Entretien avec Iris Duvignaud, Responsable d’AccrĂ©ditation – Section Certifications. En charge de la gestion des demandes dâaccrĂ©ditation de la part dâorganismes certificateurs pour certains dispositifs, dont la formation professionnelle, Iris Duvignaud fait le point sur Qualiopi, l’ambition de cette certification, et les dĂ©marches Ă mener par les organismes de formation.
Pourquoi les organismes de formation doivent se certifier au plus vite ?
Pouvez-vous nous présenter le Cofrac ?
Le Cofrac est le ComitĂ© français dâaccrĂ©ditation, instance unique en France dĂ©signĂ©e par les pouvoirs publics pour dĂ©livrer lâaccrĂ©ditation organismes qui Ă©valuent la conformitĂ© : laboratoires d’essais, d’analyses, d’Ă©talonnages, de biologie mĂ©dicale, ainsi qu’aux organismes d’inspection et de certification. LâaccrĂ©ditation permet dâattester la compĂ©tence technique et lâimpartialitĂ© de ces organismes.
Vous ĂȘtes responsable dâaccrĂ©ditation au Cofrac. En quoi consiste votre mission ?
Jâai en charge la gestion des demandes dâaccrĂ©ditation de la part dâorganismes certificateurs pour certains dispositifs, dont la formation professionnelle. Cela consiste Ă vĂ©rifier la conformitĂ© de lâorganisme, par dossier, Ă la norme dâaccrĂ©ditation concernĂ©e ainsi quâau domaine de certification pour lequel il se porte candidat.
Jâassure Ă©galement le suivi de leur cycle dâaccrĂ©ditation (recrutement et sĂ©lection dâĂ©valuateurs pour les missions, revue technique des rapports dâĂ©valuation) et rĂ©alise moi-mĂȘme des Ă©valuations, comme tous les responsables dâaccrĂ©ditation du Cofrac.
A partir du 1er janvier 2021, tous les organismes de formation souhaitant bénéficier de financements publics (ou mutualisés) devront détenir une certification qualité, intitulée Qualiopi. Dans quel contexte cette nouvelle certification voit le jour ?
AprĂšs la rĂ©forme de 2014, et plus prĂ©cisĂ©ment avec la parution du dĂ©cret n° 2015-790 du 30 juin 2015 relatif Ă la qualitĂ© des actions de formation professionnelle continue, au-delĂ du Datadock, une multitude de certifications avait Ă©tĂ© reconnue par le CNEFOP. Le Gouvernement, se rendant compte que les modalitĂ©s dâaudit Ă©taient trĂšs diffĂ©rentes et que les organismes de formation ressentaient le besoin de se dĂ©marquer des autres, a dĂ©cidĂ© dâinstaurer une certification unique avec une marque dĂ©posĂ©e par le ministĂšre.
En quoi cette certification est différente de Datadock ou de labels ?
Etant unique, Qualiopi permet Ă toutes les parties prenantes de sây retrouver : une marque, un rĂ©fĂ©rentiel, des modalitĂ©s dâaudit uniques. Seuls les organismes pouvant dĂ©livrer cette certification sont multiples, mais ils sont contraints aux mĂȘmes rĂšgles dâaccrĂ©ditation et soumis au dispositif rĂ©glementaire de la DGEFP. Le bĂ©nĂ©ficiaire, lâentreprise, les prestataires dâactions concourant au dĂ©veloppement de compĂ©tences et les financeurs connaissent tous les rĂšgles applicables. Cela Ă©tait impossible avec les multiples certifications, labels et le Datadock.
Qualiopi ouvre Ă©galement lâexigence qui Ă©tait prĂ©cĂ©demment applicable uniquement aux organismes de formation Ă tous les prestataires dâactions concourant au dĂ©veloppement de compĂ©tences. Sont compris dĂ©sormais les centres de bilan de compĂ©tences, les centres dâapprentissage et les organismes rĂ©alisant la validation des acquis dâexpĂ©rience.
Par ailleurs, pour les organismes, la procédure est plus simple à comprendre. Avant, il fallait déjà choisir entre deux voix : se conformer aux exigences des multiples financeurs et se faire référencer au Datadock, ou bien obtenir un label/certification reconnu par le CNEFOP. Ensuite, il fallait choisir parmi les 52 certifications et labels reconnus !
Enfin, la certification devient obligatoire et sous accréditation. En effet, avec le Datadock et les contrÎles réalisés par les agents du ministÚre, ainsi que par les financeurs, le gouvernement a exprimé avoir fait le choix de la certification unique à la suite du constat que les organismes de formation certifiés avaient démontré un niveau de qualité et de gestion supérieurs à la plupart des non certifiés, uniquement « datadockés ».
LâaccrĂ©ditation nâĂ©tait pas obligatoire pour les certifications reconnues par le CNEFOP. Elle vient maintenant rassurer les diffĂ©rents acteurs sur le fait que les organismes certificateurs sont Ă©galement Ă©valuĂ©s par un organisme indĂ©pendant et quâils devront tous respecter les rĂšgles dĂ©finies par la DGEFP.
Avec Qualiopi, on se dirige vers une uniformisation de la certification, avec des modalitĂ©s dâaudit identiques. En quoi pensez-vous que cette uniformisation peut ĂȘtre bĂ©nĂ©fique ? Ne craignez-vous pas que cela uniformise Ă©galement lâoffre de formation, et pĂ©nalise des formations innovantes ?
Qualiopi est une certification de processus (au sens de la norme ISO/IEC 17065), ce qui veut dire quâelle est dĂ©livrĂ©e au prestataire pour prouver sa capacitĂ© Ă dĂ©montrer quâil rĂ©alise des actions de dĂ©veloppement de compĂ©tences de qualitĂ©. Elle ne certifie pas lâoffre, ni la formation en elle-mĂȘme. Elle nâa donc pas dâimpact sur le contenu, sauf pour sa clartĂ© dâoffre, sa conception et sa dispensation.
Lâobjectif est dâĂ©lever le niveau de certains prestataires, car, ne lâoublions pas, le but pour eux est dâobtenir des fonds publics.

Qualiopi doit ĂȘtre dĂ©livrĂ©e par un organisme certificateur accrĂ©ditĂ© ou en cours dâaccrĂ©ditation par le Cofrac. Quels sont les critĂšres dâaccrĂ©ditation pour ces organismes certificateurs ?
Les organismes certificateurs, afin dâobtenir lâaccrĂ©ditation, devront dĂ©montrer le respect total Ă la norme ISO/IEC 17065 « Ăvaluation de la conformitĂ© â Exigences pour les organismes certifiant les produits, les procĂ©dĂ©s et les services », ainsi quâaux textes rĂ©glementaires et opposables du dispositif : DĂ©cret n° 2019-564 du 6 juin 2019 relatif Ă la qualitĂ© des actions de la formation professionnelle ; DĂ©cret n° 2019-565 du 6 juin 2019 relatif au rĂ©fĂ©rentiel national sur la qualitĂ© des actions concourant au dĂ©veloppement des compĂ©tences ; ArrĂȘtĂ© du 6 juin 2019 relatif aux exigences pour l’accrĂ©ditation des organismes certificateurs prĂ©vues Ă l’article R. 6316-3 du code du travail ; ArrĂȘtĂ© du 6 juin 2019 relatif aux modalitĂ©s d’audit associĂ©es au rĂ©fĂ©rentiel national mentionnĂ© Ă l’article D. 6316-1-1 du code du travail ; Guide de lecture au rĂ©fĂ©rentiel national qualitĂ© et prochainement la FAQ.).
Une fois accrédités, quelles sont les missions des organismes certificateurs ?
Ils devront rĂ©aliser des audits au sein des locaux des prestataires en vue de dĂ©livrer les certifications Qualiopi. Pour ce faire, ils devront respecter les modalitĂ©s dâaudits prĂ©vues, ainsi que se rĂ©fĂ©rer au rĂ©fĂ©rentiel national.
Si un organisme de formation nâobtient pas la certification lors de sa premiĂšre demande. A-t-il des recours possibles ?
Il pourra dĂ©poser une nouvelle demande, mais aprĂšs 3 mois Ă compter du refus (conformĂ©ment Ă lâarticle 8 de lâarrĂȘtĂ© du 6 juin 2019 relatif aux modalitĂ©s d’audit associĂ©es au rĂ©fĂ©rentiel national mentionnĂ© Ă l’article D. 6316-1-1 du code du travail).
Pensez-vous que les certificateurs vont pouvoir faire face aux demandes massives des organismes de formation qui vont toutes vouloir dĂ©crocher la certification dâici le 1er janvier prochain ?
Nous ne pouvons pas rĂ©pondre Ă leur place, mais au vu du nombre dâorganismes certificateurs ayant reçu la recevabilitĂ© opĂ©rationnelle du Cofrac et ouvrant donc le droit pour eux de certifier selon Qualiopi, lâinquiĂ©tude se tourne plutĂŽt vers les prestataires, qui attendraient la derniĂšre minute pour dĂ©poser leur demande de certification.
Les organismes certificateurs sont prĂȘts, mais le premier retour dâexpĂ©rience dit que beaucoup de prestataires sont encore Ă lâĂ©tape de demande de devis et comptent se faire auditer au second semestre. Sans date dâaudit prise dâores et dĂ©jĂ pour le second semestre, cela risque dâĂȘtre trop juste.
Obtenir une certification peut prendre du temps, car il faut le temps de se mettre en conformitĂ©. Puis il y a la signature du contrat avec lâorganisme certificateur et la rĂ©alisation de lâaudit. Sâil y a des non-conformitĂ©s, ce qui doit arriver dans la plupart des cas, il faut compter encore du temps pour y rĂ©pondre. Ce processus peut prendre des mois et il semblerait que les prestataires ne soient pas avertis.
Par ailleurs, certains prestataires attendent un Ă©ventuel report de la date par le ministĂšre. Compter dessus est un grand risque quâil ne convient pas de courir, car nous connaissons des dispositifs oĂč les opĂ©rateurs ont pris du retard en espĂ©rant un report qui nâa pas eu lieu. Il convient donc de dĂ©poser sa demande de certification au plus vite. Les organismes certificateurs ne sont pas encombrĂ©s en ce moment. Cela pourra changer dĂšs septembre prochain.
Quel impact peut-on attendre de cette nouvelle certification sur le marché de la formation ?
Lâimpact attendu est la montĂ©e en qualitĂ© des prestataires ; câest ce quâon peut souhaiter. Les prestataires qui ne sauront pas ou ne voudront pas se mettre au niveau attendu, ne pouvant plus bĂ©nĂ©ficier des fonds publics, se verront Ă©ventuellement contraints de cesser leur activitĂ©.

Pourquoi devraient-ils obĂ©rir Ă un Etat incapable et largement incompĂ©tent en matiĂšre de formation. Avec la rĂ©forme de 2018 (et de 2014) on se rend compte que l’Etat est devenu incapable de rĂ©former ni mĂȘme de mettre en oeuvre le CPF (et de payer les OF pour le service rendu) . Les budgets mutualisĂ©s pour les entreprises de plus de 50 ayant disparu, rendre des comptes n’a plus guĂšre d’intĂ©rĂȘt car les entreprises sont dĂ©sormais quasi exclusivement des clientes des OF (oublions les OPCO ou ce ridicule CPF dĂ©sintermĂ©diĂ©…surtout dĂ©sincarnĂ©).