Arnaud Portanelli, cofondateur de Lingueo, sur la langue comme compétence professionnelle indispensable.
De la culture générale à la performance opérationnelle
Dans un environnement économique marqué par la concurrence mondiale, la qualité des interactions humaines reste un facteur déterminant de performance. Négocier un contrat, accompagner un client stratégique, coordonner un projet international ou gérer une situation sensible ne se résume pas à traduire des phrases. Ces situations exigent une capacité à comprendre des nuances, à instaurer une relation de confiance et à adapter son discours.
La langue devient alors un outil de création de valeur directe.
Peut accélérer une décision commerciale et raccourcir un cycle de vente
Peut bloquer un projet, générer des délais ou fragiliser une relation
Renforce la crĂ©dibilitĂ© d’un manager ou d’un commercial Ă l’international
CrĂ©e une distance perceptible et limite l’autonomie en situation rĂ©elle
Dans ce contexte, les directions formation sont de plus en plus sollicitĂ©es pour aligner les dispositifs linguistiques avec les enjeux business rĂ©els de l’entreprise. Ce n’est plus une question de budget formation diffus : c’est une question de stratĂ©gie.
« Je considĂšre que l’anglais n’est pas une langue, c’est une compĂ©tence professionnelle indispensable. Comme la maĂźtrise d’un outil. La vraie question pour les entreprises, c’est ce qui vient ensuite. »
Arnaud Portanelli, cofondateur de LingueoL’intelligence artificielle change le regard sur la formation linguistique
Les outils de traduction instantanĂ©e et les assistants conversationnels ont profondĂ©ment modifiĂ© la perception des langues en entreprise. D’un cĂŽtĂ©, ils facilitent les Ă©changes et permettent de rĂ©duire certaines barriĂšres. De l’autre, ils rendent plus visible la diffĂ©rence entre une communication assistĂ©e et une communication maĂźtrisĂ©e.
| Communication assistée par IA | Communication maßtrisée |
|---|---|
| Fonctionnelle dans des situations standard | Efficace dans toutes les situations, y compris complexes |
| Dépend de la disponibilité des outils | Autonome, disponible en permanence |
| Traduit les mots | Comprend les intentions, les silences, les nuances |
| CrĂ©e une distance perceptible avec l’interlocuteur | Instaure une relation directe et crĂ©dible |
| Risque élevé en situation de crise ou de négociation | Performante précisément dans les moments critiques |
Pour les responsables formation, cette Ă©volution ouvre une opportunitĂ© majeure : repositionner la formation linguistique comme un investissement stratĂ©gique plutĂŽt que comme un dispositif diffus sans lien avec les prioritĂ©s de l’entreprise.
Identifier les populations critiques et piloter l’impact
Toutes les fonctions n’ont pas le mĂȘme niveau d’exposition linguistique. Passer d’une logique de demande individuelle Ă une logique de priorisation stratĂ©gique, c’est prĂ©cisĂ©ment ce que les directions formation les plus avancĂ©es sont en train de faire.
| Population | Exposition linguistique | Enjeu business associé |
|---|---|---|
| Equipes commerciales internationales | TrÚs forte | Conversion, fidélisation, crédibilité client |
| Managers de projets transnationaux | Forte | Coordination, délais, qualité des livrables |
| Fonctions support (achat, finance, RH) | Modérée à forte | Qualité des partenariats, conformité, efficacité |
| Métiers relation client | Variable selon marché | Satisfaction client, NPS, renouvellement |
| Direction générale / COMEX | Forte | Représentation, négociation, influence externe |
Former ceux qui demandent, pas ceux qui en ont besoin. Sans cartographie prĂ©alable des compĂ©tences, les budgets formation sont rarement orientĂ©s vers les populations Ă plus fort impact pour l’entreprise.
Résultat : un investissement diffus, peu mesurable, difficile à défendre en CODIR.
Les outils d’Ă©valuation linguistique assistĂ©s par l’IA permettent aujourd’hui de rĂ©pondre Ă cette problĂ©matique : cartographier rapidement les niveaux rĂ©els, identifier les Ă©carts avec les besoins du poste, et construire des plans de formation ciblĂ©s. Cette capacitĂ© de pilotage transforme le rĂŽle des directions formation, qui peuvent dĂ©sormais dĂ©montrer plus concrĂštement la contribution des dispositifs linguistiques Ă la performance globale.
L’anglais comme socle, la diversification comme avantage concurrentiel
Dans de nombreux secteurs, l’anglais tend Ă devenir une compĂ©tence attendue par dĂ©faut. La vĂ©ritable diffĂ©renciation peut dĂ©sormais rĂ©sider dans la maĂźtrise d’une troisiĂšme langue, en lien direct avec les marchĂ©s ciblĂ©s ou les ambitions de dĂ©veloppement.
- Espagnol : accompagner une expansion en Amérique latine ou sur les marchés ibériques
- Arabe : soutenir une stratĂ©gie d’export vers le Moyen-Orient ou l’Afrique du Nord
- Mandarin : structurer des partenariats industriels et une implantation en Asie
- Langues européennes : renforcer la proximité commerciale avec des partenaires clés en Europe
- Japonais / corĂ©en : adresser des secteurs premium, l’industrie de pointe ou la culture
Construire une stratĂ©gie linguistique cohĂ©rente peut ainsi devenir un levier d’anticipation et de sĂ©curisation des projets de croissance. Elle ne se dĂ©crĂšte pas : elle se pilote, avec des donnĂ©es et un horizon clair.
Vers une approche intégrée des compétences linguistiques
Former aux langues aujourd’hui ne consiste plus uniquement Ă proposer des heures de cours. Il s’agit d’articuler plusieurs dimensions pour transformer la compĂ©tence linguistique en vĂ©ritable actif organisationnel.
- Evaluation objective des niveaux : tester avec des outils fiables, pas avec des auto-déclarations qui surestiment systématiquement
- Personnalisation des parcours : adapter la formation au niveau réel, au poste et aux objectifs business de chaque profil
- Accompagnement humain : on apprend une langue pour parler Ă des humains, pas Ă des robots. Le formateur reste au coeur du dispositif
- Certification des acquis : valider la progression avec un standard reconnu (LILATE, CECRL) pour mesurer le ROI et valoriser les collaborateurs
- Mesure de l’impact : suivre la progression, ajuster les parcours, dĂ©montrer la contribution Ă la performance en CODIR
Elle est de dĂ©terminer comment les structurer pour soutenir concrĂštement la stratĂ©gie de l’entreprise.
Repenser la formation linguistique comme une compĂ©tence business, c’est investir dans la performance relationnelle, la crĂ©dibilitĂ© internationale et la capacitĂ© d’adaptation de l’organisation.
