Mikael Charbit, directeur de la certification professionnelle de France Compétences nous éclaire sur divers points concernant le dispositif du CPF.

France CompĂ©tences est trĂšs active dans le combat contre la fraude au CPF notamment via la rĂ©gulation des certificateurs ce qui nâest pas forcĂ©ment comprĂ©hensible du grand public. Pourriez-vous nous rappeler le travail de France CompĂ©tences et son lien avec le dĂ©sormais trĂšs connu CPF ?
Dans le cadre de sa mission de rĂ©gulation de la qualitĂ© des certifications professionnelles, France compĂ©tences sâest vu confier un pouvoir de contrĂŽle auprĂšs des organismes certificateurs qui a Ă©tĂ© Ă©largi par un dĂ©cret du 2 avril 2021. Afin de sâassurer de la rĂ©gularitĂ© des usages des certifications, France compĂ©tences sâappuie sur ce nouveau cadre juridique pour dĂ©ployer une politique de contrĂŽle en coordination avec les autres acteurs institutionnels.
Le fondement de ce contrĂŽle porte sur le fait que les Ă©lĂ©ments, qui ont permis la dĂ©cision dâenregistrement aux rĂ©pertoires nationaux, doivent ĂȘtre respectĂ©s. Or lâampleur du prĂ©judice Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral des violations les plus importantes de ces engagements nĂ©cessite que celles-ci cessent voire soient sanctionnĂ©es sans attendre la fin de la pĂ©riode dâenregistrement. France compĂ©tences peut dĂ©sormais vĂ©rifier si la communication affĂ©rente aux certifications et parcours certifiants associĂ©s est conforme aux Ă©lĂ©ments ayant permis leur enregistrement dans lâun des deux rĂ©pertoires nationaux.
En plus de 1 an, au-delĂ des signalements rĂ©alisĂ©s Ă dâautres autoritĂ©s de contrĂŽle ou Ă la Caisse des dĂ©pĂŽts, 135 contrĂŽles formels ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s, dĂ©bouchant sur 75 mises en demeure. GĂ©nĂ©ralement ces mises en demeure dĂ©bouchent sur des mises en conformitĂ© qui impliquent souvent des Ă©volutions majeures de la mobilisation de la certification. Seules 2 procĂ©dures ont dĂ©bouchĂ© sur un retrait des rĂ©pertoires mais attention Ă la rĂ©pĂ©tition des manquementsâŠ
MĂȘme si cela peut vous sembler Ă©vident, pouvez-vous confirmer Ă nos lecteurs que ni vous ni la Caisse des dĂ©pĂŽts nâappellent les français pour leur demander quoi que ce soit ? En effet le nom de France CompĂ©tences a Ă©tĂ© utilisĂ© par certains plateaux tĂ©lĂ©phoniques dans leurs campagnes dâappels non sollicitĂ©s.
Il est un grand classique pour des escrocs de se revendiquer dâune autoritĂ© publique pour endormir la confiance des usagers. On avait jusquâĂ prĂ©sent plutĂŽt en tĂȘte lâimage du porte Ă porte pour des vols avec ruse ou pour la vente de produits ou services dans des conditions douteuses, mais bien sĂ»r la dĂ©marche concerne aussi le dĂ©marchage tĂ©lĂ©phonique ou lâhameçonnage via des mails. Nous nâavons pas besoin dâappeler des usagers pour assurer la promotion du CPF et bien sĂ»r nous ne vendons ou ne sponsorisons aucun service : il peut y avoir des appels de la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations ou de France compĂ©tences Ă destination dâusagers mais aprĂšs la formation pour sâassurer par exemple quâelle sâest bien passĂ©e ou que lâĂ©valuation des compĂ©tences sâest bien dĂ©roulĂ©e dans les conditions fixĂ©es par la certification.
La certification est clef dans le dispositif du CPF. Câest elle qui valide les compĂ©tences professionnalisantes des titulaires. Mais quelles obligations et pour qui ? Le passage est-il obligatoire ? Comment est-elle financĂ©e ? Qui est garant de sa mise en place et quelle est sa responsabilitĂ© ?
Si le lĂ©gislateur sous lâimpulsion des partenaires sociaux a orientĂ© une part majeure des financements du CPF vers des parcours certifiants câest quâil y a en effet une particularitĂ© qui fait de la certification et des formations qui y prĂ©parent un dispositif qui se distingue dâune simple formation quelle quâen soit la qualitĂ© et la pertinence. Une formation certifiante a pour finalitĂ© non seulement de transmettre des compĂ©tences, et non des simples connaissances, mais aussi de prĂ©parer correctement Ă une future Ă©valuation en vue de disposer dâune certification des compĂ©tences acquises. Les compĂ©tences visĂ©es et la cohĂ©rence dâensemble de la certification sont validĂ©es sur la forme mais surtout sur le fond par les partenaires sociaux et les principaux ministĂšres certificateurs. Elles comportent donc une assurance qualitĂ© de lâEtat en Ă©troite association avec les partenaires sociaux.
Le passage nâest pas obligatoire, si le candidat renonce ou se dĂ©siste, mais il doit ĂȘtre le cas gĂ©nĂ©ral, aussi lâorganisme formateur doit sâassurer quâil prĂ©pare correctement les apprenants au passage de lâĂ©valuation. Lâobligation de moyens nâest pas lâobligation de rĂ©sultats mais elle nâest pas lâabsence de responsabilitĂ©. Ainsi, si France compĂ©tences constate un Ă©cart majeur entre le nombre dâapprenants et le taux de passage de lâĂ©valuation, puis le taux de rĂ©ussite associĂ© cela orientera nĂ©gativement lâinstruction de la demande de renouvellement. A lâinverse des taux de rĂ©ussite de 100%, en toutes circonstances, peuvent interroger sur le niveau dâexigence rĂ©el des Ă©valuations.
Enfin, dans le cadre du CPF le coĂ»t de la certification doit ĂȘtre intĂ©grĂ© dans le coĂ»t de la formation.
Pourriez-vous, Monsieur Mikael Charbit, profiter de cet échange pour rappeler aux certificateurs qui nous lisent les textes légaux qui encadrent notre profession ?
Oui, câest parfois mĂ©connu, la loi a confĂ©rĂ© beaucoup de prĂ©rogatives aux certificateurs qui leur permettent de penser leur dĂ©veloppement de maniĂšre dynamique, la contrepartie ce sont les obligations qui leur incombent.
Le dĂ©cret du 18 dĂ©cembre 2018 modifiĂ© par le dĂ©cret du 2 avril 2021 pose le principe du respect, en cours dâenregistrement, des critĂšres mentionnĂ©s aux articles R. 6113-9 et R. 6113-11 au regard desquels ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es les certifications professionnelles et les certifications ou habilitations. Ainsi lâorganisme certificateur doit sâassurer de la mise en Ćuvre de la certification, conformĂ©ment aux process dĂ©crits dans le dossier de demande (R.6113-17). Cette obligation concerne aussi les actions de communication sur la certification professionnelle enregistrĂ©e (R. 6113-14-1) et les formations certifiantes associĂ©es, quâelles soient dĂ©livrĂ©es par lâorganisme certificateur lui-mĂȘme en sa qualitĂ© dâorganisme formateur ou par des partenaires quâil a habilitĂ©s Ă le faire.
En clair, lâenregistrement est Ă la fois un aboutissement, celui dâun processus exigeant et sĂ©lectif, qui ouvre de nombreuses opportunitĂ©s de dĂ©veloppement mais aussi un dĂ©but celui du dĂ©ploiement dâun cadre de rĂ©fĂ©rence, cadre qui est un engagement. Il est parfois dommageable que par mĂ©connaissance de ces obligations ou parfois par naĂŻvetĂ© vis-Ă -vis de certaines pratiques dâacteurs du secteur, des certifications Ă©chouent Ă leur renouvellement faute dâĂȘtre restĂ©es dans ce cadre fixĂ©, voire plus rarement voient leur Ă©chĂ©ance rĂ©duite via une sanction.
OĂč en est t-on de lâinterconnexion des systĂšmes dâinformation entre les certificateurs et la CDC et France CompĂ©tences ?
Câest un sujet stratĂ©gique pour nous et pour nos collĂšgues de la Caisse des dĂ©pĂŽts, câest aussi un bon exemple du renforcement mutuel de deux opĂ©rateurs quand ils travaillent de concert en mode projet et en confiance. Les deux systĂšmes se parlent dĂ©jĂ au quotidien avec des Ă©changes mutuels de donnĂ©es : France compĂ©tences donne les donnĂ©es de rĂ©fĂ©rence des certifications dont celles relatives aux organismes habilitĂ©s Ă former, en retour la Caisse des dĂ©pĂŽts donne une information lĂ aussi journaliĂšre sur les usages CPF des certifications (catalogue, nombre de dossiers, donnĂ©es financiĂšres) qui permettent Ă la fois de nourrir les instructions de demandes de renouvellement dâenregistrement et la politique de contrĂŽle de France compĂ©tences notamment sur le respect de la communication sur les certifications. Tout dĂ©but septembre, la base de donnĂ©es des rĂ©pertoires deviendra la base unique de rĂ©fĂ©rence du SI CPF pour les certifications.
Que va changer lâinterconnexion dĂ©sormais obligatoire du SI des certificateurs avec celui de la CDC ou France CompĂ©tences ?
Cette interconnexion permettra dâenrichir progressivement les usages notamment sur les blocs de compĂ©tences dans le SI CPF et Ă©vitera Ă lâavenir aux organismes de formation de solliciter la dĂ©tention dâun code certif info en sus dâun code RNCP ou RS pour accĂ©der au CPF (Ă lâexemple du code RNCP qui devient la donnĂ©e de rĂ©fĂ©rence de la certification visĂ©e par apprentissage en substitution du code diplĂŽme).
Fin juin, vous mettez en ligne une nouvelle version du SI de France Compétences, quel impact pour les certificateurs ?
Pour tous les certificateurs, une amélioration du travail parfois récurrent au sein du SI avec une refonte technique et ergonomique. Pour les certificateurs relevant du RNCP, la refonte passe par une modification du format du dossier de demande qui avait été retouché à la création de France compétences mais méritait quelques ajustements.
Pour nous ce nouveau socle technique, va aussi nous permettre de simplifier le travail de France compĂ©tences et donc le travail dâinstruction (et possiblement de rĂ©duire les dĂ©lais si les flux de demandes se stabilisent) et aussi de projeter des futures Ă©volutions comme le moteur de recherche du site public qui est perfectible.
Pouvez-vous, Monsieur Charbit, expliquer Ă nos lecteurs le passeport de compĂ©tences et nous faire un rapide point dâĂ©tape ?
Tout dâabord, le passeport compĂ©tences est sous la pleine responsabilitĂ© de la Caisse des dĂ©pĂŽts et consignations qui mĂšne ce chantier historique. Nous nous intervenons Ă deux titres sur le sujet :
- Tout dâabord si un certificateur ne joue pas le jeu sur la transmission des donnĂ©es au passeport compĂ©tences, nous pourrons aprĂšs mise en demeure par la CDC auprĂšs du certificateur, procĂ©der Ă une sanction de retrait des rĂ©pertoires, en clair nous sommes le gendarme du passeport compĂ©tences selon les missions que nous a confĂ©rĂ© le lĂ©gislateur ;
- Ensuite, une fois les donnĂ©es anonymisĂ©es nous seront des consommateurs de celles-ci tant au titre de notre rĂŽle dâĂ©valuation quâau titre des instructions et des contrĂŽles. Le passeport compĂ©tences câest un outil de transparence qui apportera la derniĂšre pierre Ă lâĂ©difice de la rĂ©gulation des usages des certifications pensĂ© par le lĂ©gislateur dans le cadre de la loi du 5 septembre. Mais câest aussi et avant tout un formidable outil de valorisation des compĂ©tences des actifs qui permettra de mieux penser les parcours professionnels en lien avec les compĂ©tences maĂźtrisĂ©es par eux et de rapprocher lâoffre et la demande en compĂ©tences du marchĂ© du travail sur la base de signaux fiables.

Merci pour cet entretien.
Mais j’ai une question :
– « Le passage nâest pas obligatoire, si le candidat renonce ou se dĂ©siste, mais il doit ĂȘtre le cas gĂ©nĂ©ral, aussi lâorganisme formateur doit sâassurer quâil prĂ©pare correctement les apprenants au passage de lâĂ©valuation » => quid des formations courtes de 20 heures (en langues, bureautique, voire plus exotique encore) ? de maniĂšre gĂ©nĂ©rale des formations adossĂ©es Ă un bloc de compĂ©tences d’un titre RNCP, et non au titre entier ? Sont elles condamnĂ©es Ă disparaĂźtre ? Car celui qui passe le module « apprendre le Python en 4 semaines » ne va certes pas passer la formation TOSA Python…
Je vous remercie pour cette action de sensibilisation et de clarification .
Nous sommes confrontĂ©s quotidiennement Ă cette fraude. Nos futurs consultants n’ont plus de d’heure CPF pour participant aux formations d’accompagnement Ă lâautonomie professionnelle .Autre « dĂ©tournement « du CPF par l’employeur ou les organismes de formation qui n’informent pas les salariĂ©s les salariĂ©s sur utilisation du CPF et leurs font signer un »papier sans leurs expliquer les enjeux .