La concertation sur les ajustements du CPF s’ouvre ce mois-ci. C’est, à ce jour, la seule échéance ferme du dossier. Mais avant même la première réunion, la mesure phare, une vérification préalable de la cohérence des projets de formation, fait déjà face à un front d’opposition large et transversal, qui dépasse le clivage habituel entre syndicats et gouvernement. Pour les employeurs, cette configuration a une conséquence concrète : au moment où les discussions démarrent, le calendrier et le contenu de la réforme restent largement imprévisibles.
Ce qui est acté, et ce qui ne l’est pas
Rappel du point de départ. Dans un entretien aux Echos du 16 juillet 2026, le ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre Farandou a annoncé son intention de transformer le compte personnel de formation en « compte professionnel de formation », en instaurant une vérification préalable de la cohérence de chaque projet avant mobilisation des droits. Selon les précisions apportées par le ministère à l’AFP le 21 juillet, cette vérification pourrait notamment être réalisée par l’employeur si la formation a lieu durant le temps de travail, ou par les conseillers en évolution professionnelle.
Le ministère a renvoyé la définition des modalités à une phase de concertation, qui s’ouvre maintenant. À la date de publication, la vérification préalable ne figure dans aucun texte : ni projet de loi de finances, ni projet de décret, ni document de concertation rendu public. Le dispositif est donc annoncé, mais pas écrit.
Cette incertitude sur la forme n’est pas anecdotique. Elle conditionne tout le calendrier, comme nous le détaillons plus bas.
Un front d’opposition inhabituellement large
La spécificité de cette séquence tient moins à l’existence d’une opposition qu’à son étendue. Les critiques ne viennent pas d’un seul camp.
Du côté syndical
La CFDT a ouvert le bal. Dans un communiqué du 21 juillet 2026, elle exprime son opposition frontale, estimant qu’une validation préalable remettrait en cause l’équilibre construit par les accords nationaux interprofessionnels de 2013 et 2018, ainsi que la philosophie de la loi du 5 septembre 2018 qui fait de chaque actif le premier acteur de son parcours. Le syndicat souligne un point juridique clé : selon lui, une telle mesure nécessiterait une modification de la loi, et non un simple décret.
La CGT défend une ligne comparable, rappelant que le CPF permet au salarié de choisir une formation qui ne soit pas uniquement celle voulue par l’employeur pour l’adaptation au poste. Plus récemment, plusieurs organisations ont porté la contestation sur le registre de la mobilisation publique en défense du dispositif.
Du côté politique, y compris dans le camp présidentiel
C’est l’élément le plus notable. L’opposition ne se limite pas à la gauche syndicale. Plusieurs artisans mêmes de la réforme de 2018, qui a fait du CPF ce qu’il est aujourd’hui, ont exprimé des réserves sur le fond comme sur la méthode. Autrement dit, une partie de ceux qui ont construit le dispositif actuel figure parmi les voix critiques du projet.
Du côté patronal
Le patronat se montre globalement plus ouvert à une logique de régulation et de cofinancement, ce qui place la mesure dans une configuration atypique : ce n’est pas un affrontement classique gouvernement contre partenaires sociaux, mais une ligne de fracture qui traverse les familles habituelles.
| Acteur | Position exprimée (été 2026) |
|---|---|
| Gouvernement | Porte le projet, justifié par l’efficacité de la dépense publique et un objectif de 1,9 Md€ d’économies sur la mission Travail-emploi en 2027. |
| CFDT | Opposition. Estime qu’une modification de la loi serait nécessaire. |
| CGT | Opposition. Défend le libre choix du salarié. |
| Voix issues du camp présidentiel | Réserves et critiques sur le fond et la méthode, y compris parmi les artisans de la réforme de 2018. |
| Patronat | Plus ouvert à une logique de régulation et de cofinancement. |
Pourquoi cette configuration rend le calendrier imprévisible
La question juridique soulevée par la CFDT n’est pas technique : elle est décisive pour le calendrier. Deux scénarios s’opposent.
Si la vérification préalable peut être instaurée par voie réglementaire, le gouvernement peut avancer vite, avec une consultation formelle des partenaires sociaux et une entrée en vigueur possible dès 2027. Si elle exige une modification législative, le calendrier s’allonge nettement : passage au Parlement, amendements, arbitrages politiques, et une exposition médiatique de plusieurs mois dans un contexte budgétaire déjà tendu.
Or l’ampleur de l’opposition, y compris au sein du camp présidentiel, complique un passage en force par décret. Plus la contestation est large, plus la voie législative, lente et incertaine, devient probable. Pour un employeur, cela signifie qu’une mesure présentée comme imminente pourrait en réalité ne pas produire d’effet opérationnel avant plusieurs mois, voire davantage.
Le débat public se cristallise sur une opposition de principe (liberté du salarié contre contrôle), mais laisse de côté une question opérationnelle non tranchée : si une vérification de « cohérence » est instaurée, sur quels critères la cohérence d’un projet serait-elle appréciée, et par qui ? Un questionnaire automatisé, l’employeur, un conseiller en évolution professionnelle ? Aucun texte ne le précise à ce jour. Tant que ce point n’est pas défini, ni les salariés ni les employeurs ne peuvent anticiper ce que « cohérent » voudra dire en pratique. C’est précisément ce que la concertation de septembre devra clarifier.
Ce que les employeurs peuvent faire dès maintenant
En l’absence de texte, l’anticipation raisonnable ne consiste pas à préparer l’application d’un dispositif inconnu, mais à se donner de la visibilité.
- Ne pas suspendre les projets de formation en cours au motif d’une réforme annoncée : aucune règle nouvelle n’est applicable à ce jour, le cadre actuel reste en vigueur.
- Cartographier les mobilisations de CPF susceptibles d’un cofinancement employeur, cette logique étant une tendance de fond déjà à l’œuvre, indépendamment de la vérification préalable.
- Suivre l’issue de la concertation de septembre avant d’ajuster toute politique interne : c’est de là que sortiront, ou non, les modalités concrètes.
Concertation sur les ajustements du CPF : rentrée de septembre 2026. Premier moment où les modalités concrètes de la vérification préalable seront discutées avec les parties prenantes. Nous en rendrons compte au fil des avancées.
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Interview de Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, Les Echos, 16 juillet 2026.
Précisions du ministère du Travail et des Solidarités sur les modalités de la vérification préalable et annonce d’une concertation en septembre 2026, 21 juillet 2026.
Communiqué de presse CFDT, 21 juillet 2026.
Position CGT, déclarations à la presse, juillet 2026.
Réactions issues du camp présidentiel, presse nationale, juillet 2026.
