AprĂšs la lutte contre la fraude et le dĂ©marchage abusif au CPF, câest au tour de la sous-traitance dâĂȘtre scrutĂ©e de prĂȘt. Si les mesures mises en place pour lutter contre la fraude et le dĂ©marchage abusif au CPF devrait porter ses fruits rapidement, il reste encore Ă assainir quelque peu lâoffre de formation du catalogue MonCompteFormation.
Si la sous-traitance a toute sa place dans le secteur de la formation comme dans toute lâĂ©conomie française, elle doit cependant ĂȘtre bien encadrĂ©e pour Ă©viter toute « tromperie sur la marchandise ». En dâautres termes : jusquâĂ aujourdâhui, un organisme de formation certifiĂ© Qualiopi peut sous-traiter tout ou partie dâune formation Ă un intermĂ©diaire sans que celui-ci ne soit dans lâobligation de suivre les mĂȘmes normes de qualitĂ© imposĂ©s par Qualiopi.
Si la majoritĂ© des OF ont Ă cĆur dâoffrir des actions de qualitĂ© aux bĂ©nĂ©ficiaires (leur rĂ©putation est en jeu quand il les sous-traite), certains nâhĂ©sitent pas Ă sous-traiter Ă tout-va pour multiplier le nombre de sessions, parfois au dĂ©triment de la qualitĂ©.
Alors comment sây retrouver dans le catalogue de formation, entre lâaffichage de qualitĂ© et la formation rĂ©ellement suivie ?
Lâamendement 13 : limiter la sous-traitance
Les dĂ©putĂ©s ont mis Ă profit les dĂ©bats autour de la fraude au CPF pour proposer un amendement visant Ă renforcer les capacitĂ©s dâaction de la Caisse des dĂ©pĂŽts, notamment en matiĂšre de contrĂŽle des sous-traitants dans le cadre du CPF.
Aujourdâhui, lâindicateur 27 du rĂ©fĂ©rentiel rappelle quâil nâexiste pas « dâobligation de certification des sous-traitants : la responsabilitĂ© de la qualitĂ© appartient au donneur dâordre, charge Ă ce dernier de mettre en place les modalitĂ©s qui assurent la chaĂźne de la qualitĂ© y compris avec les sous-traitants. ».
Dans ce cadre, certains formateurs font ainsi de la « location Qualiopi », des OF « prĂȘtant » leur certification en Ă©change dâune commission. Câest cet aspect qui est pointĂ© dans lâamendement 13.
Ainsi, lâexposĂ© de lâamendement 13 se prĂ©sente comme suit :
« Selon des chiffres de la Caisse des dĂ©pĂŽts, au 15 septembre 2022, 16 567 organismes de formation sont inscrits sur la plateforme, pour une offre dâun peu plus de 200 000 formations.
Les organismes de formation inscrits sur la plateforme MCF peuvent avoir recours à des organismes de formation sous-traitants pour effectuer les actions de formation proposées sur leur catalogue.
Actuellement, ces organismes de formation sous-traitants nâont pas lâobligation dâĂȘtre rĂ©fĂ©rencĂ©s sur la plateforme MCF et donc dâen respecter les conditions gĂ©nĂ©rales dâutilisation. Si le recours Ă la sous-traitance est lĂ©gal, certains organismes de formation y font appel de maniĂšre systĂ©matique et non rĂ©gulĂ©e ce qui peut porter prĂ©judice Ă la qualitĂ© des formations sans moyen dâintervention en retour.
Cet amendement vise donc Ă encadrer le recours Ă la sous-traitance pour mettre fin Ă certaines pratiques qui se sont dĂ©veloppĂ©es et pour lesquelles le contrĂŽle de la qualitĂ© de lâorganisme comme celui de lâaction de formation est rendu complexe voire impossible.
Par exemple, certains organismes de formation rĂ©fĂ©rencĂ©s sur la plateforme MCF proposent la vente dâune prestation de service dite « portage Qualiopi ». Cette prestation de portage sâadresse Ă dâautres organismes de formation qui ne peuvent pas ĂȘtre rĂ©fĂ©rencĂ©s sur la plateforme MCF car ils ne possĂšdent pas la certification Qualiopi. La manque de transparence et d’encadrement de la sous-traitance peut donc cacher des pratiques trompeuses :
- Ces organismes de portage recourent parfois Ă la sous-traitance gĂ©nĂ©ralisĂ©e de leur catalogue et actions de formation quâils ne maitrisent pas puisque ce sont les organismes sous-traitants qui dĂ©terminent celles Ă inscrire Ă leur catalogue sur la plateforme MCF.
- Certains organismes de portage revendiquent publiquement Ă leurs sous-traitants dâĂȘtre opĂ©rationnels sur la plateforme MCF en 24 heures. Ce dĂ©lai peut interroger sur la capacitĂ© et les moyens mis en Ćuvre par lâorganisme de portage pour contrĂŽler efficacement les formations proposĂ©es par son futur sous-traitant.
- Les organismes sous-traitants qui adhĂšrent Ă ce portage ne sont pas identifiĂ©s par la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations alors quâils pourront faire bĂ©nĂ©ficier Ă leurs clients du financement CPF ce qui constitue un argument commercial Ă fort impact. En cas de signalement par les stagiaires sur la qualitĂ© de la formation rendue, la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations ne peut aujourdâhui engager la responsabilitĂ© de lâorganisme de formation donneur dâordre rĂ©fĂ©rencĂ© sur la plateforme MCF.
Enfin, le recours gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă la sous-traitance via des organismes de portage peut tromper les titulaires de comptes CPF sur le prestataire rĂ©ellement en charge de leur formation car lâorganisme de formation nâest pas obligĂ© de leur indiquer qui rĂ©alisera rĂ©ellement la formation.
A travers cette disposition, les sous-traitants devront respecter les mĂȘmes conditions que celles exigĂ©es du donneur dâordre afin dâĂȘtre rĂ©fĂ©rencĂ©s sur la plateforme Mon Compte Formation. En cas de manquement du sous-traitant, le donneur dâordre pourra ĂȘtre dĂ©rĂ©fĂ©rencĂ©.
Il sâagit par cette mesure de rendre les organismes de formation transparents et responsables de la qualitĂ© de leurs sous-traitants, dâune part en les dĂ©clarant Ă la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations et dâautre part, en interdisant le portage Qualiopi. »
A noter : un dĂ©cret en Conseil dâĂtat prĂ©cisera les modalitĂ©s de mise en Ćuvre de cet article.
Rappel des critĂšres Qualiopi
La marque de garantie Qualiopi est organisĂ©e autour de 7 critĂšres qualitĂ© pour lesquels un RĂ©fĂ©rentiel national QualitĂ© prĂ©cise les indicateurs Ă mettre en Ćuvre :
1. Conditions dâinformation du public sur les prestations proposĂ©es, les dĂ©lais pour y accĂ©der et les rĂ©sultats obtenus.
2. Identification prĂ©cise des objectifs des prestations proposĂ©es et lâadaptation de ces prestations aux publics bĂ©nĂ©ficiaires, lors de la conception des prestations.
3. Adaptation aux publics bĂ©nĂ©ficiaires des prestations et des modalitĂ©s dâaccueil, dâaccompagnement, de suivi et dâĂ©valuation mises en Ćuvre.
4. AdĂ©quation des moyens pĂ©dagogiques, techniques et dâencadrement aux prestations mises en Ćuvre.
5. Qualification et dĂ©veloppement des connaissances et compĂ©tences des personnels chargĂ©s de mettre en Ćuvre les prestations.
6. Inscription et investissement du prestataire dans son environnement professionnel.
7. Recueil et prise en compte des appréciations et des réclamations formulées par les parties prenantes aux prestations délivrées.
Au vu des dĂ©bats actuels, la sous-traitance devrait ĂȘtre prochainement plus strictement encadrĂ©e.
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Bonjour, votre article semble aller dans le sens de ma lecture mais je n’en suis pas certaine. Beaucoup de formateurs.trices en micro-entreprise s’inquiĂštent de ce nouveau dĂ©cret. Or pour moi, il y a un amalgame entre :
1/ un organisme sous-traitant Ă un organisme certificateur. A cet endroit il me semble Ă©vident que l’organisme sous-traitant soit dans l’obligation de demander et obtenir le label Qualiopi.
2/ des formateurs dits « sous-traitants » car en micro-entreprise qui interviennent sur un ou plusieurs modules. Et lĂ je vois difficilement comment ils vont pouvoir obtenir Qualiopi sur certains critĂšres et c’est en plus dĂ©tourner la loi puisqu’ils ne sont pas directement financĂ©s par les deniers publics et mutualisĂ©s. Or de cette « main d’oeuvre », les organismes certificateurs en ont besoin aussi !
Cet amalgame peut-il ĂȘtre levĂ© ? c’est une question. Le doit-il ? s’en est une autre ? Bien cordialement