Présenté en Conseil des ministres ce 1er octobre 2026, le projet de loi de finances pour 2027 change la logique du compte personnel de formation. La participation du titulaire ne serait plus la même pour tous. Elle varierait selon que la formation sert, ou non, les priorités fixées par l’État. Pour les DRH, l’enjeu dépasse le montant du reste à charge : le CPF devient un outil d’orientation, adossé au projet professionnel du salarié. Ce que prévoit l’article 89, qui échapperait à la majoration, ce qui reste à trancher, et comment s’y préparer sans attendre les décrets.
- Le PLF 2027 crée une participation de base et une participation majorée pour les formations hors priorités de l’État.
- Le texte ne fixe aucun montant. Ils relèveront d’un décret en Conseil d’État. D’ici là, la participation reste à 150 €.
- Demandeurs d’emploi, bilan de compétences, VAE, transition professionnelle, métiers en tension et secteurs prioritaires échapperaient à la majoration.
- À partir de 2028, le projet professionnel déclaré sur Mon Compte Formation deviendrait une condition pour certaines exonérations.
Article 89 : la fin du reste à charge unique
Depuis mai 2024, tout titulaire qui mobilise son CPF verse une participation forfaitaire. Fixée à 100 € à l’origine, puis indexée, elle a été portée à 150 € pour les demandes effectuées depuis le 2 avril 2026. Le montant est aujourd’hui le même, quelle que soit la formation choisie.
L’article 89 du PLF 2027 rompt avec ce principe. Il prévoit une participation de base, majorée lorsque la formation n’entre pas dans les priorités définies par l’État. La liste des certifications prioritaires serait fixée par arrêté du ministre chargé de la formation professionnelle.
Le gouvernement affiche deux objectifs. Le premier : mieux relier chaque formation au projet professionnel de son titulaire. Le second, plus prosaïque : dégager environ 350 millions d’euros d’économies sur le CPF dès 2027.
Ce n’est donc pas une réforme du droit à la formation. C’est une réforme de son prix d’accès, utilisée comme levier d’orientation.
Un projet de loi n’est pas du droit en vigueur. L’article 89 doit encore être examiné par l’Assemblée nationale puis par le Sénat. Les montants dépendront d’un décret en Conseil d’État, la liste des priorités d’un arrêté. La presse a évoqué une participation majorée à 350 €, mais ce chiffre ne figure pas dans le texte déposé. Tant que les textes d’application ne sont pas publiés, aucun montant ne doit être annoncé aux salariés comme acquis.
| Sujet | En vigueur aujourd’hui | Ce que prévoit le PLF 2027 |
|---|---|---|
| Participation du titulaire | 150 €, montant unique | Participation de base + participation majorée hors priorités |
| Fixation des montants | Décret publié | Décret en Conseil d’État à venir |
| Formations prioritaires | Aucune liste | Liste fixée par arrêté ministériel |
| Projet professionnel | Non contrôlé | Questionnaire en ligne, condition d’exonération à partir de 2028 |
| Travailleurs en ESAT | Participation due | Exonération totale |
Qui échapperait à la majoration
Le texte dresse la liste des situations dans lesquelles la participation ne serait pas majorée. Elles dessinent la carte des priorités de l’État.
Le texte maintient par ailleurs l’exonération existante en cas de financement complémentaire d’un montant au moins égal à la participation, et ajoute les organismes consulaires à la liste des financeurs pouvant compléter un CPF.
2028 : le projet professionnel devient une condition
C’est le changement le plus structurant, et le moins commenté. À partir du 1er janvier 2028, les deux dernières catégories d’exonération, métiers en tension et secteurs prioritaires, seraient soumises à une condition supplémentaire : la formation devra correspondre au projet professionnel déclaré par le titulaire.
Cette déclaration passerait par un questionnaire en ligne sur Mon Compte Formation. Si la formation ne colle pas au projet déclaré, deux options : être orienté vers un conseil en évolution professionnelle, ou mobiliser son CPF en acquittant la participation majorée.
Le CPF reste un droit personnel. Le titulaire garde la main. Mais pour la première fois, l’État lui demande de justifier son choix, et fait payer davantage celui qui ne le justifie pas.
Le vrai sujet n’est pas le montant, c’est la cohérence. Une formation en apparence non prioritaire pourra être mieux traitée si elle s’inscrit clairement dans un projet professionnel déclaré et lié à un métier en tension. Les salariés qui auront construit ce projet en amont, avec leur employeur, seront avantagés. Les autres découvriront la règle au moment de valider leur inscription.
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Compétences transversales : la zone grise
La liste des secteurs prioritaires vise des filières. Elle ne cite pas les compétences transversales en tant que telles : langues, management, bureautique, communication. Or ce sont précisément les formations que les salariés mobilisent le plus souvent sur leur CPF.
Leur sort dépendra de deux éléments encore inconnus. D’abord, la rédaction de l’arrêté fixant les certifications prioritaires. Ensuite, la manière dont le questionnaire reliera une formation transversale à un métier en tension ou à un secteur prioritaire. Un technicien de maintenance industrielle qui se forme à l’anglais technique n’est pas dans la même situation qu’un salarié qui suit la même formation sans projet identifié.
Pour l’entreprise, la conséquence est simple : plus le lien entre la formation et le métier est documenté, plus le dossier du salarié sera solide.
L’entretien de parcours professionnel, pivot du nouveau CPF
Depuis le 1er octobre 2026, l’entretien de parcours professionnel remplace l’entretien professionnel. Le calendrier tombe bien. C’est le moment naturel pour construire avec le salarié un projet de formation cohérent, précisément ce que le futur questionnaire CPF cherchera à vérifier.
L’entreprise ne décide pas à la place du salarié : l’employeur ne peut pas imposer l’utilisation du CPF. Mais elle peut l’aider à formuler un projet clair, à identifier les certifications utiles à son évolution, et à faire le lien avec les besoins de compétences de l’organisation.
Ce que les DRH peuvent faire dès maintenant
Les montants sont inconnus, mais la direction est claire. Plusieurs chantiers peuvent démarrer sans attendre les décrets.
- Cartographier vos métiers en tension et vos activités prioritaires. Industrie, numérique, transition écologique, médico-social : identifiez les postes de votre organisation qui relèvent de ces catégories.
- Relier plan de développement des compétences et projets individuels. Les formations utiles à l’entreprise et cohérentes avec le parcours du salarié seront les mieux traitées.
- Adapter la trame de l’entretien de parcours. Ajoutez une rubrique dédiée au projet de formation et aux certifications visées.
- Former les managers. Ce sont eux qui recevront les premières questions des équipes.
- Informer sans promettre. Expliquez la logique de la réforme, sans annoncer de montant tant que le décret n’est pas paru.
- Organiser une veille. Débats parlementaires, décret, arrêté : désignez qui suit le dossier.
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Le texte pose un cadre. Les paramètres qui comptent viendront plus tard :
- le montant de la participation de base et celui de la participation majorée ;
- la liste des certifications considérées comme prioritaires ;
- le contenu du questionnaire et la façon dont il appréciera la cohérence d'un projet ;
- les modalités précises des exonérations ;
- le calendrier d'application, qui peut évoluer au fil des débats parlementaires.
Le parcours parlementaire peut aussi modifier l'architecture du dispositif. Les arbitrages de l'automne seront à suivre de près.
En résumé
Le PLF 2027 ne supprime aucun droit. Il change la façon de les exercer. Le CPF passerait d'un droit uniforme à un droit modulé, qui récompense les formations alignées sur les priorités de l'État et sur un projet professionnel déclaré.
Pour les entreprises, le message est clair : le CPF se pilotera de plus en plus en amont, dans l'entretien de parcours et dans le plan de développement des compétences. Les organisations qui aident leurs salariés à construire un projet cohérent dès maintenant seront les mieux placées quand les décrets tomberont.
Chez Lingueo, nous accompagnons depuis 2007 les entreprises dans la formation et la certification de leurs collaborateurs. CPFormation suivra chaque étape du texte, du vote au décret.
Questions fréquentes
La participation CPF augmente-t-elle dès maintenant ?
Combien coûtera la participation majorée ?
Quelles formations seront prioritaires ?
Qu'est-ce que le questionnaire de projet professionnel ?
L'employeur peut-il imposer l'utilisation du CPF ?
- Projet de loi de finances pour 2027, article 89 et exposé général des motifs, présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026.
- Service-public.fr, CPF : la participation forfaitaire obligatoire augmente, mis à jour le 2 avril 2026.
- Les Échos, révélations sur le projet de budget 2027, 23 septembre 2026.
