Zoom sur les Ă©changes de la journĂ©e dâĂ©tude organisĂ©e par le CĂ©req sur la thĂ©matique « Parcours professionnels et formation : des liens renouvelĂ©s » (dĂ©cembre 2018) dont les actes viennent d’ĂȘtre publiĂ©s dĂ©but mars 2019.
En dĂ©cembre 2018, la journĂ©e dâĂ©tude organisĂ©e par le CĂ©req avait pour objet dâĂ©clairer sur les « Parcours professionnels et formation : des liens renouvelĂ©s ». « . Elle sâest dĂ©roulĂ©e en suivant 3 sessions thĂ©matiques :
- Apprendre au travail : la part du formel et de lâinformel,
- La formation comme liberté professionnelle
- A quoi sert la formation continue ?
Elle sâappuie sur les rĂ©sultats des 3 premiĂšres vagues de lâenquĂȘte Defis en les mettant en regard des orientations de la rĂ©forme de 2018 en cours de dĂ©ploiement.
A voir en vidĂ©o : JournĂ©e d’Ă©tude CNEFP/CĂ©req
Intervention de Emmanuel de Lescure & Muriel Letrait : « Le non-accÚs à la formation : quels profils ? »
JournĂ©e d’Ă©tude organisĂ©e le 7 dĂ©cembre 2018 par le Conseil national de l’Ă©valuation de la formation professionnelle (CNEFP) et le Centre d’Ă©tudes et de recherches sur les qualifications (CĂ©req) sur le thĂšme « Parcours professionnels et formation : des liens renouvelĂ©s »
La formation comme liberté professionnelle
Une table-ronde a été organisée sur le thÚme « La formation comme liberté professionnelle ». Plusieurs experts ont échangé sur le sujet :
- Jean-Louis Dayan, président de session, ancien directeur du CEE, CNEFP
- Bruno Bertoli, Grand témoin, ancien responsable du dispositif de professionnalisation du réseau des Fongecif
- Jean-Marie Dubois, Jean-Claude Sigot, Céreq
- Emmanuel de Lescure, Muriel Letrait, CERLIS (UMR 8070), Université Paris Descartes.
Il sâagissait de sâinterroger sur cette libertĂ© que devrait ĂȘtre la formation, sachant que la Loi de septembre 2018 fait reposer la libertĂ© de choisir son avenir professionnel sur la formation et lâinitiative individuelle pour y accĂ©der.
Pourquoi les salariés souhaitent-ils se former ?
Durant cette journĂ©e d’Ă©tude, Jean-Marie Dubois et Jean-Claude Sigot se sont penchĂ©s sur les aspirations professionnelles associĂ©es au souhait de se former :
 » Les souhaits de formation varient trĂšs peu selon la catĂ©gorie professionnelle. En effet, les employĂ©s de commerce sont 72 % Ă exprimer le souhait de se former dans les cinq annĂ©es Ă venir, soit autant que les cadres. Dans lâensemble, le souhait dâĂȘtre formĂ© est trĂšs liĂ© Ă la volontĂ© dâune part de faire Ă©voluer son activitĂ© et dâautre part de prendre davantage de responsabilitĂ©s. En revanche, les ouvriers non qualifiĂ©s et les employĂ©s du commerce qui veulent se former aspirent davantage Ă changer de mĂ©tier ».
Quel écart entre les souhaits de formation et les demandes de formation ?
Si 72 % des cadres et des employés expriment le souhait de se former, seuls 50 % des cadres en font finalement la demande, et 23 % des employés. Pour les ouvriers, on passe de 60 % de souhait à 19 % de demandes effectives de formation.
« Le contexte de lâentreprise et ses pratiques de formation et plus largement de gestion des ressources humaines, est fondamental pour expliquer ces disparitĂ©s en matiĂšre de demandes de formation. Ils traduisent les possibilitĂ©s dâun dialogue entre le salariĂ© et son employeur au sujet de lâĂ©volution professionnelle du salariĂ©. LâenquĂȘte Defis montre notamment que participation individuelle et reprĂ©sentation collective concourent Ă accroĂźtre lâexpression des demandes de formation. »
La demande de formation semble dâailleurs en lien avec lâimplication du salariĂ© dans le choix de cette formation :
« En sâintĂ©ressant plus particuliĂšrement au volet « salariĂ© » de lâenquĂȘte, on observe que la part des salariĂ©s ayant formulĂ© une demande de formation augmente nettement lorsque ceux-ci ont la possibilitĂ© de modifier le contenu des formations et lorsquâils ont la possibilitĂ© dâĂ©voquer leurs besoins de formation au cours des entretiens professionnels. »
Bon Ă savoir : dans 80 % des cas, les thĂšmes de la formation et des perspectives de carriĂšre sont abordĂ©s au cours de lâentretien professionnel. Câest deux fois plus souvent le cas lorsque le salariĂ© a exprimĂ© au prĂ©alable le souhait de se former, et 30 % de fois plus souvent lorsque le salariĂ© a exprimĂ© le souhait de prendre davantage de responsabilitĂ©s, sauf lorsque lâindividu souhaite changer de mĂ©tier ou de profession.
Quels profils nâaccĂšdent pas Ă la formation ?
Le non-accÚs à la formation a été étudié par Emmanuel de Lescure et Muriel Letrait. Ils ont établi une typologie de profils de salariés non accédant à la formation :
- Les « satisfaits » (36 %) veulent conserver leur situation et nâenvisagent pas de faire Ă©voluer le contenu de leur activitĂ©, ou accĂ©der Ă de nouvelles responsabilitĂ©s. Ils ne souhaitent pas se former dans les 5 annĂ©es Ă venir.
- Les « ambitieux empĂȘchĂ©s » (30 %) expriment un dĂ©sir de changement, mais sont pessimistes quant Ă sa rĂ©ussite et ont finalement peu dâespoir dans leur entreprise.
- Les « confiants » (14 %) pensent ĂȘtre promis Ă un avenir radieux, et avoir de bonnes chances dâaugmentation et de promotion. Pour autant, ils ont trĂšs rarement fait des demandes de formation, alors quâils considĂ©raient pouvoir le faire. Ils ne souhaitent pas changer de mĂ©tier, de profession ou dâemploi.
- Pour « les trĂšs mĂ©contents » (11 %) rien ne va dans leur entreprise. Ils jugent leur travail pĂ©nible et inintĂ©ressant, et leur paie insuffisante. Ce sont des personnes qui ont, davantage que les autres, vĂ©cu un Ă©vĂ©nement personnel rĂ©cent. Par rapport aux individus des autres classes, ce sont aussi plus souvent des jeunes, des femmes, qui travaillent plus souvent Ă temps partiel, sans lâavoir choisi, dans de grandes entreprises qui dĂ©pensent pour la formation entre 2 et 4 % de leur masse salariale et qui ont un service dĂ©diĂ© Ă la formation.
- Les « volontaires » (9 %) font de la formation et souhaitent en suivre une dans les 5 annĂ©es Ă venir. Leur ambition passe par la formation. Tous ont demandĂ© une formation, mais sans y avoir eu accĂšs et semblent le regretter. Ce qui les distingue de la classe des « ambitieux empĂȘchĂ©s », câest dâabord le fait quâils travaillent dans un environnement beaucoup plus favorable Ă la formation : « Pourquoi pas moi ? » semblent-ils interroger.
Par ailleurs, lâĂ©tude de la demande de formation dans les 12 derniers mois montre que dans les classes des « ambitieux empĂȘchĂ©s » et dans la classe des « satisfaits », personne nâa demandĂ© de formation. Au contraire, tous les individus de la classe des « volontaires » en ont demandĂ© une. Dans les classes « trĂšs mĂ©contents » et « confiants », la demande de formation a Ă©tĂ© trĂšs peu frĂ©quente.
Actes de la JournĂ©e dâĂ©tude : http://www.cereq.fr/actualites/Parcours-professionnels-et-formation...



La formation est essentiellement un vĆu pieux en France et la plupart des Ă©tudes ne s’appuient que sur des dĂ©clarations d’intention, pas la rĂ©alitĂ© Ă©ducative en entreprise.
En matiĂšre de formation (comme dans d’autres domaines touchant Ă l’Ă©ducation et Ă l’implication) il y a loin de la coupe aux lĂšvres : dans les dĂ©clarations tout le mode « adore » la formation mais dans les faits, les salariĂ©s ne s’impliquent que rarement et durablement dans un trajet ou un parcours Ă©ducatif. La meilleure illustration est la formation hors temps de travail.
En principe chacun dispose de centaines d’heures de disponibles pour apprendre, la ressource Ă©ducative est abondante et bon marchĂ© (gratuite souvent sur Internet) mais :
1) les salariés refusent dans leur immense majorité (et malgré leurs RTT) de se former sur leur temps libre (ne parlons pas de financer leur propre formation)
2) les salariĂ©s s’ils ne sont pas sollicitĂ©s et accompagnĂ©s par leur employeur ne demandent pas leur CPF (ni leur DIF autrefois). L’application promise pour se former via son Smartphone sera un Ă©chec car outre le fait qu’elle ne connaĂźt pas les contraintes du travail elle part du principe (faux) que la formation ressemble Ă l’Ă©cole, que l’employeur peut ĂȘtre Ă©vincĂ© du processus (il l’est trĂšs marginalement, rappelons que le faible dĂ©veloppement de l’ancien CIF Ă©tait d’abord liĂ© Ă la faible demande de reconversion par les salariĂ©s).
C’est bien la preuve Ă©clatante que sans de fortes incitations sociales (des droits au chĂŽmage diminuĂ©s par exemple) la formation restera encore longtemps un vĆu pieux en France.