Dans son dernier Bulletin de recherche emploi-formation du Céreq de mars 2019, le Céreq poursuit son étude sur la formation en entreprise. Dans ce numéro, les études montrent que la « formation en entreprise accompagne les promotions mais fait défaut aux plus fragiles ».
InitiĂ© par le Conseil national dâĂ©valuations de la formation professionnelle (CNEFP) et financĂ© par France CompĂ©tences, le Dispositif dâenquĂȘtes sur les formations et itinĂ©raires des salariĂ©s (Defis) est rĂ©alisĂ© par le CĂ©req. Ce dispositif associe le suivi dâune cohorte de salariĂ©s sur 5 ans et lâinterrogation des entreprises qui les employaient en 2013.
LâĂ©tude intitulĂ©e  « La formation en entreprise accompagne les promotions mais fait dĂ©faut aux plus fragiles » porte sur les salariĂ©s interrogĂ©s lors des trois premiĂšres vagues de lâenquĂȘte (en 2015, 2016 et 2017) et qui Ă©taient toujours dans lâentreprise fin 2017. Parmi les salariĂ©s qui travaillaient dans lâentreprise rĂ©pondante en 2013, 6 sur 10 y travaillent toujours en 2017 : ce sous-ensemble constitue le champ de lâĂ©tude.
Les salariĂ©s nâayant pas changĂ© dâentreprise entre 2014 et 2017 sont plus souvent des hommes, sont plus ĂągĂ©s et ont plus dâanciennetĂ© que ceux qui lâont quittĂ©e.
A noter : les salariĂ©s ĂągĂ©s de plus de 65 ans en 2013 ont Ă©tĂ© exclus de lâanalyse. LâĂ©chantillon sur lequel porte cette Ă©tude comporte environ 4750 salariĂ©s.
Quand formation rime avec promotion (ou pas)
LâĂ©tude fait ressortir 5 parcours-types pour les salariĂ©s suivis durant 3 ans dans leurs entreprises : 2 ascendants, 2 sans changement, et 1 descendant.
Cas de figure oĂč la prise de responsabilitĂ© entraĂźne la mise en place de formationÂ
« Les parcours ascendants sont marquĂ©s par des hausses cumulĂ©es de salaire, de responsabilitĂ©, dâautonomie ou encore dâintĂ©rĂȘt du travail.Leur profil se distingue par un niveau de diplĂŽme et de qualification particuliĂšrement Ă©levĂ©. Plus de 80% ont accĂ©dĂ© Ă une formation dans le cadre du travail entre 2014 et 2017. Ce sont eux qui, Ă profils de salariĂ©s et caractĂ©ristiques dâentreprises Ă©quivalents, ont le plus de chances dâĂȘtre formĂ©s par leur entreprise. »
« Le 2e parcours ascendant concerne des salariĂ©s ayant Ă©galement dĂ©clarĂ© des Ă©volutions positives sur plusieurs registres, sans avoir changĂ© de fonction, de poste, dâĂ©tablissement ou dâunitĂ©. Plus ĂągĂ©s que les salariĂ©s ayant connu une promotion fonctionnelle, moins diplĂŽmĂ©s, ils travaillent majoritairement dans des petites et moyennes entreprises, dans lesquelles prĂ©dominent la polyvalence, Ces salariĂ©s accĂšdent Ă©galement largement Ă la formation (70%), mais moins souvent que les prĂ©cĂ©dents ».
Parcours professionnel « stagnant » synonyme de peu de demande de formation
« Cette catĂ©gorie concerne les salariĂ©s les plus ĂągĂ©s et regroupe relativement peu de salariĂ©s diplĂŽmĂ©s Ă bac + ou exerçant une fonction dâencadrement. (âŠ) Ces salariĂ©s Ă la carriĂšre Ă©tablie expriment moins souvent que les autres le souhait de se former : 57 % contre 68 % en moyenne. PlutĂŽt satisfaits de leur situation professionnelle, peu affectĂ©s par des transformations dans leur entreprise, ils cherchent moins que les autres Ă faire Ă©voluer leur travail, prendre davantage de responsabilitĂ© ou changer de mĂ©tier. »
Parcours descendant, dĂ©classement et absence de formationâŠ
Les 2 derniers parcours se caractĂ©risent par des emplois jugĂ©s peu satisfaisants, voire mĂȘme pĂ©nibles. Les salariĂ©s connaissent une faible satisfaction dans lâemploi et ont une perception trĂšs dĂ©favorable de leurs conditions de travail. On y retrouve massivement les salariĂ©s les moins diplĂŽmĂ©s.
« Pour ces salariĂ©s, le taux dâaccĂšs effectif Ă la formation sâĂ©carte le plus fortement de leur souhait exprimĂ© de se former. En effet, moins de la moitiĂ© dâentre eux ont accĂ©dĂ© Ă une formation dans le cadre de leur travail en 2014-2017, et seulement un tiers en excluant les formations rĂšglementaires. De plus, parmi ceux nâayant pas suivi de formation, une majoritĂ© dĂ©clare en ressentir le manque (60 % contre 43 % en moyenne). »
Un dernier type de parcours renvoie Ă des situations de fragilisation de salariĂ©s plus qualifiĂ©s, souvent en lien avec des changements organisationnels ou technologiques survenus dans leur entreprise. Pour eux lâaccĂšs Ă la formation est aussi peu frĂ©quent :
« Exprimant le plus souvent le souhait de se former (77 % contre 68 % en moyenne), ces salariĂ©s se trouvent rĂ©duits Ă suivre des formations dâadaptation au poste. Entre 2014 et 2017, seuls 25 % dâentre eux ont accĂ©dĂ© Ă une formation correspondant Ă leur souhait de progression. »
AprĂšs de tels constats, comment les salariĂ©s les plus fragilisĂ©s peuvent-ils sâemparer du CPF ou du CPF transition pour Ă©voluer vers des emplois moins prĂ©caires, plus stables ? Qui peut les accompagner ?

Il faudra bien finir par admettre que l’appĂ©tence en formation manque particuliĂšrement pour les personnels peu qualifiĂ©s (qui sont souvent dĂ©couragĂ©s et peu volontaires pour se former). C’est pour cela que le seul CPF (pour 5 % des salariĂ©s tout au plus) ne suffira pas Ă renverser la tendance (malgrĂ© la dotation de 800 ⏠par an, trĂšs complexe Ă mettre en oeuvre)
Pour que la formation des moins qualifiĂ©s donne des rĂ©sultats il faut libĂ©rer du temps pour apprendre et ce temps ne peut ĂȘtre autre que celui des RTT. Une croix sur ce temps libre (dont les moins qualifiĂ©s ne font pas toujours un usage extraordinaire) est la solution pour remettre en selle (au moins 150 h par an) les personnels ouvriers, employĂ©s, seniors notamment, les moins qualifiĂ©s. Ca demanderait du courage et des fonds (pour former 2 millions de salariĂ©s illettrĂ©s notamment) et la rĂ©forme version 2018 n’a ni le courage ni les moyens de ses (prĂ©tendues » ambitions.