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Vérification du CPF : le CEP, futur passage obligé pour se former ?

Arnaud20 juillet 202619 juillet 2026

Le gouvernement envisage d’instaurer une vérification préalable avant toute mobilisation du CPF. Sur le temps de travail, l’employeur pourrait examiner la cohérence professionnelle du projet. Hors temps de travail, cette mission reviendrait aux opérateurs du Conseil en évolution professionnelle. Mais qui connaît réellement le CEP ? Qui le délivre, avec quels moyens, quels résultats et quelles garanties d’indépendance ? Avant de transformer un service d’accompagnement facultatif en possible passage obligé vers la formation, CPFormation a cherché à comprendre ce dispositif encore largement méconnu.

D’abord, à quel moment le CEP interviendrait-il ?

Reprenons précisément le scénario présenté par Jean-Pierre Farandou dans Les Echos le 16 juillet 2026. Le ministre du Travail souhaite qu’avant chaque mobilisation du CPF, un tiers vérifie l’existence d’un parcours, la capacité de la personne à suivre la formation et son débouché professionnel.

Le vérificateur ne serait pas toujours le même. Il dépendrait à la fois du statut de la personne et du moment auquel la formation est suivie.

Salarié formé sur son temps de travail

La vérification pourrait être réalisée par l’employeur. Celui-ci ne se prononcerait plus seulement sur l’autorisation d’absence, comme aujourd’hui, mais potentiellement sur la cohérence professionnelle du projet financé avec les droits individuels du salarié.

Salarié formé hors temps de travail

L’employeur n’aurait pas à connaître le projet. Le salarié devrait alors se tourner vers un opérateur du CEP : l’Apec s’il est cadre, ou l’opérateur régional Avenir Actifs pour les autres salariés du secteur privé.

Demandeur d’emploi

L’interlocuteur serait France Travail, qui est déjà l’un des opérateurs nationaux du CEP et accompagne ce public. Il ne s’agirait donc pas de passer par l’opérateur régional destiné aux salariés.

Jeune, personne en situation de handicap ou travailleur indépendant

Les missions locales interviennent pour les jeunes, Cap emploi pour les personnes en situation de handicap et Avenir Actifs pour les travailleurs indépendants. Le futur circuit exact reste à écrire.

⚖️ Rien de tout cela n’est encore une règle de droit

À ce jour, aucun texte instituant cette vérification préalable n’a été déposé. Le partage entre employeur et opérateurs du CEP provient d’une annonce ministérielle dans le cadre de la préparation du budget 2027. Les critères de validation, les délais, les voies de recours et les conséquences d’un refus ne sont pas connus. Notre première analyse de la vérification préalable du CPF distingue ce qui a été annoncé de ce qui reste à construire.

Le CEP, qu’est-ce que c’est ?

Le Conseil en évolution professionnelle est un service public gratuit, personnalisé et confidentiel. Il a été créé par la loi du 5 mars 2014, la même réforme qui a donné naissance au CPF. Son rôle actuel est d’aider toute personne active à faire le point sur sa situation, clarifier un projet d’évolution ou de reconversion, rechercher des financements et organiser sa mise en œuvre.

Le CEP n’est donc ni un organisme de formation, ni un financeur, ni une administration unique. C’est un service délivré par plusieurs réseaux. Le site Service-Public oriente les usagers selon leur situation. Pour les salariés et indépendants, la marque commune est désormais Avenir Actifs, qui permet de trouver l’interlocuteur régional et de prendre rendez-vous.

Derrière cette marque nationale se trouvent toutefois des structures différentes. Pour les actifs occupés, France compétences sélectionne, région par région, des opérateurs privés dans le cadre de marchés publics de quatre ans. Le marché actuel couvre la période 2024-2027. Des cabinets tels que Tingari ou Catalys Conseil assurent ainsi le service dans plusieurs régions, parfois avec des cotraitants et des sous-traitants locaux.

💡 « Mon CEP », « Avenir Actifs » : où faut-il aller ?

Il n’existe pas un conseiller unique appelé « le CEP ». Le sigle désigne le service. Avenir Actifs est la marque des opérateurs chargés des salariés du privé et des indépendants. L’Apec, France Travail, les missions locales et Cap emploi délivrent également le CEP à leurs publics respectifs. Cette architecture explique en partie pourquoi le dispositif reste difficile à identifier pour le grand public.

Un service réel, avec près de 194 000 bénéficiaires en 2025

Le CEP n’est pas un dispositif fantôme. Selon le rapport 2025 de France compétences, 193 950 actifs en emploi ont eu recours à un opérateur Avenir Actifs en 2025, contre 190 488 en 2024. La progression, très forte lors des premières années, est désormais plus modérée.

France compétences annonçait également pour 2024 un taux de satisfaction de 95,3 %. Les bénéficiaires interrogés saluent notamment la qualité de l’écoute, les délais de rendez-vous, l’individualisation du parcours et la pertinence des conseils. Ces résultats sont publiés dans le bilan national Mon CEP par Avenir Actifs.

Ces chiffres permettent de sortir des impressions individuelles. Un professionnel peut ne recevoir aucun bénéficiaire orienté par le CEP sur son territoire sans que cela signifie que le service ne reçoit personne. Près de 194 000 accompagnements constituent un volume significatif.

Mais ce volume doit être mis en regard de la mission envisagée. Le CPF représente un nombre de dossiers sans commune mesure avec les seuls bénéficiaires actuels d’Avenir Actifs. Si une vérification devenait systématique hors temps de travail, le CEP ne changerait pas seulement de fonction : il changerait potentiellement d’échelle.

Où sont les avis indépendants des utilisateurs ?

Nous avons cherché des retours spontanés de bénéficiaires sur le fonctionnement du CEP : forums, plateformes d’avis, réseaux sociaux et sites spécialisés. Le résultat est étonnamment pauvre.

Le site Avenir Actifs publie une rubrique « Témoignages ». Elle présente des parcours réussis sélectionnés par le réseau lui-même. La chaîne de webinaires Avenir Actifs sur Webikeo affiche également des notes souvent comprises entre 4 et 5 sur 5, mais celles-ci évaluent des conférences en ligne, pas nécessairement la qualité d’un accompagnement individuel dans la durée.

Du côté des espaces indépendants, nous avons trouvé quelques discussions isolées, dont un fil de forum de 2021 où un demandeur d’emploi demandait simplement en quoi consistait le CEP. Nous n’avons pas trouvé de plateforme nationale permettant de comparer les délais, la qualité de l’accompagnement ou les résultats des différents opérateurs régionaux.

Les avis Google éventuellement laissés sur Tingari, Catalys Conseil ou d’autres cabinets ne permettent pas toujours d’identifier la prestation concernée. Ces entreprises peuvent assurer simultanément du CEP, des bilans de compétences, du reclassement, de l’outplacement ou d’autres missions d’accompagnement. Une bonne ou une mauvaise note attribuée au cabinet ne peut donc pas être automatiquement considérée comme un avis sur le CEP.

L’absence de témoignages indépendants facilement identifiables ne prouve pas que le service fonctionne mal. Elle montre qu’il est aujourd’hui difficile, pour le public, de confronter les indicateurs institutionnels à des expériences spontanées et comparables. Constat de CPFormation après recherche des retours publics disponibles, juillet 2026

Cette difficulté serait secondaire pour un service facultatif mobilisé par moins de 200 000 actifs en emploi. Elle deviendrait beaucoup plus problématique si l’avis de ces opérateurs conditionnait demain l’utilisation d’un droit individuel à la formation.

Une transparence nationale, mais peut-on comparer les opérateurs ?

France compétences publie des données nationales : nombre de bénéficiaires, profils, motifs de recours, satisfaction et certains indicateurs de délai. L’institution pilote par ailleurs les marchés, contrôle l’utilisation des fonds et organise des audits du service rendu.

Une médiation existe également. Depuis 2019, la médiatrice de France compétences peut intervenir dans les différends rencontrés par un salarié avec un opérateur Avenir Actifs. Le rapport de la médiatrice 2025 décrit notamment des dossiers liés à l’accompagnement et à la sécurisation des projets.

En revanche, nous n’avons pas trouvé, dans les publications accessibles consultées, un tableau simple permettant de comparer chaque opérateur et chaque région sur les mêmes critères :

🔎 Les données qui devraient être publiques avant toute généralisation
  • le nombre de demandes reçues, de rendez-vous réalisés et de personnes effectivement accompagnées par opérateur ;
  • le délai médian et le délai maximal pour obtenir un premier rendez-vous ;
  • le nombre de projets abandonnés, réorientés, validés ou concrétisés ;
  • le taux de réclamation et le nombre de saisines de la médiatrice ;
  • la satisfaction détaillée par région et par titulaire du marché ;
  • les audits réalisés, leurs principales conclusions et les mesures correctrices ;
  • la liste des cotraitants et sous-traitants qui reçoivent effectivement le public ;
  • les éventuels liens capitalistiques ou commerciaux avec des organismes de formation et des prestataires de bilans de compétences.

Nous ne disons pas que ces informations n’existent pas dans le pilotage interne du marché. Nous constatons qu’elles ne sont pas toutes réunies dans un dispositif public, lisible et directement comparable par un salarié.

Le sujet central : accompagner n’est pas autoriser

Le Code du travail donne aujourd’hui au CEP une mission d’accompagnement. Le conseiller aide la personne à formaliser et à mettre en œuvre son projet, en tenant compte de ses aspirations et des besoins économiques du territoire. Il informe, conseille, aide à décider. Il ne délivre pas une autorisation d’utiliser le CPF.

Lui confier une vérification préalable changerait la nature de la relation. Le conseiller deviendrait potentiellement celui qui ouvre ou ferme l’accès à la formation. Même si le gouvernement choisissait le mot « avis », il faudrait savoir si cet avis serait consultatif ou opposable à la Caisse des Dépôts.

La neutralité devient alors une question juridique et pratique. Un opérateur qui accompagne un projet peut-il ensuite le juger ? Sur quels critères objectifs ? Que se passe-t-il lorsqu’il estime qu’une autre formation, un bilan de compétences ou un autre dispositif serait préférable ? Le titulaire pourra-t-il choisir un autre conseiller ? Obtenir une seconde analyse ? Contester un refus ? Dans quel délai ?

La composition économique du réseau mérite également d’être regardée. Plusieurs opérateurs régionaux exercent par ailleurs dans le bilan de compétences et l’accompagnement professionnel. Cela ne démontre aucun conflit d’intérêts. Mais si leur avis devait conditionner l’accès au CPF, les règles d’impartialité, de déport et d’interdiction d’orientation commerciale devraient être explicites, contrôlées et opposables.

💡 Le témoignage qui a déclenché nos questions

Sur LinkedIn, un dirigeant de centres de bilan de compétences affirme recevoir très peu de personnes orientées par le CEP malgré des volumes importants dans plusieurs départements. Il s’interroge également sur la reconduction des grands titulaires lors du prochain marché. Ce témoignage local ne peut pas être généralisé et ne constitue pas une mesure du CEP. Il pose néanmoins deux questions légitimes : comment les opérateurs orientent-ils les bénéficiaires et comment mesure-t-on leur impact réel sur chaque territoire ?

Les opérateurs pourraient-ils absorber un passage obligatoire ?

Le premier enjeu est humain. Une vérification sérieuse ne peut pas se résumer à une case cochée par un algorithme. Comprendre un parcours, apprécier la capacité à suivre une formation, examiner les débouchés et vérifier la cohérence d’un projet demande du temps et des conseillers formés.

Le deuxième enjeu est budgétaire. Le gouvernement présente la réforme dans une séquence visant près de 1,9 milliard d’euros d’économies au ministère du Travail. Or toute intermédiation a un coût. Recevoir davantage de salariés, documenter les avis, traiter les contestations et garantir des délais compatibles avec un départ en formation supposeraient de financer fortement les opérateurs.

Le troisième enjeu est celui des délais. Une formation peut répondre à une prise de poste, une mobilité ou une opportunité immédiate. Un dispositif saturé pourrait rendre le projet inutile avant même qu’il ne soit examiné. Le futur texte devrait donc prévoir un délai maximal et répondre à une question simple : le silence du CEP vaudra-t-il acceptation ou blocage ?

À CPFormation, nous devons aussi être honnêtes : nous connaissons mal le CEP

Nous suivons le CPF depuis sa création, les organismes de formation, les certifications, les financeurs et les évolutions de Mon Compte Formation. Pourtant, nous connaissons beaucoup moins le fonctionnement quotidien des opérateurs du CEP.

Il y a des domaines que l’on ne peut pas prétendre connaître de l’intérieur sans les avoir pratiqués. Le CEP en fait partie. Cette méconnaissance est peut-être aussi celle d’une grande partie du secteur, et plus encore celle des salariés auxquels on pourrait demain demander de passer par ce service avant de se former.

Nous lançons donc un appel à témoignages. Avez-vous bénéficié d’un CEP ? Dans quelle région ? Combien de temps avez-vous attendu ? Le conseiller vous a-t-il aidé à préciser votre projet, trouver une formation ou obtenir un financement ? Vous êtes-vous senti libre dans vos choix ? Votre projet a-t-il abouti ? Les conseillers et anciens conseillers du réseau peuvent également nous écrire, de manière confidentielle s’ils le souhaitent.

Avant de confier au CEP les clés du CPF, ouvrons les portes du CEP

Le Conseil en évolution professionnelle peut devenir un outil précieux pour éviter les choix mal préparés et sécuriser les reconversions. Les volumes publiés et le niveau de satisfaction annoncé montrent qu’il ne peut pas être balayé sur la base de quelques témoignages locaux.

Mais un service d’accompagnement facultatif n’est pas automatiquement prêt à devenir une autorité de validation. Avant toute généralisation, le gouvernement devra démontrer sa capacité, sa rapidité, sa neutralité et sa transparence. Il devra surtout garantir qu’un droit personnel à la formation ne sera pas remplacé par un parcours administratif opaque.

CPFormation sollicitera France compétences, Avenir Actifs, l’Apec et plusieurs opérateurs régionaux sur leurs volumes, leurs délais, leurs règles de neutralité et leur capacité à absorber une nouvelle mission. Cet article sera complété avec leurs réponses et avec les témoignages de bénéficiaires.

CEP, conseiller en évolution professionnelle, CPF, formation

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