Les formateurs indépendants : Les oubliés du CPF

Bonjour à tous en cette fin de semaine je vous propose de lire ci-dessous la prise de parole de Benoit Laval le créateur d’une pétition lancée en début de semaine pour l’Intervention des acteurs de la Formation Professionnelle sur les pratiques illégales.” On m’a informé de cette initiative suite à un post personnel de Linkedin dans lequel j’informais qu’il n’était plus possible de former dans le cadre du CPF sans habilitation à certifier . L’équipe rédactionnel de CPFormation à trouvé intéressant de lui donner la parole sous forme d’un article libre que voici :

Depuis plusieurs mois, les arnaques au CPF font l’objet d’une couverture médiatique hebdomadaire alors que les dérives, nombreuses, s’amplifient à la vue de tous. Jusque-là, le sujet a été couvert de manière préventive à l’attention des usagers et à celle des victimes qui se sont fait vider leur compte Mon Compte Formation.

De mémoire, jamais il n’a été traité en étant abordé de notre point de vue, nous les formateurs indépendants et organismes de formation à taille humaine, qui subissons les dommages collatéraux de la réputation dont jouit aujourd’hui le CPF, qui perdons toute crédibilité et assistions impuissant au naufrage moral de notre profession et qui met en danger notre activité dans la plus grande indifférence.

« Séjour Ski et Fiesta avec ton CPF » et « Formation Marketing à Dubaï »


Partir au Ski avec les fonds de la formation

Aujourd’hui, le simple fait d’aborder un financement CPF avec une personne souhaitant effectuer une formation devient suspect tant le terme est associé à celui d’arnaque. Pire encore, de nouveaux usagers, sollicités par des publications leur proposant un ordinateur ou une tablette pour une formation ‘achetée’, nous contactent d’eux même avant tout pour savoir si nous proposons aussi cette offre. A vrai dire, la formation leur importe peu.

Pour eux, le CPF est une sorte de compte épargne dont ils veulent profiter par tout moyen. C’est là que nous constatons les pires dérives : séjour ski, formation sous le soleil de Dubaï et même des propositions de ‘faire sortir en cash’, contre commission, les fonds CPF. Ces publications sont à la vue et au su de tous sans que nous ne constations la moindre répression.

A ce niveau de malversations, nous sommes au-dessus des sollicitations mensongères et constantes par téléphone, par SMS, par mail qui nous ont déjà nuit, alors que nous étions dans l’attente au moins de l’interdiction du démarchage téléphonique… amendement qui a été rejeté par le Sénat ce mois-ci.

Quelles sont les motivations de ce rejet alors que la réputation de notre profession est en chute libre et que les personnes sollicitées expriment leur ras le bol ?

« Prospects avec Ameli + MDP » et « Base avec n° SS, mutuelle et médecin traitant »

Devant cette manne financière que représente le CPF, ils sont apparus et se sont bien acclimatés dans un milieu à la surveillance discutable. Ce sont les vendeurs de bases données. Ils ne parlent pas d’apprenants : pour eux, ce sont des ‘leads’ qualifiés. ‘Chauds’, ‘Froids’, ‘Pas encore harcelés’. Le RGPD est une notion dont ils font abstraction, si tant est qu’ils en aient connaissance. L’humain et l’approche relationnelle leurs sont inconnus, ils vendent des lignes de données par packs de dizaines milliers.

Des fichiers bien renseignés si on se fie à leur description : Identité, téléphone, numéro de sécurité sociale, mutuelle et même médecin traitant. Comment de tels fichiers, aux données sensibles, se retrouvent en vente ? Comment l’usager ne peut-il pas avoir confiance face à un interlocuteur qui en connait tant sur ses informations personnelles ?

« Recherche formateur désespérément »

Nouveaux venus dans notre sphère professionnelle, les Organismes de formation sans formateurs. Ils démarchent pour vendre, plus intéressés par l’aspect financier que pédagogique. Quand ils ont vendu, ils démarchent à nouveau, des formateurs cette fois-ci. Dans tous les domaines, sans connaître le passé professionnel, ils collectionnent les CV, constituent des bases et un jour, ils appellent pour commencer une mission sous quarante heures. Les besoins de l’apprenant, le positionnement : ‘vous verrez cela avec lui’. Ils confient leurs ‘leads’ au premier venu. ‘Un CV, un Siret et un NDA, c’est vendu’.

Savoir donner pour… Recevoir ?

Ces dernières années, il nous a été demandé de la Qualité. Action louable si elle avait été équitable. Si Datadock mettait financièrement les Organismes de Formation sur un pied d’égalité par sa gratuité, le coût de Qualiopi, démarche nécessaire et aucunement remise en question, n’est pas le même pourcentage de chiffre d’affaires dans toutes les structures, allant même jusqu’à représenter un mois de revenus chez un indépendant. Et pourtant, le précieux sésame est nécessaire pour présenter son offre sur EDOF.

À la lecture des conditions générales d’utilisation et des nombreux manuels d’utilisation, tout porte à croire que la surveillance y est accrue. La foire d’empoigne anarchique qu’on y constate est toute autre : formations exotiques en création d’entreprise, multiplication des fiches au contenu quasiment identique par les organismes, apparition d’offres ‘présentielles mais à distance’ par des organismes qui n’ont pas
d’établissement physique sur un secteur géographique.

Un guide de 11 pages des bonnes pratiques sur l’usage de l’identité ‘Mon Compte Formation’ rédigé par la Caisse des dépôts et consignation est proposé, jusqu’à aborder la nuance en CMJN à utiliser, le ratio hauteur / largeur à respecter et que le visuel ne doit pas mesurer moins de 20 millimètres. A un tel niveau de précision et d’exigence, tout porterait à croire qu’une surveillance globale de Mon Compte Formation, et surtout de
l’usage qui y est fait aussi bien par les Organismes de Formation que par ses usagers, va y être omniprésente.

La réalité est quelque peu différente…

On nous a donc demandé de la Qualité, de l’investissement financier et horaire pour pouvoir utiliser un outil sur lequel les pratiques sont peu ou prou contrôlées alors que leurs contours étaient pourtant bien définis.

Très chère certification

La démarche qualité ne s’arrête pas là. L’offre de formation proposée doit être certifiante. Condition on ne peut plus louable à nouveau, si elle était réalisable :

  • Délai de traitement d’enregistrement d’en moyenne sept mois d’une certification auprès de France Compétence avec un taux d’acceptation de 20 % au Répertoire Spécifique.
  • Conditions de collaboration avec un organisme certificateur inatteignables : minimum d’apprenants par an, droits d’entrée en milliers d’euros, achats de passage de certifications par packs dès l’entrée.

Au-delà de faire perdre tout son sens au terme ‘Indépendant’, les rédacteurs de ces règles sont-ils conscients des revenus d’un formateur indépendant ou nous condamnent-ils à la sous-traitance avec des Organismes qui peuvent se permettre un tel budget ?

EDOF : Tripadvisor de la formation

Les p’tites étoiles… On était tout content de ce système de notation par les usagers qui envisageait à terme une sélection naturelle. C’est un peu comme au restaurant, on n’y va pas s’il est mal noté. C’est d’ailleurs un peu trop comme au restaurant… quand un plat ne plait pas, on l’enlève de la carte. Sur EDOF, c’est le même fonctionnement : la note est liée à la fiche de la formation, pas à l’organisme de formation qui peut se renouveler une virginité de notation en créant de nouvelles fiches et en archivant les incriminées.

Parce que pas de note du tout, c’est toujours mieux qu’une mauvaise. C’est aussi le revers de la médaille pour les mieux notés : lors du renouvellement des certifications auprès de France Compétences en fin d’année dernière, nous avons dû refaire nos fiches et archiver les anciennes suite au changement de codification RS. Nos p’tites étoiles ont été archivées en même temps que nos fiches, laissant les utilisateurs face un choix uniforme et des compteurs remis à zéro.

Le problème des Formation à la création d’entreprise

En pleurer… de rire ?

Ces constats, ces dérives, ces manquements, nous sommes des milliers à les constater. Pourtant nous ne passons pas nos journées sur les réseaux sociaux à chercher sur d’obscurs groupes peu fréquentables les ‘posts’ suspects. Ils apparaissent dans nos fils d’actualité et dans nos mails. Si nous y avons accès, c’est qu’ils sont visibles par tout le monde et encore plus par ceux qui se portent garants du respect des règles qu’ils ont édicté, mais aussi en les réprimant.

Les ‘perles’ des dérives sont devenues ‘les blagues du week-end’ dans les groupes de formateurs indépendants. C’est plus l’audace des annonceurs qui nous fait rire tandis que le laxisme et la répression inexistante nous désole.

Aujourd’hui, au ras le bol des personnes abusivement démarchées et parfois volées, s’ajoute celui des formateurs et des organismes de formation face à l’inaction des acteurs de la formation professionnelle aux vues des dérives et des abus.

  • Quelle est l’action pénale prévue par le Ministère du Travail et de la Formation Professionnelle face aux abus flagrants ?
  • Quel est l’objet des 2,6 milliards qui vont être investis cette année par France Compétence dans un dispositif synonyme d’arnaque ?
  • Quelles mesures la Caisse des Dépôts et Consignations compte prendre pour faire respecter ses propres conditions d’utilisation ?

2 réponses

  1. Lovison dit :

    Bonjour,
    Enfin un article qui pense aux formateurs indépendants et à la grande braderie commerciale du partage des certifications.
    Il existe aussi de petits centre de formation qui visent la qualité, mais F.C. ne les aide pas trop.
    Christophe

  2. Guimard dit :

    Etant du monde la formation professionnelle, je ne me fais pas arnaquer mais je suis sans cesse importuné.
    Ma remarque va plutôt de France Compétences et je vous rejoins sur la difficultés et l’obscurantisme du Répertoire Spécifique et du RNCP. j’ai comme une petite impression que si nous sommes en Province et ne connaissons personne dans les couloirs parisiens, nous n’avons aucune chance.

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