Durant 2 ans, une expérimentation relative aux « actions de formation en situation de travail » (Afest) a été menée. Quel bilan peut-on en tirer ? Quelles perspectives sont envisagées ?
La DGEFP, le Copanef, le Cnefop, le FPSPP et lâAnact viennent de publier le rapport final et la synthĂšse de lâexpĂ©rimentation relative aux Afest, Actions de formation en situation de travail. Il fait la synthĂšse de 21 projets expĂ©rimentaux conduits par 13 Opca volontaires.
Cette expĂ©rimentation officiellement lancĂ©e en novembre 2015 Ă lâinitiative de la DGEFP sâest dĂ©roulĂ©e sur une pĂ©riode de plus de 2 ans. Le rapport Ă©claire sur les conditions de rĂ©ussite et les points de vigilance pour la mise en Ćuvre des actions de formation en situation de travail.
Former prioritairement un public qui accĂšde habituellement peu Ă la formation professionnelle a Ă©tĂ© un objectif commun Ă lâensemble des projets.
Quel cadre d’expĂ©rimentation pour l’Afest ?
Le cadre dâexpĂ©rimentation vise des actions ayant pour caractĂ©ristiques :
- de se dérouler exclusivement dans des TPE-PME (moins de 300 salariés) ;
- de viser prioritairement des actifs peu qualifiés ;
- dâĂȘtre organisĂ©es autour dâun modĂšle gĂ©nĂ©rique dâalternance de deux sĂ©quences, une mise en situation organisĂ©e Ă des fins didactiques, articulĂ©e Ă un moment de recul rĂ©flexif en rupture avec le cours de lâactivitĂ© productive.
Pour quâil y ait formation en situation de travail, lâaction de formation doit sâentendre de lâorganisation dâune suite de sĂ©quences alternĂ©es et articulĂ©es :
- les unes oĂč la personne en formation est mise en situation de travail. Ces sĂ©quences sont prĂ©parĂ©es et organisĂ©es dans une visĂ©e pĂ©dagogique ;
- les autres dites rĂ©flexives, oĂč il sâagit de rendre lâactivitĂ© observable, de pouvoir la dĂ©crire, en rĂ©fĂ©rence notamment à « ce qui est Ă faire » (buts, contexte, moyens de lâaction), aux maniĂšres de faire Ă©prouvĂ©es, câest-Ă -dire aux compĂ©tences Ă dĂ©ployer en situation. Ces sĂ©quences ont pour objet le renforcement des apprentissages ; elles font elles aussi lâobjet dâune prĂ©paration et dâune organisation par le formateur.
- l’existence de supports qui constituent des rĂ©fĂ©rences extĂ©rieures Ă lâactivitĂ©, et qui servent Ă la qualifier (« traces de l’activité » et « rĂ©fĂ©rences »).
Une afest ne peut pas voir le jour sans une ingénierie préalable :
« ⹠Dâabord pour cadrer le projet et pour sâassurer a minima de conditions favorables pour lâinstaller (opportunitĂ© et faisabilitĂ©), Ă commencer par lâintention des parties prenantes (entreprise, apprenant, formateur AFEST) ;
- Puis pour conduire lâensemble des activitĂ©s permettant de faire exister les sĂ©quences de formation en situation de travail et les « supports » permettant de les organiser. Cette ingĂ©nierie est plus ou moins consĂ©quente selon lâexistant : le contexte, les ressources prĂ©sentes dans lâenvironnement de travail. »
Dans beaucoup dâexpĂ©rimentations, des efforts ont Ă©tĂ© faits pour prĂ©voir et organiser une forme dâĂ©valuation des compĂ©tences Ă atteindre, ou a minima pour acter une progression de lâapprenant (Ă©valuation formative). L’Ă©valuation Ă©tait systĂ©matique quand la formation Ă©tait certifiante. Dans les expĂ©rimentations ne dĂ©bouchant pas sur une certification, lâĂ©tape dâĂ©valuation a Ă©tĂ© facilitĂ©e par la rĂ©flexion amont sur la nature des compĂ©tences Ă dĂ©velopper et la formalisation de grilles de positionnement basĂ©es sur ces compĂ©tences.
Quels sont les atouts de l’Afest ?
LâAfest complĂšte les modalitĂ©s de formation existantes et prĂ©sente des avantages similaires aux pratiques de formation sur le tas. Cette action de formation peut ĂȘtre mobilisĂ©e comme une modalitĂ© de formation « autonome/isolĂ©e » ou ĂȘtre articulĂ©e avec dâautres modalitĂ©s (Foad, stageâŠ) dans des parcours hybrides (blended).
Les Afest se dĂ©roulent sur le lieu-mĂȘme du travail. La mise en situation de production est le matĂ©riau pĂ©dagogique de base, avec un formateur AFEST (pair ou hiĂ©rarchique) et un tiers facilitateur issu de la communautĂ© de travail.
Quelle leçon tirer de l’expĂ©rimentation Afest ?
Des situations de travail amĂ©nagĂ©es avec l’Afest
Parfois il y a nĂ©cessitĂ©, avant de mettre lâapprenant en situation de travail rĂ©elle, de lui permettre de sâentraĂźner dans des situations de travail trĂšs amĂ©nagĂ©es. Câest le cas par exemple dans des contextes oĂč le coĂ»t de la matiĂšre premiĂšre est Ă©levĂ©, oĂč lâintervention auprĂšs dâun client, avec des enjeux de sĂ©curitĂ© pour ce dernier, nĂ©cessite de sĂ©curiser a minima le droit Ă lâessai.
Afest : bien distinguer évaluation et réflexivité
Le rapport fait la lumiÚre sur une confusion courante entre réflexivité et évaluation :
« Dans la sĂ©quence rĂ©flexive, il sâagit de renforcer les apprentissages et de prĂ©cipiter lâacquisition de compĂ©tences : la sĂ©quence va contribuer Ă produire de la compĂ©tence parce que lâapprenant aura pu raisonner son action, comprendre le pourquoi de sa rĂ©ussite ou de son Ă©chec, intĂ©grer consciemment la maniĂšre de faire qui convient et en tirer des enseignements pour dâautres situations. Dans une sĂ©quence dâĂ©valuation, il sâagit de juger si la compĂ©tence est acquise ou pas. La sĂ©quence rĂ©flexive prĂ©cĂšde donc obligatoirement lâĂ©valuation. »
Prendre du recul sur sa propre activité durant une Afest
Parfois il y a nĂ©cessitĂ©, dans lâintĂ©rĂȘt de lâapprentissage, de sâĂ©loigner momentanĂ©ment de la situation de travail qui est celle de lâapprenant pour Ă©largir son horizon Ă un environnement quâil lui est utile de connaĂźtre.
Préparer le formateur à sa fonction !
Les expĂ©rimentations montrent quâil est nĂ©cessaire de prendre en compte le plus en amont possible les enjeux du salariĂ© devenant formateur, son intĂ©rĂȘt par rapport au projet de formation, ainsi que sa capacitĂ© Ă endosser ce rĂŽle, seul ou avec lâappui dâun facilitateur externe ou dâautres acteurs internes.
Quels bĂ©nĂ©fices constatĂ©s de la mise en place de l’Afest ?
- Des opérationnelles qui ont un effet sur la performance ;
- La formalisation permet de faire évoluer les pratiques des entreprises notamment en matiÚre de pratiques RH ;
- LâAFEST peut contribuer Ă parler autrement des « savoir-ĂȘtre » ;
- LâAFEST fait bouger lâorganisation du travail et les attendus du management ;
- LâAFEST contribue Ă la qualitĂ© de vie au travail ;
- Pour le formateur : développement de compétences et reconnaissance ;
- Pour le collectif de travail : renforcement et appétence pour la formation.
Consultez l’ensemble du rapport :

