Sous lâeffet de la loi de 2018 pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel, le nombre dâapprentis a augmentĂ© de 128 % entre 2018 et 2021 et le nombre dâutilisateurs du compte personnel de formation (CPF) a doublĂ© chaque annĂ©e.
Si la rĂ©forme a permis de dĂ©velopper lâalternance en tant que voie dâexcellence Ă tous les niveaux et de dĂ©mocratiser lâaccĂšs Ă la formation professionnelle Ă lâinitiative des actifs, certaines cibles ont toutefois Ă©tĂ© manquĂ©es. Ainsi, la dynamique de lâapprentissage est largement le fait de lâenseignement supĂ©rieur et ne rĂ©sout pas les difficultĂ©s dâinsertion des jeunes les moins qualifiĂ©s. Quant au CPF, ses usages ne rĂ©pondaient pas prioritairement aux besoins des entreprises. (Besoins qui n’ont pas Ă©tĂ©s prĂ©cisĂ©s par le SĂ©nat)
Surtout, les besoins de financement nâont pas Ă©tĂ© anticipĂ©s (selon les rapporteurs) : France compĂ©tences, Ă©tablissement public chargĂ© du financement et de la rĂ©gulation de la formation professionnelle, pourrait afficher un dĂ©ficit de 5,9 milliards dâeuros en 2022. LâopĂ©rateur ne dispose pas des leviers qui lui permettraient de redresser la situation et les dotations exceptionnelles votĂ©es en loi de finances, au demeurant insuffisantes, ne constituent pas une solution pĂ©renne.
Des dĂ©cisions structurelles doivent donc ĂȘtre prises pour assurer la soutenabilitĂ© et la performance de la formation professionnelle et de lâapprentissage.
Pour les rapporteurs FrĂ©dĂ©rique Puissat, Corinne FĂ©ret et Martin LĂ©vrier, il est indispensable de responsabiliser les acteurs de cette politique afin dâen garantir le financement et dâen amĂ©liorer le pilotage. Il convient Ă©galement de conforter le rĂŽle et les moyens de France compĂ©tences pour lui permettre dâassurer effectivement sa mission de rĂ©gulateur.
Les propositions des rapporteurs visent principalement Ă :
- la dĂ©finition par le gouvernement, en concertation avec les partenaires sociaux, dâorientations stratĂ©giques et dâune trajectoire pluriannuelle de retour Ă lâĂ©quilibre financier du systĂšme ;
- lâinstauration dâun reste Ă charge des utilisateurs du compte personnel de formation pour les formations ne dĂ©bouchant pas sur une certification professionnelle ;
- un mouvement gĂ©nĂ©ral mais non uniforme de baisse des niveaux de prise en charge des contrats dâapprentissage pour les rapprocher des coĂ»ts rĂ©els observĂ©s ;
- lâassujettissement progressif Ă la taxe dâapprentissage de tous les employeurs de droit privĂ©.
Les 15 propositions des rapporteurs :
- â (Ministre du travail) RĂ©unir rĂ©guliĂšrement autour du ministre du travail les principaux acteurs de la formation professionnelle, dont les partenaires sociaux, pour la dĂ©finition des objectifs et des orientations stratĂ©giques pour les atteindre.
- â (Gouvernement, partenaires sociaux) Fixer une trajectoire pluriannuelle de retour Ă lâĂ©quilibre financier du systĂšme.
- â (MinistĂšre du travail) Sortir du systĂšme des fourchettes pour lâaffectation du produit des contributions des employeurs et donner au conseil dâadministration de France compĂ©tences la capacitĂ© de se prononcer sur un budget global.
- â (Branches professionnelles, OPCO) DĂ©velopper lâimplantation territoriale des OPCO Ă travers une prĂ©sence opĂ©rationnelle et une prĂ©sence politique sous forme de commissions paritaires rĂ©gionales.
- â (Gouvernement, Parlement) Instaurer un reste Ă charge des utilisateurs du compte personnel de formation (CPF) pour les formations qui ne dĂ©bouchent pas sur lâobtention dâune certification inscrite au RNCP.
- â (Gouvernement, Parlement) Ătendre aux entreprises de 50 Ă 299 salariĂ©s la nĂ©gociation obligatoire en entreprise sur la gestion des emplois et des parcours professionnels et inscrire en tant que thĂšme dâordre public la nĂ©gociation sur lâabondement par lâemployeur du CPF.
- â (Gouvernement, Parlement) Supprimer le reste Ă charge pour lâutilisateur du CPF en cas de co-financement de la formation par lâemployeur.
- â (Gouvernement, Parlement) Supprimer le reste Ă charge pour lâutilisateur du CPF sâil passe prĂ©alablement par un conseil en Ă©volution professionnelle.
- â (MinistĂšre du travail, partenaires sociaux) PrĂ©voir un financement contracyclique de la formation professionnelle des demandeurs dâemploi et plafonner la contribution de France compĂ©tences au PIC Ă un montant fixĂ© par accord paritaire.
- â (France compĂ©tences, branches professionnelles) Engager, en concertation avec les branches professionnelles, un mouvement gĂ©nĂ©ral mais non uniforme de baisse des niveaux de prise en charge des contrats dâapprentissage afin de les rapprocher des coĂ»ts observĂ©s.
- â (MinistĂšre du travail) Faire varier le montant des enveloppes rĂ©gionales de soutien aux CFA selon lâĂ©volution du nombre dâapprentis.
- â (Gouvernement, Parlement) Assujettir Ă la taxe dâapprentissage tous les employeurs de droit privĂ© susceptibles dâaccueillir des apprentis, en concertation avec les employeurs et suivant un calendrier dâapplication progressif.
- â (MinistĂšre du travail) Appliquer une modulation du coĂ»t-contrat lorsque la formation par apprentissage bĂ©nĂ©ficie dâautres sources de financement public.
- â (MinistĂšre du travail) Permettre que des certificats de qualification professionnelle puissent ĂȘtre obtenus par apprentissage.
- â (MinistĂšre du travail, France compĂ©tences) Identifier les missions pour lesquelles France compĂ©tences nâest pas lâopĂ©rateur le plus efficient ou adaptĂ©.
En réponse à ces proposition France Compétences à publié hier le 30 juin 2022 le communiqué ci-dessous :

APPRENTISSAGE : FRANCE COMPETENCES RECOMMANDE UNE REDUCTION DE
LâECART ENTRE LES NIVEAUX DE PRISE EN CHARGE DES CONTRATS
DâAPPRENTISSAGE ET LES COĂTS OBSERVES
Le Conseil dâadministration de France compĂ©tences a votĂ© Ă une large majoritĂ©, lors de sa sĂ©ance du 30 juin, une dĂ©libĂ©ration recommandant une baisse en deux Ă©tapes des niveaux de prise en charge des contrats dâapprentissage (avec une premiĂšre baisse, mesurĂ©e, au 1er septembre 2022), afin de rĂ©duire les Ă©carts constatĂ©s entre les « coĂ»ts-contrats » (niveaux de prise en charge) versĂ©s aux CFA et les coĂ»ts rĂ©els observĂ©s dans les CFA. Cette dĂ©cision illustre la montĂ©e en puissance de France compĂ©tences
comme autoritĂ© de rĂ©gulation du systĂšme de formation professionnelle et dâapprentissage et contribue Ă©galement Ă consolider le systĂšme issu de la rĂ©forme de 2018, qui fait face Ă des difficultĂ©s financiĂšres en raison notamment du succĂšs considĂ©rable de lâapprentissage et du Compte personnel de formation (CPF).
France compĂ©tences a lancĂ© en dĂ©cembre 2021 une procĂ©dure de rĂ©vision des niveaux de prise en charge des contrats dâapprentissage (NPEC), dĂ©terminĂ©s par les branches professionnelles, afin de prendre en compte lâanalyse des comptabilitĂ©s analytiques des centres de formation des apprentis (CFA), dĂ©sormais transmise chaque annĂ©e Ă France compĂ©tences directement par les CFA. Cette analyse permet de connaĂźtre les coĂ»ts rĂ©els observĂ©s dans les CFA, pour chaque certification, Ă©clairant ainsi les branches professionnelles et France compĂ©tences.
A la suite de lâexercice de dĂ©termination de nouveaux NPEC par les branches professionnelles (CPNE), et constatant le maintien dâĂ©carts importants avec les coĂ»ts observĂ©s, le Conseil dâadministration de France compĂ©tences Ă©met des recommandations Ă certaines branches professionnelles afin de fixer des valeurs dĂ©finitives sur une partie de leurs NPEC (environ 30% des NPEC), dans lâobjectif de rĂ©duire cet Ă©cart. Il sâagit Ă la fois de financer les contrats dâapprentissage au bon niveau et de contribuer Ă garantir la soutenabilitĂ© financiĂšre du systĂšme de formation professionnelle et dâapprentissage.
En effet, il a Ă©tĂ© constatĂ© un Ă©cart moyen de lâordre de 20% entre les NPEC et les coĂ»ts rĂ©els des formations en apprentissage. Ces Ă©carts sont trĂšs hĂ©tĂ©rogĂšnes selon les certifications.
Les NPEC initialement dĂ©terminĂ©s par les branches professionnelles (qui sont dĂ©jĂ conformes pour 70% dâentre eux aux recommandations de France compĂ©tences) ainsi que les nouveaux NPEC dĂ©terminĂ©s suite aux recommandations, aboutiront Ă une premiĂšre baisse globale des niveaux de prise en charge, de lâordre de 5% en moyenne. Pour certaines certifications, un plafond est appliquĂ©, qui reprĂ©sente le coĂ»t moyen observĂ© augmentĂ© de 50% (voire de 90% dans certains cas).
ParticuliĂšrement attentif Ă lâĂ©volution des modĂšles Ă©conomiques des centres de formation des apprentis
et des prioritĂ©s des branches professionnelles, le Conseil dâadministration prĂ©voit de mettre en Ćuvre une seconde Ă©tape de rĂ©vision des niveaux de prise en charge seulement Ă lâissue de lâobservation des comptabilitĂ©s analytiques des CFA au titre de lâexercice 2021. Elle pourrait ĂȘtre du mĂȘme ordre de grandeur que la premiĂšre baisse, sous rĂ©serve des rĂ©sultats de cette analyse.
France compĂ©tences poursuivra son travail partenarial avec les acteurs de lâĂ©cosystĂšme pour accompagner cette dĂ©marche, afin de trouver les meilleurs Ă©quilibres entre la soutenabilitĂ© financiĂšre du systĂšme, la prĂ©servation du modĂšle Ă©conomique des CFA et la qualitĂ© des formations dispensĂ©es.



