Le 26 février 2026 est une date qui comptera.
Les décrets relatifs au plafonnement du Compte personnel de formation ont été publiés aujourd’hui.
Ils entreront en application immédiatement ou dans les heures qui viennent, au rythme des mises à jour techniques de la Caisse des Dépôts.
Il y aura un avant et un après.
Une accélération assumée
Le marché connaissait le contenu des textes depuis plusieurs semaines.
Le plafonnement des prises en charge, l’instauration d’un ticket modérateur, la limitation de certains financements n’étaient plus des hypothèses.
Résultat : une accélération spectaculaire des demandes.
Ces derniers jours, plusieurs plateformes ont connu des ralentissements, parfois des indisponibilités temporaires. Une ruée vers la mobilisation des droits s’est enclenchée. Le phénomène est presque paradoxal : pendant des années, le CPF cherchait son public. Et au moment où un plafond arrive, tout le monde veut entrer.
Il faut le dire clairement : une part significative de cette explosion concernait les permis de conduire dit permis B. Des dispositifs certes utiles, mais qui ont progressivement occupé une place disproportionnée dans les volumes du CPF.
Le recentrage était attendu. Il est désormais acté.
Un marché sous tension
La publication des décrets n’a surpris personne.
Mais elle officialise un changement structurel.
Jusqu’ici, un titulaire pouvait mobiliser l’intégralité de ses droits accumulés.
Désormais, il existe un plafond.
Et un reste à charge.
C’est un changement culturel majeur.
Pour les individus, en particulier les plus modestes, la compréhension sera complexe. Le CPF était perçu comme un droit disponible. Il devient un droit conditionné.
Pour les entreprises, la gestion des demandes va se transformer. Arbitrages budgétaires, négociations internes, cofinancements : les DRH vont devoir absorber une nouvelle couche de complexité.
Pour les organismes de formation, la question est simple : le modèle économique tient-il avec un plafond et un ticket modérateur ?
Les prochains jours donneront des premiers signaux.
Une réaction du secteur révélatrice
Les acteurs ont réagi vite.
Beaucoup ont publié des messages incitant à mobiliser les droits avant l’entrée en vigueur.
C’est légal.
C’est compréhensible.
C’est même rationnel.
Quand un cadre réglementaire change, le marché s’ajuste.
Un tournant historique
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse la technique réglementaire.
Le CPF entre dans une nouvelle phase :
- fin de l’illusion d’un droit intégralement mobilisable
- responsabilisation financière accrue
- recentrage sur la logique de co-investissement
C’est une transformation profonde.
Reste une question centrale :
le secteur va-t-il se recentrer sur la compétence, l’employabilité et la performance des individus… ou simplement chercher à contourner les nouvelles règles ?
Ce moment est historique parce qu’il oblige tout le monde à se repositionner.
Les organismes sérieux devront prouver la valeur réelle de leurs parcours.
Les entreprises devront structurer leur stratégie d’abondement.
Les actifs devront arbitrer.
Le CPF devient un outil plus contraint. Peut-être plus mature. Peut-être plus fragile.
Les prochains mois seront décisifs.
Et nous continuerons à analyser, sans posture partisane, ce que cela signifie réellement pour les professionnels de la compétence.
