« Une minorité de collaborateurs est réellement apte dans des contextes professionnels exigeants. La majorité reste en difficulté dès qu’il s’agit de sortir des échanges simples. » Cette phrase, prononcée par Guillaume le Dieu de Ville, cofondateur de Lingueo, dans une enquête du Figaro publiée le 16 mai 2026, devrait faire bondir tous les DRH et responsables formation de France.
Parce qu’elle dit une vérité que personne ne veut entendre : le niveau d’anglais affiché dans les CV de vos collaborateurs est, en grande partie, une fiction. Et à l’heure où des entreprises comme Yoobic imposent l’anglais comme langue de travail, où les Laboratoires Boiron lancent des plans massifs de montée en compétence, cette illusion devient un risque opérationnel concret.
L’enquête du Figaro, signée Frédéric de Monicault, pose le diagnostic sans détour : les compétences des salariés français en anglais sont largement surestimées. Et certains employeurs ont décidé d’arrêter de faire semblant. Décryptage d’un sujet qui ne concerne plus uniquement les multinationales, et qui devrait s’inviter dès maintenant à l’ordre du jour de votre prochain comité de direction.
Yoobic, Boiron : ce que les pionniers ont compris avant tout le monde
Fabrice Haïat, CEO de Yoobic, éditeur de logiciels de 230 collaborateurs présents en France, en Angleterre, aux États-Unis et en Israël, a tranché. L’anglais est désormais la langue de travail unique. Et il assume sans complexe une décision qui, en France, reste largement minoritaire.
Sa formule a fait le titre de l’article du Figaro : « Refuser l’anglais au nom de la protection culturelle, c’est se tromper de combat. » Pour lui, l’anglais n’est plus un choix culturel, c’est un standard, au même titre que dans la tech ou dans l’aviation. Un accélérateur, pas une contrainte.
Chez les Laboratoires Boiron, l’approche est différente, mais l’intention est la même. Pas d’imposition uniforme, mais un plan de formation massif lancé en janvier 2026 : 350 collaborateurs ciblés sur trois ans, cours en petit comité, parcours personnalisés, conversations avec l’IA, et même des déjeuners en anglais au restaurant d’entreprise. La feuille de route du directeur général Pascal Houdayer prévoit une accélération internationale. La langue suit.
Ces deux exemples ne sont pas anecdotiques. Ils signalent une bascule. L’anglais cesse d’être une option de la formation interne pour devenir un sujet stratégique de direction générale.
Le « niveau B2 sur le papier » : anatomie d’un mensonge collectif
Le cœur du problème n’est pas que les Français ne savent pas l’anglais. Le cœur du problème, c’est qu’ils croient le savoir. Et que leurs employeurs les croient aussi.
Décortiquons. Le niveau B2 du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues correspond, en théorie, à un niveau « avancé » : capacité à comprendre un débat technique dans son domaine, à s’exprimer de façon claire et détaillée, à argumenter. Sur le papier, c’est largement suffisant pour évoluer dans un environnement professionnel international.
Dans les faits, ce niveau B2 affiché recouvre des réalités très différentes. Un collaborateur peut avoir validé un test académique il y a dix ans sans avoir pratiqué depuis. Un autre peut très bien lire et écrire, mais paniquer au téléphone. Un troisième peut tenir une conversation informelle, mais s’effondrer dès qu’il faut négocier un contrat, gérer un litige client, ou défendre une position en réunion stratégique.
L’angle mort des entretiens annuels
Combien de DRH évaluent réellement le niveau opérationnel d’anglais de leurs collaborateurs lors des entretiens professionnels ? Une auto-déclaration ou un test passé il y a cinq ans ne valent rien face à une situation de négociation réelle. Cet angle mort coûte cher : opportunités commerciales perdues, recrutements internationaux ratés, projets ralentis.
Pourquoi imposer l’anglais uniformément est aussi une erreur
Le piège serait de basculer dans l’excès inverse : décréter du jour au lendemain que tout doit se faire en anglais, partout, tout le temps. Guillaume le Dieu de Ville met en garde contre cette tentation, et c’est sans doute la nuance la plus importante de l’enquête du Figaro.
Cette approche pragmatique mérite d’être détaillée, parce qu’elle est la clé d’une politique linguistique tenable. L’anglais doit être traité comme un outil professionnel, pas comme un dogme. Une équipe commerciale qui traite avec des clients allemands, espagnols et néerlandais : anglais par défaut, c’est logique. Une équipe juridique qui rédige des contrats soumis au droit français : français, évidemment. Un comité de direction avec un membre étranger : anglais, sans hésitation.
Les entreprises qui réussissent leur transition linguistique ne sont pas celles qui imposent. Ce sont celles qui cartographient les situations où l’anglais est non-négociable, et investissent massivement sur ces points précis. Le reste suit naturellement.
L’IA va-t-elle rendre l’anglais inutile ? Non, l’inverse
C’est l’objection que vous entendez forcément en comité de direction quand vous proposez d’investir dans la formation linguistique. « À quoi bon, l’IA va tout traduire en temps réel d’ici deux ans. » Cette objection, séduisante en apparence, mérite d’être démontée méthodiquement.
Reprenons l’analogie de l’aviation, citée dans l’article. Dans un cockpit, en situation de stress ou d’imprévu, aucun pilote ne va sortir un outil de traduction. La fluidité et la spontanéité sont irremplaçables. En entreprise, c’est exactement la même logique. Une négociation tendue, un client mécontent, une réunion qui dérape, un pitch devant des investisseurs : ces moments-clés ne supportent pas la médiation d’une IA.
Pire : l’IA crée un faux sentiment de sécurité. Vos collaborateurs vont s’appuyer sur elle pour les tâches simples, et perdre progressivement la pratique. Le jour où ils en auront vraiment besoin pour un moment stratégique, ils seront moins compétents qu’avant. C’est exactement ce que constatent aujourd’hui les professionnels de la formation linguistique : l’IA ne remplace pas la compétence, elle la masque.
Le paradoxe de l’IA en formation linguistique
L’IA est un excellent outil de pratique (conversations simulées, correction grammaticale, exposition à la langue). Elle est un piège quand elle est utilisée comme béquille opérationnelle au quotidien. Toute la difficulté pour un DRH est de positionner l’IA comme accélérateur d’apprentissage, pas comme substitut de compétence.
Auto-diagnostic : votre entreprise est-elle dans l’illusion B2 ?
Avant de bâtir un plan de formation linguistique, il faut savoir où vous en êtes vraiment. Voici les 10 signaux qui distinguent une politique linguistique mature d’une politique fictive. Cochez les éléments réellement en place dans votre organisation.
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Les organisations qui ne sont plus dans l’illusion partagent six pratiques structurantes. Aucune n’est révolutionnaire. Toutes sont rares.
Les 6 pratiques des politiques linguistiques matures
- Évaluation initiale opérationnelle, pas académique : tests de mise en situation réelle (négociation, présentation, réunion), pas QCM.
- Cartographie des postes critiques où l’anglais est non-négociable, avec exigence formalisée dans la fiche de poste.
- Plan de formation différencié : intensif pour les postes critiques, soutien régulier pour les autres, exposition pour tous.
- Pratique en situation avant le réel : simulations, rôles, échanges avec partenaires anglophones internes.
- Certification reconnue en sortie (type LILATE, RS de France Compétences) pour objectiver les acquis.
- Indicateurs de pilotage dans le tableau de bord RH : heures de formation, progression mesurée, taux de certification.
Cette liste ressemble à du bon sens. Pourtant, demandez à vos pairs combien d’entre eux pilotent réellement leur politique linguistique avec ces six leviers. La réponse est édifiante. La plupart des entreprises françaises gèrent l’anglais comme un sujet de formation parmi d’autres, alors qu’il devrait être traité comme un sujet de transformation.
L’anglais comme avantage concurrentiel : le moment de décider
Revenons à Fabrice Haïat et sa formule : « Une entreprise n’est pas là pour optimiser le confort, elle est là pour performer. » Cette phrase peut paraître brutale. Elle dit pourtant une réalité que les DRH connaissent bien : à compétences techniques égales, ce sont les compétences linguistiques qui font la différence sur les marchés internationaux.
Un commercial qui négocie en anglais avec aisance signe des contrats que son concurrent francophone laisse passer. Un ingénieur qui peut piloter une équipe internationale en distanciel ouvre des collaborations que son pair monolingue ne peut même pas envisager. Un dirigeant qui parle anglais dans les comités sectoriels européens influence des décisions qui pèsent sur son entreprise.
À l’inverse, une entreprise qui repousse le sujet de cinq ans s’expose à trois risques majeurs : perdre ses talents internationaux qui partiront chez des concurrents plus matures linguistiquement, rater des marchés export par incapacité opérationnelle, et voir ses collaborateurs prendre du retard quand l’IA aura élevé le standard d’exigence.
Sortez votre entreprise de l’illusion B2
Vous suspectez que le niveau d’anglais affiché par vos collaborateurs ne reflète pas leur capacité opérationnelle réelle. Vous avez raison. Lingueo accompagne les DRH et Responsables Formation qui veulent transformer leur politique linguistique en avantage concurrentiel.
L’anglais n’est plus une compétence, c’est une infrastructure
La prise de parole de Guillaume le Dieu de Ville dans Le Figaro, et les témoignages de Yoobic et Boiron, dessinent un même constat. Le sujet de l’anglais en entreprise n’est plus un sujet de formation. C’est un sujet d’infrastructure stratégique, au même titre que la cybersécurité, le digital ou la conformité.
Les entreprises qui continueront à traiter l’anglais comme un cours en option dans leur plan de formation interne prendront un retard structurel sur leurs concurrentes. Celles qui acceptent de regarder en face l’illusion B2, qui cartographient leurs vrais besoins, qui investissent sur les postes critiques et qui certifient leurs acquis, en feront un avantage concurrentiel durable.
Le moment de décider, c’est maintenant. Pas dans deux ans, quand l’IA aura déjà rebattu les cartes du marché international. L’anglais ne se rattrape pas en six mois. Il se construit. Et chez Lingueo, depuis 19 ans, nous accompagnons les organisations qui ont décidé d’en faire un levier de performance, pas un poste de coût.
