Le projet de loi de finances pour 2027 est présenté ce jeudi 1er octobre en Conseil des ministres. Trois jours plus tôt, les deux organisations patronales représentatives de la branche des organismes de formation, Les Acteurs de la compétence et le Synofdes, ont pris la parole ensemble à Paris. Leur constat : la filière aborde ce budget dans l’état le plus fragile qu’elle ait connu, et les mesures annoncées sur le CPF, les Pric et l’apprentissage devraient accentuer la contraction.
- Les deux fédérations patronales de la formation parlent d’une seule voix, fait rare, à la veille du PLF.
- CPF : reste à charge envisagé à 350 euros pour les formations non prioritaires, questionnaire préalable sans cadre, enveloppe en baisse.
- Les crédits Pric de l’État devraient tomber à zéro en 2027.
- Les paramètres clés du CPF relèvent du décret : ils pourraient échapper au vote parlementaire.
Chiffres avancés par l’exécutif et les organisations professionnelles, avant publication du PLF.
Deux organisations, un même calendrier
Les deux structures ne représentent pas le même monde. Les Acteurs de la compétence fédèrent des entreprises de formation, CFA et écoles, et adhèrent à la Fédération Syntec, au Medef et à la CPME. Le Synofdes porte la voix des organismes de l’économie sociale et solidaire. Elles n’ont pas toujours été alignées, notamment sur les questions de représentativité.
Leur conférence de presse commune du lundi 28 septembre, rapportée par AEF info, a donc valeur de signal. Le moment est choisi : juste avant le dépôt du PLF, alors que le ministère du Travail est annoncé comme le premier contributeur à l’effort budgétaire de l’État en 2027, avec 2,5 milliards d’euros d’économies selon l’exécutif.
« Jamais aussi grave »
Il évoque des fermetures, des plans sociaux et des demandes de rapprochement qui toucheraient désormais les plus gros acteurs et les CFA historiques.
Ce que disent les enquêtes des deux organisations
Chaque organisation a interrogé ses adhérents dans les semaines précédentes. Les résultats, présentés oralement, n’ont pas été publiés dans leur intégralité à ce stade.
| Organisation | Échantillon | Principaux résultats |
|---|---|---|
| Synofdes | 80 adhérents, septembre 2026 | 80 % déclarent un impact fort des restrictions budgétaires. 39,2 % ont supprimé des emplois depuis janvier 2026. 54,4 % envisagent d’en supprimer dans les prochains mois. |
| Les Acteurs de la compétence | 200 adhérents, juin 2026 | 50 % jugent la pérennité de leur structure fragilisée. 38 % font face à des difficultés d’effectifs. 17 % signalent des difficultés de financement bancaire. 65 % estiment devoir investir pour maintenir ou développer leur activité. |
À lire avec prudence. Ces données sont déclaratives et portent sur des échantillons restreints. Elles rejoignent toutefois le baromètre publié par le Synofdes en février 2026, qui faisait déjà état de réductions d’activité pour plus de la moitié des organismes interrogés.
CPF : trois points de vigilance
1Un reste à charge modulé
Selon les organisations, le gouvernement envisage de porter la participation forfaitaire obligatoire (PFO) à 350 euros pour les formations jugées non prioritaires. Elle resterait à 150 euros pour la VAE et le bilan de compétences, avec des exonérations élargies pour les secteurs en tension et les formations stratégiques. Philippe Genin, coprésident du Synofdes, fait état d’une possible révision à 300 euros, qui resterait le double du niveau actuel.
Pour Yves Hinnekint, un tel montant ferait obstacle au départ en formation d’une partie des actifs, dans la continuité des effets déjà produits par le plafonnement des droits mobilisables en début d’année. Il invoque le précédent du DIF, dispositif abandonné faute d’usage.
2Un questionnaire préalable encore sans cadre
Autre mesure évoquée : un questionnaire soumis aux titulaires dont le projet serait jugé « insuffisamment consolidé ». Le Synofdes pose quatre questions restées sans réponse à ce jour :
Les deux organisations demandent que le dispositif ne devienne pas une autorisation préalable de fait.
3Une enveloppe en baisse
Yves Hinnekint affirme que l’enveloppe consacrée au CPF serait passée de plus de 2 milliards d’euros à 1,3 milliard, avec une trajectoire vers 1 milliard. Le périmètre exact de ce chiffrage n’a pas été précisé.
Le PLF ne tranchera pas tout. Le montant de la participation forfaitaire obligatoire est fixé par décret. La liste des formations prioritaires ou exonérées relèvera a priori d’un texte réglementaire distinct. Quant au questionnaire préalable, aucun texte n’a été publié.
Autrement dit : les paramètres qui détermineront concrètement l’accès au CPF en 2027 pourraient ne pas figurer dans le projet de loi présenté jeudi, ni faire l’objet d’un vote parlementaire.
Formation des demandeurs d’emploi : la fin des Pric
Autre coupe déjà annoncée pour 2027 : la suppression de l’enveloppe de l’État dédiée aux pactes régionaux d’investissement dans les compétences. Selon Muriel Pécassou, coprésidente du Synofdes, ces crédits sont passés de plus d’un milliard d’euros en 2025 à 527 millions en 2026, et devraient tomber à zéro en 2027.
Soit plus d’un demi-milliard supplémentaire en moins pour la formation des publics les plus éloignés de l’emploi. Le Synofdes souligne un effet cumulé avec le retrait de certaines régions, qui n’avaient pas signé de pacte ou s’en sont retirées. Il rappelle en parallèle la prévision de la Banque de France d’un taux de chômage à 8,3 % pour 2026.
Apprentissage : un reflux qui se confirme
Les entrées en apprentissage ont reculé de 2,2 % au premier semestre sur un an, selon la Dares. Yves Hinnekint fait état de baisses plus marquées selon les segments :
Le gouvernement a annoncé la préservation, dans le PLF 2027, des crédits consacrés aux niveaux de prise en charge des contrats et aux aides à l’embauche. Les organisations demandent une stabilisation des règles sur trois à quatre ans et alertent sur un risque de concentration de l’offre dans les grandes métropoles, au détriment des territoires moins denses.
Ce qu’il faudra lire dans le PLF jeudi
- Les crédits de la mission Travail et emploi, et la répartition de l’effort de 2,5 milliards d’euros entre formation, apprentissage et politiques de l’emploi.
- La présence ou non d’un article législatif sur la modulation du reste à charge CPF.
- La confirmation de la suppression des crédits Pric.
- Le sort des dotations de l’État aux régions au titre de l’apprentissage.
- Les moyens consacrés à la lutte contre la fraude, que le ministère du Travail annonce renforcés.
L’examen en séance à l’Assemblée nationale doit débuter mi-octobre. CPFormation suivra chaque étape.
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Échanger avec nos experts →- AEF info, « Les Acteurs de la compétence et le Synofdes alertent à l’unisson sur l’état critique de la filière Formation », dépêche n°757467, 28 septembre 2026.
- Dares, entrées en apprentissage au premier semestre 2026, citées par AEF info.
- Synofdes, Baromètre des organismes de formation 2025-2026, février 2026.
- Banque de France, projection de taux de chômage 2026, citée par le Synofdes.
