©nĂ©ficier des prestations de formation professionnelle, mais aussi pour acheter sur le marchĂ©, des prestations de type « conseil en Ă©volution professionnelle » auprĂšs d’organismes dĂ»ment certifiĂ©s.

 

Pour pallier les inĂ©galitĂ©s du systĂšme actuel, les publics les plus Ă©loignĂ©s de l’emploi, particuliĂšrement sensibles Ă  ce type d’accompagnements, seraient ciblĂ©s spĂ©cifiquement, notamment via le programme d’investissement dans les compĂ©tences (PIC) : dotĂ© d’environ 13,8 milliards d’euros, il aurait pour objectif de financer sur cinq ans la formation d’un million de chĂŽmeurs adultes et d’un million de jeunes ayant peu ou pas de qualification.

Le financement du CEF, en partie mutualisĂ©, serait beaucoup plus important (0,2 % CPF + 0,2 % CIF + 0,1 % FPSPP pour les chĂŽmeurs). Nous proposons de doter le CPF de 1 Ă  2 milliards d’euros supplĂ©mentaires en y ajoutant d’autres ressources significatives : le versement dĂ©fiscalisĂ© de congĂ©s ou de RTT, une partie des indemnitĂ©s de rupture des contrats de travail. Enfin les rĂ©gions et PĂŽle emploi joueraient naturellement un rĂŽle de solidaritĂ© vis-Ă -vis des demandeurs d’emploi n’ayant pas accumulĂ© suffisamment de fonds dans leur CEF.

Il est également essentiel de repositionner les OPCA. Ils ont deux rÎles importants à jouer:

  • opĂ©rateurs des branches professionnelles ;
  • prestataire de services auprĂšs d’entreprises adhĂ©rentes. Les OPCA peuvent rendre deux services distincts aux entreprises adhĂ©rentes : un rĂŽle de conseil, d’information et d’accompagnement des PME et TPE en matiĂšre d’ingĂ©nierie d’emploi et de formation et un rĂŽle de banquier permettant de mutualiser et de lisser les Ă©volutions de dĂ©penses de formation.

Enfin, la transparence des OPCA, de leur fonctionnement, et de leurs frais de gestion est une nĂ©cessitĂ© absolue. Nous souhaitons donc que les conventions d’objectifs et de moyens qui lient les OPCA et l’Etat soient publiĂ©es. Les salariĂ©s, les entreprises et les indĂ©pendants doivent pouvoir prendre connaissance de maniĂšre prĂ©cise des indicateurs d’activitĂ© et de performance des OPCA auxquels ils versent des contributions.

Afin d’évaluer les formations et de conseiller au mieux les bĂ©nĂ©ficiaires dans leur choix, nous proposons notamment de crĂ©er le FormAdvisor ou TripAdvisor de la formation professionnelle. Cela contribuerait Ă  la transparence et Ă  une qualitĂ© accrue du systĂšme.

12 propositions pour une véritable réforme de la formation professionnelle :

  • Proposition 1 : Transformer le CPF en un « Capital emploi formation » (CEF), outil permettant Ă  chaque actif de financer Ă  la fois des actions de formation et de conseil en Ă©volution professionnelle.
  • Proposition 2 : IntĂ©grer et financer des actions de conseil en Ă©volution professionnelle, d’accompagnement et de placement dans l’emploi Ă  travers le plan d’investissement dans les compĂ©tences.
  • Proposition 3 : Instaurer un systĂšme de soutien Ă  la rĂ©munĂ©ration de certains salariĂ©s en pĂ©riode de formation mobilisant leur CEF.
  • Proposition 4 : Clarifier le rĂŽle des OPCA.
  • Proposition 5 : Instaurer un systĂšme de financement redistributif en faveur des TPE et PME.
  • Proposition 6 : Publier les conventions d’objectifs et de moyens qui lient les OPCA et l’Etat.
  • Proposition 7 : CrĂ©er un systĂšme cohĂ©rent et efficace d’accrĂ©ditation des certifications.
  • Proposition 8 : DĂ©velopper un « TripAdvisor » de la formation.
  • Proposition 9 : IntĂ©grer des critĂšres de qualitĂ©, de transparence et d’innovation dans la commande publique de formation.
  • Proposition 10 : Introduire ces critĂšres de qualitĂ© des achats publics de formation dans les critĂšres d’attribution des fonds du PIC.
  • Proposition 11 : Faire de l’Open data une solution Ă  l’évaluation de la performance du systĂšme.
  • Proposition 12 : CrĂ©er une agence nationale de la formation professionnelle initiale et continue, sur le modĂšle du BiBB allemand.

TĂ©lĂ©charger la note et l’enquĂȘte ici :

  • Note ( 64 pages)
  • EnquĂȘte ( 23 pages)

Bertrand-Martinot-portraitCette note Ă©tait pour nous l’occasion d’échanger avec Bertrand Martinot, qui a pu nous Ă©clairer sur quelques conflits et diffĂ©rents points de vue qui pour un non-initiĂ© du domaine de la formation sont tout simplement incomprĂ©hensibles. Retrouvez notre Ă©change sur cette page : Bertrand Martinot, contributeur Ă  l’institution Montaigne et DG adjoint des services, dĂ©v Ă©conomique, de l’emploi et de la formation chez RĂ©gion Ile-de-France.

 

 

 

Bertrand Martinot, Institut Montaigne

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