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Présidentielle 2027 : la formation professionnelle entre dans le débat politique

Arnaud5 novembre 20265 novembre 2026

CPF, apprentissage, intelligence artificielle, reconversion et financement : quatre représentants politiques ont confronté leurs visions de la formation professionnelle lors du colloque de la CPOF, ce jeudi 5 novembre à Paris. Un premier échange qui révèle des divergences importantes et ouvre une question essentielle : quelle place les futurs candidats à l’élection présidentielle accorderont-ils réellement à la formation et aux compétences ?

Présidentielle 2027 CPOF CPF Apprentissage Reconversion

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la formation professionnelle commence à s’inviter dans le débat politique. Ce jeudi 5 novembre, à Paris, quatre personnalités représentant différentes sensibilités politiques étaient réunies à l’initiative de la Conférence permanente des organismes de formation (CPOF) pour confronter leurs visions de l’avenir du secteur.

CPFormation était présent à cette table ronde, organisée à la Maison des Associations de Solidarité, dans le 13e arrondissement de Paris.

L’événement concluait deux journées de travaux intitulées « Se mobiliser pour (trans)former, nos solutions dès 2027 ». Initiée par le Synofdes et la Fédération nationale des UROF, la CPOF entend faire émerger des propositions collectives issues des professionnels de la formation pour les porter dans le débat présidentiel.

9
rencontres préparatoires (5 régionales, 4 en ligne)
~1 000
contributeurs selon les organisateurs
~60
propositions issues de la démarche

Après cinq rencontres régionales et quatre débats en ligne, près de 1 000 personnes ont contribué, selon les organisateurs, à une démarche ayant permis de faire émerger une soixantaine de propositions. Le colloque devait notamment permettre d’en débattre et de sélectionner les priorités à défendre auprès des responsables politiques.

Une initiative importante dans un secteur confronté à une succession de réformes, à des restrictions budgétaires et à des interrogations croissantes sur son modèle de financement.

À retenir
  • CPF : tous s’accordent sur l’objectif d’évolution professionnelle, pas sur les moyens. Droit individuel, outil d’adaptation au marché ou garantie collective ?
  • Apprentissage : consensus sur l’intérêt de la voie, divergences sur les aides publiques et sur la manière d’en mesurer l’efficacité.
  • Financement : au-delà des montants, la vraie question est de savoir qui fixe les priorités nationales en matière de compétences.
  • 2027 : reconversion et intelligence artificielle s’annoncent comme des sujets majeurs de la campagne.

Quatre personnalités politiques, quatre parcours, quatre approches

La table ronde réunissait quatre intervenants aux expériences très différentes. Un détail qui mérite d’être souligné : ces personnalités ne sont pas simplement venues défendre des positions politiques. Plusieurs participent directement à la réflexion et à la construction des politiques publiques de formation.

Céline Gillier, Robin Reda, Franck Morel et Jérôme Legavre lors de la table ronde de la CPOF le 5 novembre 2026 à Paris
Les quatre intervenants de la table ronde organisée par la CPOF, le 5 novembre 2026 à Paris.
Céline Gillier
Déléguée nationale à la formation professionnelle du Parti socialiste

Elle participait au débat dans l’espace politique de la gauche socialiste et de Raphaël Glucksmann. Elle a notamment cosigné, en septembre 2026, une contribution de la Fondation Jean-Jaurès consacrée à la reconstruction d’un grand opérateur public de formation au service de la réindustrialisation. Son approche accorde une place importante à la promotion sociale, aux qualifications et à l’accompagnement des personnes.

Robin Reda
Ancien député de l’Essonne

Il intervenait pour représenter la sensibilité politique de Gabriel Attal. Député de 2017 à 2024, il a connu de l’intérieur la période des grandes réformes du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, notamment celle de 2018 sur la liberté de choisir son avenir professionnel. Il défend une conception de la formation centrée sur la liberté individuelle, tout en reconnaissant la nécessité de mieux accompagner les publics les moins qualifiés.

Franck Morel
Avocat en droit social, ancien conseiller social du Premier ministre Édouard Philippe

Ancien inspecteur du travail, il a exercé différentes responsabilités auprès de ministres du Travail avant de rejoindre Matignon en 2017. Il a ainsi participé à l’élaboration de nombreuses réformes sociales, notamment pendant la période de transformation du système de formation professionnelle.

Jérôme Legavre
Député de Seine-Saint-Denis, professeur de lettres

Il représentait La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon. Son intervention s’inscrivait dans une critique des réformes successives de la formation professionnelle, de l’individualisation des droits et du financement actuel de l’apprentissage.

Ces parcours sont essentiels pour comprendre les échanges. Les programmes présidentiels ne se construisent pas uniquement autour des candidats. Ils mobilisent des parlementaires, des spécialistes, d’anciens conseillers ministériels et des responsables politiques qui participent à l’élaboration des orientations ensuite portées dans le débat public.

Leurs déclarations constituent donc de premières indications sur les réflexions engagées pour 2027, même si elles ne peuvent pas encore être assimilées à des programmes présidentiels définitivement arrêtés.

Le CPF révèle des conceptions différentes de la formation professionnelle

Premier sujet majeur : le compte personnel de formation.

Sur un point, les intervenants se rejoignent largement : la formation doit permettre aux individus d’évoluer professionnellement et de saisir de nouvelles opportunités. Mais les désaccords apparaissent rapidement sur les moyens d’y parvenir.

Robin Reda défend la liberté individuelle de choisir sa formation. Il reconnaît néanmoins que cette liberté bénéficie davantage aux personnes disposant des meilleures informations et estime nécessaire de réduire les écarts d’accès à la formation, notamment pour les moins qualifiés.

Franck Morel souligne les progrès réalisés depuis 2018 dans la simplification de l’accès au CPF. Il souhaite cependant renforcer la transparence sur les débouchés des formations et leur articulation avec les besoins du marché du travail.

Céline Gillier affirme croire au CPF, mais critique les conséquences de sa monétisation. Le passage d’un compte exprimé en heures à un compte exprimé en euros aurait, selon elle, contribué à une marchandisation de la formation. Elle insiste sur la nécessité de remettre l’accompagnement humain, l’orientation et le bilan de compétences au cœur des parcours.

Jérôme Legavre défend une position plus radicalement différente. Sa critique ne concerne pas uniquement le fonctionnement du CPF, mais le principe même de l’individualisation des droits. Il oppose notamment la notion de compétence individuelle à celle de qualification reconnue collectivement.

La question de fond

La formation professionnelle doit-elle être avant tout un droit individuel, un instrument d’adaptation au marché du travail ou une garantie collective d’accès à la qualification ? Une question qui devrait occuper une place importante dans les débats à venir.

L’apprentissage : entre réussite de l’insertion et interrogation sur les financements

Le développement de l’apprentissage constitue un autre point de divergence.

Pour Robin Reda, les dépenses consacrées à l’apprentissage doivent être considérées comme des investissements d’avenir. Il appelle à dépasser une approche strictement comptable des finances publiques et souhaite renforcer les liens entre les formations, les jeunes et les entreprises.

Franck Morel insiste sur les résultats obtenus en matière d’insertion professionnelle. Il rappelle notamment l’importance des outils de mesure permettant de suivre l’accès à l’emploi après une formation en apprentissage, comme InserJeunes.

Céline Gillier présente l’apprentissage comme une voie d’excellence, tout en attirant l’attention sur les ruptures de contrats. Pour elle, l’enjeu est aussi de sécuriser les parcours et de s’assurer que les jeunes puissent aller au terme de leur formation.

Jérôme Legavre conteste pour sa part les modalités de financement du développement massif de l’apprentissage. Sans s’opposer à cette voie de formation, il dénonce les aides publiques accordées aux entreprises et les risques d’effets d’aubaine. Il estime notamment que certains employeurs peuvent être incités à renouveler les contrats d’apprentissage sans nécessairement proposer d’embauches durables.

Comment évaluer la politique d’apprentissage ?

Faut-il mesurer sa réussite au nombre de contrats signés, au nombre de diplômes obtenus, au taux d’insertion professionnelle ou à la capacité des jeunes à accéder durablement à l’emploi ? Les réponses auront des conséquences importantes sur les financements et sur l’organisation de l’alternance dans les prochaines années.

Le financement de la formation, une question incontournable pour 2027

Les échanges ont également porté sur une interrogation que les professionnels connaissent bien : qui financera demain la formation professionnelle et selon quelles règles ?

Franck Morel défend une meilleure organisation du système et une mobilisation accrue des branches professionnelles. Il estime que certaines pourraient jouer un rôle plus important dans le financement de formations répondant aux besoins de leurs métiers. Il plaide également pour des financements pluriannuels permettant aux entreprises et aux organismes de formation de disposer d’une meilleure visibilité. Il a aussi rappelé une distinction importante : la qualité d’une formation ne se résume pas à sa conformité réglementaire.

Jérôme Legavre souhaite maintenir les contributions des entreprises tout en renforçant le rôle de la puissance publique dans l’encadrement du système. Il appelle également à des investissements massifs dans l’enseignement professionnel.

Céline Gillier défend une gouvernance redonnant une place centrale aux partenaires sociaux et aux Régions. Elle souligne la complexité des circuits financiers actuels et la difficulté, même pour les professionnels, de comprendre précisément l’origine et la destination des fonds.

Robin Reda appelle pour sa part à préserver les investissements d’avenir malgré la réduction des marges budgétaires. Il souhaite que la formation ne devienne pas une variable d’ajustement et défend le rôle d’un État capable d’anticiper les besoins à long terme.

Derrière les débats sur le montant des financements apparaît ainsi une autre question, tout aussi déterminante : qui doit décider des priorités nationales en matière de compétences ? L’État, les Régions, les branches professionnelles, les entreprises et les partenaires sociaux n’envisagent pas nécessairement leur rôle de la même manière.

Intelligence artificielle et reconversion : les premières pistes pour le prochain quinquennat

Invités en fin de table ronde à présenter une mesure emblématique, les quatre intervenants ont esquissé plusieurs orientations.

Jérôme Legavre a notamment évoqué l’abrogation de Parcoursup et la nécessité d’investir dans l’enseignement professionnel, dans la continuité de sa défense d’un système public permettant l’accès aux qualifications.

Franck Morel a proposé de réfléchir à un véritable droit à la reconversion professionnelle, notamment pour les salariés dont les métiers seront transformés par l’intelligence artificielle et pour les seniors.

Céline Gillier a défendu l’idée d’un pacte national pour les compétences et la reconversion, associant les différentes parties prenantes. L’objectif serait notamment d’anticiper les transformations liées à l’intelligence artificielle et à la transition écologique, tout en garantissant un accompagnement effectif des personnes.

Robin Reda a insisté sur la nécessité de protéger les dépenses d’avenir dans les choix budgétaires, allant jusqu’à évoquer leur reconnaissance dans le cadre constitutionnel. Il avait également appelé à un plan massif de formation à l’intelligence artificielle, pour lequel la mobilisation du CPF pourrait constituer une piste.

Ces premières orientations mériteront d’être précisées, notamment sur leurs modalités de financement. Elles montrent néanmoins que la reconversion professionnelle et l’anticipation des transformations technologiques pourraient devenir des sujets majeurs de la campagne présidentielle de 2027.

Pascale Gérard : mesurer aussi le coût de l’absence de formation

En conclusion du colloque, Pascale Gérard, présidente de la CPOF, a replacé les débats dans une perspective plus large.

Elle a rappelé que la difficulté actuelle ne se limitait pas aux budgets ou à l’organisation des dispositifs. Selon elle, la France traverse une crise concernant la place accordée à la formation dans la société.

Elle s’est notamment inquiétée de la fracture des compétences, des difficultés rencontrées par les personnes éloignées de la qualification et de la raréfaction de certaines formations fondamentales, notamment dans le domaine de la lutte contre l’illettrisme.

Défendant une gouvernance quadripartite et une politique de formation inscrite dans la durée, elle a résumé son propos par une formule particulièrement marquante :

«

On mesure le coût de la formation, mais pas assez le coût de son absence.

Pascale Gérard, présidente de la CPOF

Une réflexion qui mérite de dépasser le cadre du colloque.

Car si les dépenses de formation sont régulièrement examinées sous l’angle de leur coût pour les finances publiques, les conséquences économiques et sociales de l’absence de formation sont beaucoup plus difficiles à mesurer : difficultés de recrutement, chômage, perte de compétitivité, exclusion professionnelle ou reconversions manquées.

L’enjeu est d’autant plus important que les transformations liées à l’intelligence artificielle pourraient accélérer les besoins de développement des compétences.

L’objectif affiché par Pascale Gérard est de reconstruire une politique durable de formation professionnelle, capable de dépasser les arbitrages budgétaires de court terme.

Une première confrontation politique qui appelle d’autres échanges

La table ronde a permis de faire apparaître des convergences, mais également de véritables différences dans la manière d’envisager le CPF, l’apprentissage, les financements et le rôle de la puissance publique.

Elle a aussi montré que les programmes présidentiels sont encore largement en construction.

Les limites de l’exercice

Les organisateurs avaient, selon les informations communiquées sur place, sollicité un ensemble plus large de représentants politiques et de personnalités susceptibles de participer à la prochaine élection présidentielle. Les quatre intervenants présents ne résument donc pas, à eux seuls, toutes les sensibilités politiques françaises.

Certaines absences ont d’ailleurs été remarquées, notamment celle de David Lisnard, dont l’entourage n’aurait pas été sollicité selon les informations recueillies lors du colloque. Les raisons de cette absence d’invitation restent à éclaircir.

Autre limite : aucune séquence de questions-réponses avec la salle n’a permis aux professionnels présents d’interroger directement les représentants politiques.

C’est regrettable, tant les interrogations concrètes sont nombreuses, notamment sur l’avenir du CPF, la pérennité des financements de l’alternance, la situation des organismes de formation et les moyens d’accompagner les transitions professionnelles.

Mais cette rencontre constitue une première étape utile pour installer la formation professionnelle dans le débat présidentiel.

CPFormation donnera la parole à toutes les sensibilités politiques

Nous souhaitons remercier la CPOF, sa présidente Pascale Gérard, les équipes organisatrices et l’ensemble des contributeurs pour avoir ouvert ce débat essentiel.

À l’heure où les discussions sur la formation professionnelle sont souvent dominées par les restrictions budgétaires et les évolutions réglementaires, il est important que les acteurs du secteur puissent faire entendre leurs préoccupations et confronter leurs propositions aux responsables politiques. La démarche engagée par la CPOF mérite d’être saluée pour cette volonté de replacer la formation et les compétences au cœur des réflexions sur l’avenir du pays.

CPFormation entend prolonger et élargir cette initiative.

1. Sollicitation Toutes les formations politiques et personnalités engagées pour 2027, présentes ou non au colloque.
2. Quatre dossiers Consacrés aux sensibilités de la table ronde, enrichis au fil des programmes et des réponses obtenues.
3. Ouverture Aux autres candidats et à leurs équipes, avec des questions comparables pour tous.

Formation professionnelle, CPF, apprentissage, reconversion, développement des compétences : notre objectif est simple, permettre aux professionnels du secteur de comprendre ce que chaque sensibilité politique propose réellement, au-delà des déclarations d’intention.

Car la formation et les compétences ne sont pas seulement des sujets techniques ou budgétaires. Elles conditionnent aussi l’avenir économique, social et professionnel de millions de Français. À l’approche de 2027, elles méritent une place à la hauteur de leur importance dans le débat démocratique.

apprentissage, CPF, CPOF, formation professionnelle, Présidentielle 2027

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