Le Paritarisme
Antoine Foucher, actuel Directeur de Cabinet de la ministre du Travail et ex-directeur gĂ©nĂ©ral adjoint chargĂ© des affaires sociales a Ă©tĂ© auditionnĂ© en avril 2016 dans le cadre d’une mission dâinformation sur le paritarisme Ă l’AssemblĂ©e nationale. Quelle vision du paritarisme dĂ©fendait-il ?
Dans le cadre d’une mission dâinformation sur le paritarisme Ă l’AssemblĂ©e nationale, Antoine Foucher, alors directeur gĂ©nĂ©ral adjoint chargĂ© des affaires sociales, a Ă©tĂ© auditionnĂ© en avril 2016 pour dĂ©battre de l’Ă©volution possible du paritarisme.
Voici son intervention portant sur le paritarisme :
 » Il me semble paradoxal de citer la formation comme exemple du conservatisme paritaire au vu de la derniĂšre rĂ©forme qui a Ă©tĂ© conduite et transposĂ©e dans la loi. Câest au contraire lâexemple dâune rĂ©forme nĂ©gociĂ©e par les partenaires sociaux, qui a redessinĂ© les fondements dâun systĂšme qui datait de 1971.
Deux principes ont Ă©tĂ© au fondement de cette refonte : la libertĂ© et la responsabilitĂ© des salariĂ©s et des entreprises. Elle sâest traduite par la fin de lâobligation fiscale, qui est un changement structurel dont nous nâavons pas fini de voir les impacts sur les OPCA et les organismes de formation deux ans plus tard ; et par la crĂ©ation du premier droit totalement portable dans notre pays : le compte personnel de formation.
Si lâhonnĂȘtetĂ© oblige Ă reconnaĂźtre que la mise en Ćuvre est un peu laborieuse, cela tient Ă deux raisons. Pour le CPF des salariĂ©s, il est compliquĂ© de mettre en place un systĂšme efficient en un an alors que le systĂšme prĂ©cĂ©dent durait depuis quarante ans. Sur les demandeurs dâemploi, nous touchons Ă un sujet qui nâa rien Ă voir avec le paritarisme, câest la multiplicitĂ© des acteurs compĂ©tents en matiĂšre de formation professionnelle : PĂŽle emploi, les rĂ©gions et les partenaires sociaux. Si nous voulions aller vers une assurance-formation gĂ©rĂ©e par un organisme central, quâil soit paritaire ou gĂ©rĂ© par lâEtat, nous nous heurterions Ă la dĂ©centralisation de la formation professionnelle.
La rĂ©cente rĂ©forme de la formation professionnelle plaide plutĂŽt en faveur du fait que le paritarisme est capable de se rĂ©former structurellement et de refonder le systĂšme sur lequel il est appuyĂ©, pour moderniser son appareil de formation au service des entreprises et des salariĂ©s. Mais encore une fois, on ne change pas en un an et demi un systĂšme vieux de quarante ans. «Â
(…)
Le rapporteur :
« Vous nâavez pas de perspectives Ă court ou moyen terme pour faire Ă©voluer le systĂšme, en termes de fusion de rĂ©gimes ou de rĂ©organisation de lâarchitecture ? Pour lâassurance-chĂŽmage, on pourrait imaginer un systĂšme sur le modĂšle de ce qui existait dans les annĂ©es quatre-vingt : un rĂ©gime de base financĂ© par lâEtat et un rĂ©gime proportionnel au salaire gĂ©rĂ© par les partenaires sociaux de maniĂšre plus autonome. Cela nâentre pas dans vos rĂ©flexions actuelles ?
Comment faut-il comprendre les rĂ©cents propos du prĂ©sident du MEDEF faisant le lien entre la loi « travail » et lâassurance-chĂŽmage ? Il a dĂ©clarĂ© que si la loi Ă©tait dĂ©naturĂ©e par rapport Ă ses premiĂšres versions, le patronat envisageait de ne plus participer Ă la gestion de lâassurance-chĂŽmage. Faut-il comprendre, au-delĂ du mouvement dâhumeur du moment, que le patronat français ne tient pas Ă gĂ©rer ce rĂ©gime et quâil considĂšre plus cela comme une contrainte que comme une responsabilitĂ© quâil souhaite vraiment assumer ?
RĂ©ponse d’Antoine Foucher :
« En rĂ©ponse Ă votre premiĂšre question, deux rĂ©flexions nous animent. La premiĂšre est de lier plus systĂ©matiquement la responsabilitĂ© et le type de financement. LĂ oĂč le financement d’un rĂ©gime est uniquement assurĂ© par des cotisations, les partenaires sociaux ont toute lĂ©gitimitĂ© Ă gĂ©rer de maniĂšre totalement autonome, sans agrĂ©ment, accord ou transposition dans la loi. LĂ oĂč existe un rĂ©gime mixte, le tripartisme se justifie davantage, et puisque dans ces situations, lâEtat a le dernier mot, la pertinence de la prĂ©sence des partenaires sociaux peut mĂȘme ĂȘtre mise en question. La premiĂšre ligne de partage tient donc au mode de financement, qui commande la responsabilitĂ©, et donc le mode de gouvernance.
Une deuxiĂšme ligne de rĂ©flexion a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e par M. Jean-Patrick Gille : nous allons vers une universalisation des droits, en cohĂ©rence avec un monde du travail plus mouvant et des carriĂšres plus hachĂ©es, le travailleur passant dâun statut Ă un autre. Il faut attacher les droits aux personnes, et non plus aux statuts. Les autres pays lâont fait, la France a commencĂ©, il faut aller beaucoup plus loin. Cela pourrait justifier un systĂšme Ă deux Ă©tages pour les principaux droits sociaux : un mĂȘme socle pour tout le monde, financĂ© par lâEtat, et pour les salariĂ©s du privĂ©, une contribution assise sur le travail.
Mais Ă ce stade, mĂȘme les retraites ne fonctionnent pas comme cela, puisquâil nây a pas de socle commun Ă lâensemble des actifs en France. Câest une piste dâĂ©volution qui a sa cohĂ©rence intellectuelle, politique et financiĂšre, mais qui ne fait pas lâobjet dâune position ferme et arrĂȘtĂ©e du MEDEF pour le moment, car les branches qui constituent le MEDEF nâont pas forcĂ©ment les mĂȘmes positions et que les enjeux sont trĂšs importants. Ces deux pistes de rĂ©flexions sont toutefois cohĂ©rentes Ă moyen ou long terme. »

Incroyable l’ancien rapporteur de la loi de 2014, celui qui a plantĂ© la formation avec les socialistes, qui a perdu son poste de dĂ©putĂ© en juin dernier et qui prĂ©tendait refonder la formation pour les 40 prochaines annĂ©es, celui-lĂ mĂȘme donne encore des leçons au monde de la formation ! plus c’est gros plus ça passe sans doute