Accompagner dans et vers l’emploi

le dernier rapport du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), met en lumière le besoin d’accompagnement au regard des mutations actuelles du marché du travail, marqué par des transitions de plus en plus nombreuses, des passages plus fréquents entre emploi et chômage mais aussi entre différents statuts d’emploi, et l’accélération du renouvellement des besoins en compétences.

Le 9 juin 2016, le COE, a adopté un rapport sur l’accompagnement vers et dans l’emploi. Alors que l’offre d’accompagnement des actifs, en emploi ou non, est abondante et diverse, le Conseil a voulu répondre aux questions suivantes :

  • Quelle est la nature et l’intensité des besoins d’accompagnement ?
  • Quelles sont les bonnes pratiques pour favoriser le retour à l’emploi ou un meilleur positionnement sur le marché du travail ?
  • Quelles orientations devraient être mises en œuvre pour renforcer la pertinence, la qualité et l’efficacité de l’accompagnement ?

Les discussions au sein du Conseil se sont tenues sur la base d’auditions de plus de 60 spécialistes de l’accompagnement et de chercheurs, français et étrangers, ainsi que sur une revue des évaluations, françaises et internationales, de dispositifs d’accompagnement.

Les transitions au coeur de la vie professionnelle

La situation et les évolutions du marché du travail justifient un besoin et des services d’accompagnement pour l’ensemble des actifs, en emploi ou non.

Les transitions font aujourd’hui partie intégrante de la vie professionnelle, qu’il s’agisse de passage par le chômage, de changements d’entreprise, d’évolutions au sein d’une même entreprise ou de mobilités géographiques.

A noter : les jeunes de moins de 30 ans sont plus particulièrement concernés par les mouvements d’entrées et sorties dans l’emploi. Sur la période 2003-2010, ils ont représenté 54 % des entrées dans l’emploi contre 35 % pour les 30-49 ans et 11 % pour les seniors (de 50 ans ou plus). A l’inverse, 62 % des sorties de l’emploi concernaient les jeunes (contre respectivement 14 % et 23 % pour les 30-49 ans et les seniors).

Les personnes au chômage ne sont pas les seules à rechercher un emploi. D’après l’enquête emploi en continu de l’Insee, 8,5 % des personnes en emploi en 2015 souhaitaient occuper un autre emploi.

Comment définir l’accompagnement vers l’emploi ?

Le rapport apporte l’éclairage suivant : “L’accompagnement vers et dans l’emploi vise donc à fournir, au bon moment, les conseils, appuis et ressources appropriés au regard de la situation individuelle de la personne accompagnée pour l’amener – au-delà du seul retour à l’emploi – à développer son « employabilité » et à élaborer un projet professionnel cohérent à la fois avec la réalité du marché du travail et ses aspirations. L’accompagnement constitue alors un « travail conjoint, itératif, mené tout au long des rendez-vous avec la personne.”

Des attentes variées en termes d’accompagnement

Pour un salarié en place la problématique est celle de la gestion de sa carrière et la préparation de mobilités internes ou externes. Cela suppose de bien se positionner par rapport à sa filière métier et d’identifier les compétences nécessaires, spécifiques ou générales, pour évoluer dans ce métier ou, au contraire, pour en changer.

Ce dernier point est tout à fait crucial dans un contexte d’évolution très rapide des métiers et d’instabilité de l’environnement professionnel. Une étude de l’APEC montre que les cadres sont en attente de conseils, principalement dans deux domaines : leurs perspectives d’évolution professionnelle (71 %) et la situation du marché du travail (65 %). 

S’agissant des demandeurs d’emploi, une étude du Crédoc (réalisée en 2014 pour le compte de l’Unedic auprès de demandeurs d’emploi en activité réduite ou alternant périodes de chômage et d’emploi) montre que ceux-ci expriment le besoin d’une aide extérieure pour prendre du recul face à leur situation, analyser leurs forces et faiblesses dans leur démarche et apporter un supplément de connaissance des entreprises (besoins des employeurs, critères de recrutement, etc.), du secteur, du bassin d’emploi ou du territoire.

La plus-value de l’accompagnement, qui leur permettra de dépasser ces difficultés, réside dans la personnalisation de la relation avec le conseiller, l’expertise de ce dernier, l’écoute et le fait de pouvoir partager l’information et « co-construire » le plan d’actions qui les mènera à l’emploi.

Un effet globalement positif sur le retour à l’emploi des personnes accompagnées

Les évaluations existantes montrent l’existence d’un effet globalement positif des entretiens d’accompagnement à la recherche d’emploi pour les personnes accompagnées. C’est ce qui ressort notamment d’une revue de la littérature réalisée en 2012 : sur les 37 études identifiées, 30 rendent compte d’un effet positif des entretiens (ou de certains aspects de ces entretiens) entre un conseiller et un demandeur d’emploi.

Un bémol toutefois : le constat de l’efficacité des entretiens d’accompagnement et de contrôle de la recherche d’emploi est beaucoup plus mitigé pour les personnes les plus vulnérables sur le marché travail.

A noter : les résultats sont plus contrastés en ce qui concerne les effets de la dimension contrôle des entretiens d’accompagnement et des sanctions qui peuvent en découler. En effet, si les mécanismes de contrôle et de sanctions peuvent avoir des effets positifs sur le retour à l’emploi, ils peuvent également avoir des effets négatifs sur la qualité de l’emploi et le bien-être des personnes.

Les priorités identifiées par le COE

  • Tous les actifs doivent être mieux sensibilisés aux enjeux liés à la gestion de leur parcours professionnel ;
  • L’offre d’accompagnement doit s’adapter aux besoins et aux aspirations des personnes ;
  • L’accompagnement doit se fonder sur une connaissance fine et renforcée du marché du travail et de ses perspectives d’évolution, ainsi que sur l’évaluation objective des compétences et aptitudes de la personne ;
  • L’offre d’accompagnement doit être mieux connue et plus lisible ;
  • Les logiques d’accompagnement, encore largement fondées sur des approches par statut d’activité ou par prestation, doivent mieux prendre en compte la diversité des parcours et des aspirations des actifs ;
  • La professionnalisation de la fonction d’accompagnement doit se poursuivre ;
  • Les conséquences de la transformation numérique doivent être mieux intégrées dans l’offre d’accompagnement ;
  • Les pratiques d’accompagnement doivent mieux prendre en compte les résultats des travaux d’évaluation scientifique et les retours d’expérience ;
  • L’expérimentation sociale doit être encouragée ;
  • La culture de l’évaluation et du suivi de la performance doit être généralisée.

Téléchargez le rapport complet du COE :
http://www.coe.gouv.fr/Detail-Nouveaute.html?id_article=1320

1 réponse

  1. cozin dit :

    L’accompagnement des transitions professionnelles est très mal assuré en France
    – ni par l’école qui croit toujours devoir former des ingénieurs, des ouvriers et des salariés
    – ni par le CPE (Conseil en Evolution Professionnelle, une aimable plaisanterie des partenaires sociaux sur le modèle des conseillers en orientation scolaire
    – ni par les entreprises qui cherchent d’abord à sauver leur peau et n’ont pas les moyens humains d’accompagner leurs salariés (notamment les plus fragiles et les moins qualifiés)
    -ni par le code du travail qui fige les situations sociales et professionnelles et prétend qu’un emploi peut être occupé pendant 40 ans

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *