Le ministère du Travail a renvoyé les ajustements du CPF à des concertations en septembre. Voici la question que nous souhaitons y voir portée : au-delà du contrôle de l’entrée en formation, sait-on démontrer l’impact de ce qu’on finance ? Selon nous, un organisme, comme une école, qui ne sait pas mesurer cet impact ne devrait pas accéder aux fonds mutualisés. Cette exigence vaut pour le CPF comme pour l’apprentissage.
Le débat s’est trompé de bout
Toute la séquence de juillet a tourné autour d’une seule question : qui doit valider l’entrée en formation. L’employeur, un conseiller en évolution professionnelle, un questionnaire automatisé. C’est une question légitime, mais elle regarde le mauvais bout du parcours. Le sujet décisif n’est pas de savoir qui autorise l’entrée. Il est de savoir ce que la formation a produit à la sortie.
Et il faut être précis sur ce mot. L’impact d’une formation ne se réduit pas à une progression pédagogique mesurée en fin de parcours. L’impact, c’est le retour à l’emploi pour un demandeur d’emploi, la mobilité interne ou la prise de nouvelles responsabilités pour un salarié, l’accès à un poste jusque-là hors de portée, parfois la capacité à créer sa propre activité. C’est le changement concret dans la trajectoire professionnelle de la personne. La progression n’en est que le premier maillon ; ce qui compte, c’est ce qu’elle rend possible ensuite.
Notre position : sans capacité à démontrer l’impact, pas d’accès aux fonds mutualisés
De notre expérience de dix-neuf ans dans l’évaluation et la formation, nous tirons une conviction simple. Un organisme qui n’est pas capable d’évaluer le niveau d’un candidat à l’entrée, seul ou avec l’appui d’un certificateur, puis de documenter l’impact de son action à la sortie, n’est pas en mesure de prouver son utilité. Un dispositif alimenté par des fonds mutualisés devrait réserver l’accès à ceux qui savent le faire.
Sur ce point, le système reste aujourd’hui trop tolérant. On sait parfaitement documenter la consommation d’une formation : les inscriptions, les heures, les connexions, les émargements, les questionnaires de satisfaction, les certificats délivrés. On objective beaucoup moins bien ce que la personne savait faire avant, ce qu’elle sait faire après, et ce que cette évolution a changé dans son emploi. Tant que l’accès au dispositif n’exige pas cette capacité à mesurer l’impact, la qualité réelle restera très inégale, et la dépense publique difficile à défendre.
La même exigence vaut pour l’apprentissage
Ce raisonnement ne concerne pas que le CPF. Posons la question franchement pour l’alternance : quel a été l’impact réel d’une formation en apprentissage ? Si l’on identifie des écoles dont l’impact sur l’insertion est nul ou quasi nul, doivent-elles continuer à être proposées et financées sur fonds publics ? Pour nous, la réponse est non.
Et cette fois, l’argument n’est pas théorique, car la donnée existe déjà. Le dispositif InserJeunes, construit par la DEPP et la Dares, publie les taux d’emploi après la sortie d’études, centre de formation par centre de formation, en comparant le résultat observé au résultat attendu compte tenu du profil des jeunes. On dispose donc, pour l’apprentissage, d’une mesure d’impact fine et établissement par établissement. Le problème n’est pas qu’on ne sache pas mesurer. C’est qu’on n’en tire quasiment aucune conséquence sur l’accès au financement.
Côté CPF, l’équivalent n’existe même pas. Il n’y a pas d’indicateur public d’impact par organisme comparable à InserJeunes. C’est précisément ce chaînon manquant que les concertations de septembre devraient, selon nous, s’engager à construire.
C’est aussi ce qui débloquera l’engagement des employeurs
Cette exigence d’impact n’est pas qu’une affaire de bonne gestion des fonds publics. Elle explique directement pourquoi les entreprises cofinancent encore si peu la formation des titulaires. Selon le rapport du sénateur Emmanuel Capus sur la régulation du CPF, France compétences a financé à elle seule 91,5 % du coût des formations engagées via Mon Compte Formation. Les abondements des employeurs, des branches et des régions sont restés marginaux.
On attribue souvent cette frilosité à une méconnaissance du dispositif. Ce n’est pas notre lecture. Les employeurs connaissent le CPF. Ce qu’ils ne perçoivent pas, c’est son intérêt direct pour eux. Quand une formation se déroule sur le temps de travail, l’employeur paie le salaire, accepte l’absence, réorganise une équipe, et prend le risque que rien ne change au retour. Il n’engagera pas cet effort pour un dispositif dont il ne peut pas mesurer les effets. Donnez-lui une mesure crédible de l’impact, et la question du cofinancement se posera enfin dans les bons termes.
C’est cette question, l’impact et sa preuve, que nous porterons dans les concertations de septembre. Le nom du dispositif, compte personnel ou compte professionnel de formation, importe moins que la valeur qu’il permet de créer et de rendre visible.
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Sources :
- Rapport d’information du Sénat sur la régulation du compte personnel de formation, rapporteur Emmanuel Capus (r25-887), juillet 2026.
- InserJeunes, DEPP-DARES, indicateurs d’insertion des apprentis par CFA (taux d’emploi observé et attendu), millésimes 2023-2024.
- Précisions du ministère du Travail et des Solidarités et annonce de concertations en septembre 2026, juillet 2026.
