En France, 36 % des adultes bĂ©nĂ©ficient chaque annĂ©e d’une action de formation. Pour booster l’accès en formation, l’individu doit devenir pleinement acteur de son choix de formation et de sa mise en oeuvre. Est-ce la fin annoncĂ©e de l’intermĂ©diation dans la formation ?
Le système actuel de la formation professionnelle s’appuie sur un mĂ©canisme complexe de financements publics, de certifications, d’organismes d’accompagnement, de services RH, de pilotage par les partenaires sociaux, etc.
La formation professionnelle bénéficie chaque année à 17 millions d’individus sur une population totale de 47 millions de personnes (population âgée entre 15 et 65 ans pouvant prétendre à une formation).
En quoi les annonces de la Ministre sur la rĂ©forme de la formation professionnelle remettent-elles en cause l’intermĂ©diation ?
Sans intermĂ©diaire, plus de libertĂ© pour l’apprenant
Pour investir massivement dans les compétences, il faut donner plus de liberté à chaque individu de choisir sa formation et de construire son parcours professionnel selon un rythme qui lui est propre.
Le rapport FFP/Berger d’octobre 2017 mentionnait
« qu’en France seulement 36 % des adultes bĂ©nĂ©ficient chaque annĂ©e d’une action de formation contre 53 % en Allemagne et 56% au Royaume-Uni. (…) L’intermĂ©diation actuelle du secteur Ă©conomique de la formation, qui empĂŞche l’exercice d’une saine et loyale concurrence entre les entreprises de formation, freine une rĂ©ponse rapide et adaptĂ©e aux besoins de chacun. »
Le rapport FFP/Berger pointe du doigt un atout majeur pour développer l’envie de chacun de se former : en améliorant le taux d’accès à la formation professionnelle de 1 %, le gain engendré pour l’économie est de 7,4 milliards d’euros.
Et si dans un avenir plus ou moins proche, on dĂ©veloppait un système de formation sans intermĂ©diaire, Ă l’image du secteur de la santĂ©, avec une partie prise en charge par un financement collectif … comme le CPF actuel ?
La monĂ©tisation, annoncĂ©e par la Ministre du Travail dans son projet de rĂ©forme de la formation professionnelle devrait assurer une Ă©quitĂ© de financement des formations pour chacun et une plus grande souplesse dans la mise en oeuvre. Compter uniquement en heures le droit Ă la formation Ă©tait un frein.Â
Contrairement aux partenaires sociaux qui étaient tous contre cette modification, les OPCA ne sont pas contre la transformation en EURO bien au contraire : Yves Hinnekint DG d’Opcalia précise même lors d’un interview réalisé le 27 avril 2018 pour France info que la monétisation est une bonne chose pour les citoyens que l’on veut rendre responsables de leur parcours de formation car « cela parle plus »
Pour faciliter le futur choix de formation, le Gouvernement a annoncĂ© le lancement d’une appli dĂ©diĂ©e au CPF oĂą chacun pourrait choisir librement sa formation, en fonction des retours des apprenants, les taux d’insertion de chaque formation, par exemple. Ici, plus besoin d’intermĂ©diaire pour s’inscrire ou valider votre projet… tant que vous choisissez d’utiliser votre CPF en dehors des heures de travail.
Bon à savoir : avec la réforme à venir, la qualité et le coût des formations seront régulés au sein d’une instance unique nommée France compétences.
Sans intermédiaire, une concurrence plus saine pour les organismes de formation ?
Aujourd’hui la logique d’achat et de prescription d’actions de formation pour des publics cibles prĂ©vaut. Les entreprises de formation voient leur offre contrainte par les mĂ©canismes de financement et par les injonctions des intermĂ©diaires, bien plus que par les attentes des bĂ©nĂ©ficiaires que ce soit en termes de modalitĂ©s comme de contenus de formation. Une partie importante du secteur voit ainsi son chiffre d’affaires dĂ©terminĂ© par la façon dont les dispositifs de financement Ă©voluent.
Ne pourrait-on pas imaginer s’appuyer sur l’intelligence artificielle pour offrir une expĂ©rience plus personnalisĂ©e et aux plus proches des besoins du futur apprenant ?
En remplissant un questionnaire en ligne, en rĂ©pondant Ă des questions simples d’un chatbot sur le parcours de formation, les expĂ©riences professionnelles et les aspirations du bĂ©nĂ©ficiaire, le robot pourrait filtrer, trier, et prĂ©-sĂ©lectionner pour vous une sĂ©rie de formation…. voire mĂŞme plus largement des champs de formation possibles. L’apprenant pourrait crĂ©er sur-mesure la formation qui lui convient n’abordant que des aspects qu’il souhaite apprendre ou approfondir.Â
Des salariĂ©s ou des demandeurs d’emploi plus performants grâce Ă la formation sont des atouts pour les entreprises contribuant Ă son dynamisme Ă©conomique.
Les organismes de formations ont-ils bien pris en considĂ©ration le BIG BANG que cette monĂ©tisation va crĂ©er sur leurs offres. Sont-ils prĂŞts Ă subir cette concurrence qui sera d’une agressivitĂ© inĂ©galĂ©e ?
Vers une ingéniérie pédagogique pour les Opca ?
Les Opca passeront d’une logique d’ingénierie financière à celle d’une ingénierie pédagogique. A partir de 2021, ce sont les Urssaf, désignés par le gouvernement, qui deviennent collecteurs des contributions légales des entreprises en matière de formation. Les Opca vont devoir notamment se recentrer sur l’accompagnement des TPE-PME dans la construction et la mise en œuvre de leur plan de formation.
D’ici lĂ , quelles seront les Ă©tapes de mise en oeuvre du projet de « Loi pour la libertĂ© de choisir son avenir professionnel » ?
Calendrier prévisionnel de la réforme
Voici le calendrier prĂ©visionnel de la rĂ©forme Formation/Apprentissage d’ici 2021 proposĂ© par l’OPCA Forco
Formation/Apprentissage : calendrier prévisionnel de la réforme d’ici 2021 #formpro #Apprentissage #réforme #Alternance #insertion #Emplois pic.twitter.com/GdPA36gxPm
— opcaforco (@opcaforco) 26 avril 2018

Demain, le monde de la formation sans intermĂ©diaire, après-demain la formation sans organisme de formation et un peu plus tard…plus de formation du tout.
De sacrées économies en perspective.
Bonjour Sandrine,
MĂŞme si tout le monde s’accorde Ă dire que la dĂ©sintermĂ©diation ouvre la porte de la responsabilisation, une question s’impose : Tous les actifs sont-ils autonomes pour se saisir de la libertĂ© qui leur est offerte ?
Quant Ă la concurrence plus saine, reste Ă voir l’application CPF, je m’interroge beaucoup sur le moteur de recherche associĂ©….permettra-t-il une concurrence effective ?